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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 13:34

"La photo sur le mot fin peut faire sourire ou pleurer,

Mais je connais le destin d'un cinéma de quartier.

Il finira en garage, en building supermarché.

Il n'a plus aucune chance, c'était sa dernière séance,

Et le rideau sur l'écran est tombé".

 

Cet extrait de la sublime chanson d'Eddy Mitchell, La dernière séance, a récemment rappelé à mon bon souvenir les multiples cinémas qui peuplaient ma ville natale, Mulhouse, avant que l'industrie lourde des multiplexes, les changements d'habitude des ménages et la baisse de fréquentation des salles dans les années 80 (effet néfaste du magnétoscope naissant) ne les détruisent comme un rouleau compresseur.

 

 

 

 

Je ne suis pas adepte de l'adage "c'était mieux avant". Cette attitude réactionnaire lorsqu'elle est généralisée suscite en moi une profonde incompréhension. Le progrès n'est pas néfaste par essence (nous vivrions encore tous nus dans des grottes sans le progrès), mais se doit d'être accompagné d'un comportement personnel qui permette de ne pas s'y abandonner aveuglément.

L'avènement du magnétoscope, dans les années 80, créa une crise de la fréquentation des salles françaises (voir le graphique ci-dessus pour s'en convaincre), et plus tard la naissance des multiplexes, plus proches de l'usine à gaz que de la salle de cinéma (bien que la qualité du son et de l'image y soit irréprochables), ont totalement modifié la donne en matière d'offre cinématographique et de salles proposées aux spectateurs. Je fréquente de plus en plus rarement le multiplexe de ma ville, car j'aime voir les films en VO (et le multiplexe n'en propose pas), car l'ambiance y est plus froide et impersonnelle qu'un frigo vide, que les prix y sont prohibitifs, et que l'offre proposée me convient de moins en moins (combien de Harry Potter pour une Princesse de Montpensier ?). Je fréquente en revanche beaucoup plus Le Palace, le cinéma Gérard Philipe (proche de Mulhouse), et de temps en temps le cinéma Bel-Air, remparts fragiles mais toujours debout contre le rouleau compresseur Kinépolis. Des cinémas humains, en somme.

 

En revanche, les années 70 et 80, celles qui ont vu naître et s'épanouir mon amour immodéré du cinéma, proposaient pléthores de salles dans ma ville natale. Ainsi, Les 4 écrans, avec ses salles en sous-sol, m'engloutissait dans les tréfonds de ses entrailles pour me rejeter en surface 2 heures plus tard, mes yeux d'enfant encore émerveillés par les aventures que je venais de suivre sur grand écran. Je me souviens ainsi notamment des James Bond, que mes parents m'emmenaient voir régulièrement dans ce cinéma, et qui revenaient avec la précision d'un métronome (Octopussy, Jamais plus jamais, notamment, imprègnent enore mes souvenirs de ces salles).

 

 

 

 

 

 

Un peu plus loin sur la même avenue, l'Omnia, qui se consacrait essentiellement au cinéma de genre. Souffrant d'une mauvaise réputation en partie en raison de sa programmation populaire victime de préjugés imbéciles et, il est vrai, d'une entrée pas très avenante, je me souviens de Die Hard (Piège de cristal), vu dans ce cinéma à sa sortie, ainsi que La créature du cimetière, sombre nanar tiré d'une nouvelle de Stephen King, ou encore l'inénarrable Prise de Beverly Hills. Sans oublier, last but not least, le fabuleux Rocky IV, manichéen et bourrin jusqu'à la moelle, mais tellement jouissif.

 

 

 

Toujours dans la même avenue: Le Palace et le Rio, les deux cinémas se faisant quasiment face. Le premier, ayant fermé quelques années suite à l'ouverture du multiplexe de la ville, a réouvert ses portes par la suite, offrant aujourd'hui des films en VOST (alleluia). C'est dans Le palace de mon enfance (avant sa fermeture, donc), que je vis mon premier film sans mes parents, accompagné d'un copain de classe, lui aussi passionné de cinéma. Le film en question, Splash, est indélébile dans ma mémoire, puisqu'il marque d'une pierre blanche une étape importante de ma vie de cinéphile ! Je me souviens également de La compagnie des loups, vu avec ce même copain dans ce même cinéma. Nous nous étions trompés de salle, et avions commencé à regarder Péril en la demeure, de Michel Deville, avant de vite comprendre qu'il n'y aurait nul loup-garou à l'horizon, et que nous n'étions pas dans la bonne salle. Je n'oulbierai jamais l'air apeuré de l'ouvreuse nous voyant changer de salle, craintive à l'idée que nous ayons pu voir des images pas vraiment destinées aux gamins que nous étions. Si elle savait ce que nous réservait La compagnie des loups !

Le Rio, pour sa part, me fit découvrir mon premier vrai film (hors dessins animés): Le trou noir. Un choc visuel (j'avais 7 ans et découvrait pour la première fois sur grand écran un film de SF). Je retournai voir le film 3 fois. Inoubliable.

 

 

 

Dans la rue du Sauvage, en plein centre ville, se dressait le Corso. Les souvenirs de ce cinéma sont beaucoup plus diffus dans ma mémoire. Je me souviens néanmoins que Les dents de la mer 3 y était projeté en relief en 1983.

Le cinéma Rex, quant à lui, se trouvait au bout de "la rue des cinémas", telle que je l'ai longtemps appelée, sur la même avenue que Le Palace, le Rio, Les 4  écrans et l'Omnia. Cette avenue était pour moi une invitation à l'imaginaire et à l'évasion: il n'y avait qu'à pousser une porte de n'importe lequel de ces multiples cinémas pour quitter la réalité. Ayant vécu une grande partie de mon enfance dans une rue adjacente à cette fameuse "rue des cinémas", j'allai régulièrement, seul ou accompagné, m'abreuver d'images et de sons, construisant petit à petit ma culture cinématographique dans le confort feutré de ces multiples salles obscures.

Enfin, le Vox, longtemps dédié aux dessins animés de Walt Disney et aux films de Louis de Funès, fut le premier à me faire découvrir un long-métrage sur grand écran. Il s'agissait de Bernard et Bianca. C'était en 1977. J'avais 3 ans. Le Vox finit ses jours en cinéma porno, avant de s'éteindre, comme les autres, dans l'indifférence générale.

 

 

 

Alors non, "c'était pas mieux avant". Certaines choses l'étaient, d'autres non. L'offre en matière de salles de cinéma l'était, indéniablement. Mais les mentalités ont changé, le système aussi, on se préoccupe davantage de la rentabilité que de l'art, les spectateurs deviennent formatés pour les multiplexes, et les cinémas d'autrefois, qu'ils soient ou non de quartier, ne subsistent quasiment plus.

Mais la nostalgie doit toujours être douce, jamais amère. Regarder devant soi riche des douceurs de son passé.

 

Ces salles mulhousiennes ne sont pas mortes, puisqu'elles vivent toujours en moi.

 

 

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les salles
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