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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 13:05

http://3.bp.blogspot.com/_43gUC6eEaR0/TOOrOILR-6I/AAAAAAAABrM/7x9SwTZ41dA/s1600/Jean%2BRollin%2BMoteurCoupez%2B%2521.jpg"Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, cessent d'être perçus contradictoirement". Dans son livre de mémoires, le cinéaste Jean Rollin reprend à son compte cette phrase d'André Breton en y ajoutant: "C'est pour trouver ce point que je filme".

 

J'ai évoqué plusieurs fois au fil de ce blog mon amour du cinéma de Jean Rollin. Ce dernier, décédé il y a peu, publiait en 2008 ce MoteurCoupez !, recueil de mémoires d'un cinéaste en marge, metteur en scène totalement conspué par la critique et le monde du cinéma en général, et pourtant artiste au sens noble du terme, en cela que Jean Rollin imprimait littéralement sa sensibilité et sa poésie sur la pellicule. L'expression de la sensibilité et de l'esprit d'un être à travers un moyen de communication, telle est la définition de l'art. Jean Rollin était un véritable artiste.

 

Ce point de l'esprit où le réel rejoint l'imaginaire, dont parlait André Breton et qui importait tant à Jean Rollin dans  ses films, constitue effectivement la recherche permanente du cinéaste.

 

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MoteurCoupez ! transpire de la première à la dernière ligne de cet amour que Jean Rollin entretenait avec l'imaginaire. Cet imaginaire qu'il filmait avec un sens inné de la poésie et une approche surréaliste et bien souvent dadaïste de l'outil cinématographique. Loin de Jean Rollin l'idée de proposer des oeuvres linéaires dans lesquelles l'intrigue se déroulerait selon un schéma classique et usité. Ce qui intéressait le cinéaste, c'était au contraire d'inviter le spectateur à abandonner ses repères (sensitifs, émotionnels, cartésiens) et de le faire pénétrer dans un univers où l'onirisme le disputait à l'étrange, où des femmes vampires erraient sur la plage de Pourville-lès-Dieppe, si chère au réalisateur, où des couples se perdaient dans les dédales d'un cimetière toute une nuit durant, et où des clowns déposaient des bouquets de fleurs sur des pierres tombales.

 

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C'est un délice de chaque instant que de plonger dans la descriptions que fait Jean Rollin de son amour immodéré pour les créations mettant en scène des héros imaginaires, fantastiques, mystérieux. Ainsi, sa passion pour les illustrés, sur lesquels règnent en maîtres Fantax et Amok, ou encore son attrait pour les serials (le Fantômas de Louis Feuillade, ou les aventures d'Arsène Lupin), parviennent à projeter le lecteur dans un monde où le plaisir de l'imaginaire passe avant la logique et la rationnalité. Rollin parvient même au détour de certaines pages à faire ressentir l'odeur du papier même de ces bandes-dessinées de jadis, dont la magie et le charme planent sur les pages pour nous extirper de notre siècle et nous projeter dans un passé littéralement palpable.

 

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Par ailleurs, le cinéaste s'attarde (un peu trop) sur la marginalité à laquelle le condamna le monde du cinéma. Jean Rollin fut effectivement moqué, raillé, mis à l'écart par des critiques et des personnalités du monde du cinéma qui le considéraient comme un réalisateur médiocre, dont l'unique obsession était de montrer des femmes nues dans ses films, sans aucun sens de la mise en scène. Si cette dernière n'était effectivement pas le fort du cinéaste (ne soyons pas de mauvaise foi, Jean Rollin filmait selon le minimum syndical), il n'en demeure pas moins que ses films possèdent une véritable puissance poétique, non pas par le choix des cadres et des mouvements de caméra, mais par les décors, les situations, la lenteur hypnotisante de l'entreprise. La magie ne naissait pas de la technique cinématographique à proprement parler, mais de la disposition et de la posture des comédiens, de la présence d'éléments inattendus dans la scène,  ou de l'étrangeté des dialogues. La non-linéarité des histoires pouvait ainsi rebuter, de même que le choix de Rollin de faire se succéder des scènes qui n'avaient aucune articulation logique avec les précédentes (Le viol du vampire, premier long-métrage du cinéaste sorti en mai 68, provoqua ainsi l'ire des spectateurs, ces derniers s'attendant à assister à un film fantastique "classique"). L'on devine à travers les lignes du livre que ces critiques touchèrent Jean Rollin davantage qu'il ne veut bien l'admettre, le cinéaste y revenant régulièrement dans le livre tout en feignant de ne pas en être touché. Le comprendre rend le metteur en scène encore plus touchant.

 

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Du Viol du vampire à La nuit des horloges en passant par Lèvres de sang ou Perdues dans New York, les mémoires de Jean Rollin égrènent une carrière où le sens de l'amitié, des valeurs et de la débrouille comblait une carence permanente de moyens financiers. Les anecdotes sont ainsi légion et témoignent du caractère profondément artisanal de la démarche rollinienne, loin de la confection classique des oeuvres cinématographiques mainstream, inscrivant de fait les oeuvres du metteur en scène dans la catégorie si chère à ses yeux (et aux miens) de la série B.

 

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MoteurCoupez ! constitue pour tout amateur de cinéma un véritable trésor révélant les dessous de la série B et témoignant de l'amour inconditionnel que portait Jean Rollin à son art. Un homme pour qui la poésie et la beauté onirique cotoyaient en permanence la réalité. Ou ce fameux point de l'esprit où le réel rejoint l'imaginaire.

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les livres et magazines
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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 14:46

http://www.decitre.fr/gi/54/9782866425654FS.gifJean-Baptiste Thoret, critique cinématographique d'une érudition infaillible, créateur (notamment) de l'excellente revue Panic aujourd'hui disparue, et véritable bible humaine du cinéma, livrait en 2006 un ouvrage de référence passant au crible le cinéma américain des années 70, se livrant à des analyses toutes plus fouillées les unes que les autres sur la décennie 1967-1980, véritable âge d'or du cinéma hollywoodien.

Débutant par Bonnie and Clyde (1967) et se terminant avec La porte du Paradis (1980) (film qui coula la United Artists), cette période bénie du cinéma américain, celle où des réalisateurs comme De Palma, Scorsese, Cimino, Coppola ou encore Friedkin prirent les rênes d'Hollywood et injectèrent un sang neuf dans la production cinématographique, est analysée par l'auteur à travers moult films, Thoret dégageant ce qui imprégnait ces métrages, détaillant les thématiques qui intéressaient ces nouveaux metteurs en scène, ainsi que l'influence de l'histoire américaine sur ces films qui comptent énormément de chefs d'oeuvre.

Passionnant de bout en bout, d'une richesse remarquable, Le cinéma américain des années 70 est un livre incontournable  que tout cinéphile se doit de posséder.

 

Présentation de l'ouvrage par l'auteur:

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Published by Hattori Hanzo - dans Les livres et magazines
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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 14:09

Les magazines  consacrés au cinéma dans l'hexagone sont relativement nombreux, et oscillent entre le médiocre (Studio CinéLive, le fond du panier) et l'incoutournable (Positif).

Je m'attarderai dans ce billet sur les magazines les plus influents, sans exhaustivité aucune.

Première fut pendant de nombreuses années la revue dont je ne manquais aucun numéro, mais le magazine est aujourd'hui devenu un concentré de critiques ne faisant que survoler les films, dans un style proche du néant, le tout noyé dans un insupportable magma de publicités. Ce qui était une revue tout à fait recommandable il y a une dizaine d'années est devenu l'un des pires magazines consacrés au cinéma.

De son côté, Studio Magazine a toujours fait figure selon moi de revue académique, au ton neutre, ne voulant surtout  froisser personne. En revanche, le magazine brillait par la richesse de ses photographies, véritablement très belles. Davantage recueil de clichés de luxe que véritable revue de cinéma, le magazine a aujourd'hui fusionné avec CinéLive, ou quand la classe rencontre la vulgarité.

CinéLive, donc, cofondée par Laurent Weil (l'un des plus mauvais journalistes que le monde ait connu), se rapprochait plus du papier toilette avec des images dedans que de la revue consacrée au cinéma. D'une vacuité totale, les articles semblaient venir d'un autre monde, un monde où le cinéma s'adresserait aux illettrés, aux écervelés et, éventuellement, aux nourrissons. Par la suite, cette "revue" fusionnera avec Studio, pour donner... Studio CinéLive (sic).

Les Cahiers du Cinéma, bien que dotés d'articles au style remarquable, brillent cependant par l'aspect élitiste de la revue, cette dernière s'adressant davantage aux farouches défenseurs du film d'auteur (bien que ce terme ne veuille strictement plus rien dire), qu'aux amoureux du 7ème art dans son acception la plus large et la plus globale. Magazine poussiéreux au demeurant, il mérite cependant qu'on y jette un coup d'oeil de temps en temps.

Last but not least, LA revue de cinéma généraliste, celle qui enterre toutes les autres et brille par l'incroyable qualité formelle de ses articles et l'analyse extrêmement poussée qu'elle accorde aux films de tous genres: Positif, dirigée par l'indispensable Michel Ciment. Ce magazine constitue pour moi une source intarissable d'informations et de réflexion, une véritable bible qui s'intéresse aussi bien au cinéma d'hier que d'aujourd'hui, dans un style d'une richesse et d'une intelligence la plaçant largement au-dessus de toutes les autres revues consacrées au cinéma.

Enfin, il y a lieu de citer deux magazines oeuvrant dans le cinéma de genre: L'écran fantastique et Mad Movies. Bien que complet quant à sa ligne éditoriale, L'écran fantastique est un véritable calvaire à lire, les coquilles, fautes d'orthographe et erreurs de grammaire se succédant avec la précision d'un métronome. Insupportable et mauvais pour les yeux. Mad Movies enfin, que j'achète régulièrement, constitue la seule revue correcte du marché consacrée au cinéma de genre. Cependant, le magazine a tendance depuis quelques temps à multiplier les private jokes plus que fatiguantes et lassantes entre membres de la rédaction, et use régulièrement de superlatifs ("film ultime", "chef d'oeuvre du genre", "on n'avait jamais vu ça"),  au point de les rendre totalement ineptes.

L'offre en matière de magazines consacrés au cinéma est donc plus que satifaisante. Cependant, leur qualité se réduit quasiment à peau de chagrin. Davantage qu'un simple alignement de critiques, une revue de cinéma se doit de proposer des dossiers analytiques, d'étudier l'histoire du cinéma, de tisser des liens entre le cinéma d'hier et celui d'aujourd'hui, de donner envie de découvrir des films, en un mot, de dépasser le cadre du simple avis chiffré.

Peu de revues y parviennent. Jetez-vous sur elles.

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Published by Hattori Hanzo - dans Les livres et magazines
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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 13:13

"Cher monsieur Hitchcock...
Au cours de mes discussions avec des journalistes étrangers et surtout à New York, je me suis rendu compte que l'on se fait souvent une idée un peu superficielle de votre travail. D'autre part, la propagande que nous avons faite aux Cahiers du cinéma était excellente pour la France, mais inadéquate pour l'Amérique, car trop intellectuelle. Depuis que je fais de la mise en scène, mon admiration pour vous n'a point faibli, au contraire, elle s'est accrue et modifiée. J'ai vu cinq à six fois chacun de vos films, et je les regarde à présent davantage sous l'angle de la fabrication. Beaucoup de cinéastes ont l'amour du cinéma, mais vous, vous avez l'amour de la pellicule et c'est de cela que je voudrais parler avec vous. Je souhaiterais que vous m'accordiez un entretien au magnétophone qui se poursuivrait pendant une huitaine de jours et totaliserait une trentaine d'heures d'enregistrement, et cela dans le but d'en tirer non des articles, mais un livre entier qui serait publié simultanément à New York et à Paris, puis par la suite probablement un peu partout dans le monde.
"

Cette lettre fut expédiée par François Truffaut à Alfred Hitchcock en avril 1962. Hitchcock accepta l'invitation, et se livra pendant une semaine à une série d'entretiens avec le réalisateur de La peau douce. Le résultat de ces rencontres fut publié en 1966, puis complété par François Truffaut en 1983, pour aboutir à cette édition définitive, qui constitue l'un des livres de cinéma les plus célèbres et les plus passionnants jamais publiés.

Grand admirateur du maître du suspense (bien que ce surnom accordé à Hitchcock me semble réducteur tant ses films sont riches autrement que par le suspense qu'ils distillent), Truffaut se livra à un entretien procédant de la dissection analytique de chacun des films du metteur en scène britannique, abordant aussi bien les aspects scénaristiques que purement techniques (le fameux zoom compensé dans Vertigo, notamment).

Trésor d'informations et d'analyses extrêmement pertinentes sur le travail de Hitchcock, cet ouvrage constitue depuis sa première parution en 1966 une véritable bible pour les cinéphiles et un livre sur lequel l'on revient constamment.

A posséder, impérativement.

Hitchcock Truffaut (édition définitive)

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les livres et magazines
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