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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 10:16
ON THE BOWERY (Lionel Rogosin - 1956)

En 1956, Lionel Rogosin posait ses caméras dans le Bowery, ce quartier du Lower East Side de New York, à l'époque antichambre de la mort, de la décrépitude, en un mot, de l'enfer.

Investissant dans l'ouvrage les véritables habitants du quartier (clochards, alcooliques, laissés-pour-compte), Rogosin livrait un film à mi-chemin du documentaire et de la fiction, l'argument de départ voyant un homme de retour dans le quartier après avoir travaillé sur les rails des chemins de fer du pays. Rapidement happé par le Bowery, ce dernier tombera à son tour dans l'indigence, chapeauté un temps par un habitant bienveillant du quartier (qui n'hésitera cependant pas à lui voler sa valise en échange d'un toit pour la nuit). Aussi immersive soit la démarche du réalisateur, On the Bowery hésite cependant sans cesse entre l'oeuvre de fiction et le document, donnant le sentiment que le metteur en scène avait le cul entre deux chaises, sans vraiment savoir sur laquelle s'asseoir.

Il en résulte une impression en demi-teinte, entre l'immersion immédiate et sans concession provoquée par les images, et l'idée que finalement, la fiction de l'histoire est vraiment trop mince pour susciter un intérêt dramaturgique. Le pur documentaire aurait été en l'occurrence plus judicieux.

Mais en l'état, On the Bowery mérite d'être découvert pour le témoignage qu'il dresse de l'une des façettes les moins reluisantes de l'Amérique d'alors, celle des échoués que l'on laissait mourir à même le sol.

 

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 13:47

http://3.bp.blogspot.com/-1yFyo2XoITw/UO4GQRuH3FI/AAAAAAAAF64/bfjreE2CWxM/s1600/vhs_ver4_xlg.jpg

Bouh que ça fait mal aux yeux. Investissant le film à sketches en lui imprimant le style du found footage, une brochette de jeunes réalisateurs livraient l'année dernière ce V/H/S de triste facture, sous l'impulsion de Brad Miska, co-fondateur du site BloodyDisgusting.

 

En cinq sketches, les réalisateurs proposent une réalisation à vomir (tout est filmé caméra à l'épaule par un gamin de douze ans (c'est pas possible autrement), l'image est abominable, les fausses altérations de la bande VHS saturent le long-métrage), adoptant le postulat que ces films ont été retrouvés sur des cassettes vidéos.


Convoquant une femme-chat ailée, un démon, un serial killer, un tueur immatériel et des pseudos fillettes fantômes, le film possède néanmoins des meurtres graphiques plutôt réussis, et un dernier segment clairement au-dessus des autres (la maison hantée). Se permettant en outre l'affront de ne pas respecter son postulat de départ (l'intégralité d'un sketch se déroule sous forme de visio sur internet (sic), V/H/S est un ratage quasi total, bourré par ailleurs de personnages tous plus antipathiques et débiles les uns que les autres, d'où une absence totale d'empathie pour les protagonistes.

Et dire que V/H/S 2 va bientôt sortir...

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 20:42

http://www.lyc-arsonval-brive.ac-limoges.fr/site/IMG/jpg/palme.jpg

Christian Mungiu, juré cette année au Festival de Cannes, remportait en 2007 la Palme d'Or avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, présenté alors en compétition officielle. S'inscrivant dans le retour en force du cinéma roumain, aux côtés notamment de 12:08 à l'est de Bucarest (Corneliu Porumboiu, 2006) et du troublant Policier, Adjectif du même Porumboiu (2009), le long-métrage de Mungiu se déroule en 1987, en pleine dictature roumaine, peu de temps avant la chute de Ceausescu, et suit les déboires d'une jeune femme souhaitant se faire avorter, avec l'aide de sa meilleure amie. L'avortement, alors illégal et puni de prison, se déroulait en cette période de façon totalement clandestine.

 

http://p0.storage.canalblog.com/03/97/456997/76078371.png

Le film, se déroulant quasiment en temps réel, suit au plus près ses deux personnages principaux dans leur volonté d'aller au bout de leur projet, quitte à y laisser des larmes, du sang et de la honte. L'avortement, loin d'être le sujet du film, s'inscrit avant tout comme un véritable acte de rébellion et de résistance face à la dictature qui entrave les deux jeunes femmes.

http://4.bp.blogspot.com/-9YF7vsWq0wE/Tdu90pPUjjI/AAAAAAAAB9U/29TMbif4J1I/s1600/4-months-3-weeks-and-2-days.png

 

Doté de scènes poignantes (le parcours du combattant des héroïnes pour arriver à leurs fins est proprement bouleversant), et d'un plan véritablement marquant dans laquelle l'une d'entre elles fait face au foetus expulsé, témoignant de l'indicible cruauté que faisait alors subir la dictature à ces femmes désirant se faire avorter, le film de Mungiu s'inscrit comme un témoignage absolument indispensable de cette époque pas si éloignée de nous, dans laquelle les êtres se débattaient pour conserver leur individualité et leur liberté.

Et le regard caméra final de nous achever net.

 

http://1.bp.blogspot.com/-udjYVQ1GTbM/Tdu_1Qtyh2I/AAAAAAAAB9g/SHvOIWYYhcw/s1600/432.png

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 13:11

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/drame/bright_star,2.jpg

Oeuvre majeure de la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion (La leçon de piano, Portrait de femme), Bright Star constitue un véritable film-poème, en cela que le long-métrage parvient à faire ressentir par le cadre et par les mots ce que recouvre la poésie, ce qu'elle suscite et ce qui la définit.

 http://cinechange.com/wp-content/uploads//2010/01/bright-star-1.jpg

Mettant en scène l'histoire d'amour fugace entre le poète John Keats (Ben Wishaw, vu dans Le Parfum) et la belle Fanny Brawne (délicieuse et extrêmement talentueuse Abbie Cornish) dans l'Angleterre du début du 19ème siècle, Jane Campion parvient à faire ressentir l'indicible, à travers des images, des cadres et des dialogues dont l'extrême sensibilité le dispute à une sensualité de chaque instant. Offrant de véritables tableaux visuels que l'on croirait décrochés des murs d'un musée, portant une attention particulière au son (froissements, bruissements, caresses, imprègnent la pellicule de bout en bout) et offrant des dialogues à la beauté renversante, la réalisatrice touche au coeur de l'art poétique avec une finesse et une acuité remarquables.

 

http://pat.yakafair.com/wp-content/uploads/2013/02/BrightStar.jpg

 

Impossible enfin de ne pas relever la performance renversante d'Abbie Cornish, notamment lors du point d'orgue du film durant lequel l'actrice fait montre d'un talent sidérant et d'une émotion instantanée dans l'expression de la douleur qui l'accable.

 

http://cinemafanatic.files.wordpress.com/2010/06/abbie_cornish_bright_star.png

Bright Star, ou la poésie faite film

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 10:29

http://cinemateaser.com/wordpress/wp-content/uploads/2012/08/DJANGO-UNCHAINED-POSTER-2-XL.jpgDepuis dix ans, le cinéma de Quentin Tarantino est affaire de vengeance. Vengeance personnelle (Kill Bill 1 & 2, Death Proof) ou vengeance historique (Inglourious Basterds), la geste tarantinesque s'articule depuis 2003 autour du motif du retour de flamme. Son dernier opus n'échappe pas à cette règle décennale et s'inscrit lui aussi dans un récit où la vengeance sert de catalyseur au propos. Car le héros vengeur chez Tarantino permet toujours au metteur en scène de développer bien plus que de simples vigilante movies, en décrivant ici une déchirante histoire d'amour (Kill Bill), en livrant là un superbe réquisitoire féministe (Death Proof), ou en modifiant carrément le cours de l'histoire (Inglourious Basterds). 

 

 http://bigreblog.files.wordpress.com/2013/01/a166.jpg

 

Avec Django Unchained, le réalisateur de Pulp Fiction s'attaque à l'esclavage à travers un nouveau récit de vengeance. Et de livrer au final une superbe réflexion sur la terrible ambivalence de la nature humaine. Car aussi bien le héros (iconique Jamie Foxx) que son bienfaiteur comparse (génial Christoph Waltz), le duo vengeur du film se distingue non pas par sa droiture inébranlable, mais au contraire par son perpétuel mouvement de balancier entre le bien et le mal. Ainsi Django, homme de bien, n'hésitera pas à laisser des chiens déchiqueter sous ses yeux un esclave noir ou à tuer un homme devant son petit garçon, pour parvenir à ses fins. De même, le personnage incarné par Waltz tutoie en permanence le mal au nom du bien. Cette constante cohabitation entre ces deux valeurs constitue le coeur même de Django Unchained, moelle épinière et finalement ontologique d'une histoire où la forme est aussi emballante que le fond.

 

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http://thefilmstage.com/wp-content/uploads/2012/06/Django_Unchained_Quentin_Tarantino_100.png

 

Ainsi, les situations à mourir de rire (la scène du Ku Klux Klan entre d'emblée au panthéon des classiques) côtoient les séquences d'émotion pure (les caravanes d'esclaves, le regard de l'un d'entre eux observant Django s'éloigner dans la dernière partie du film pour aller venger tout un peuple), dans un climat de tension permanente où la violence est latente, palpable, jusqu'à exploser aux quatre coins du cadre dans un déferlement presque libératoire. A ce titre, impossible de passer sous silence la scène de fusillade à Candyland, enterrant tous les gunfights de l'histoire du cinéma, ni plus ni moins. Hallucinante de sauvagerie, de fureur et de réalisme, cette séquence permet à Tarantino de prouver qu'il n'est pas seulement un orfèvre du dialogue ciselé et décalé, mais également un formaliste de haute volée, sa caméra captant dans une chorégraphie à la précision chirurgicale une scène d'action qui restera dans les annales. Portée par des effets sonores décuplant l'arrivée d'une balle sur sa cible, magnifiée par la photographie de Robert Richardson (JFK, Casino, notamment), cette fusillade fait désormais date et restera à jamais gravée dans la mémoire des spectateurs.

 

http://www.dailymars.net/wp-content/uploads/2012/12/django-unchainedfowwflingue.jpg

 

http://4thletter.net/wp-content/uploads//django-unchained-john-whoooo.png

 

http://www.aceshowbiz.com/images/still/django-unchained-picture06.jpg

 

Par ailleurs, Django Unchained est également un régal pour les cinéphiles qui relèveront tout au long du métrage les influences qui nourrissent le cinéma de Tarantino. Entre le savoureux caméo de Franco Nero (le Django de 1966) et les paysages enneigés faisant immanquablement penser au Grand Silence de Sergio Corbucci, le film permet à nouveau au réalisateur de Reservoir Dogs de faire montre de son talent à utiliser des références bien précises (en l'occurence le western spaghetti), pour proposer une vision totalement personnelle du genre. Relevons enfin la prestation terrifiante de Leonardo DiCaprio dans le rôle du bad guy et celle de Samuel L Jackson dans celui de son bras droit raciste, ce dernier trouvant ici sans conteste sa meilleure interpétation à ce jour.

http://www.vibe.com/sites/vibe.com/files/photo_gallery_images/Django-Unchained-29.jpg

 

http://www.bet.com/news/celebrities/2012/12/21/samuel-l-jackson-on-django-unchained-the-n-word/_jcr_content/featuredMedia/newsitemimage.newsimage.dimg/121412-video-django-unchained-samuel-l-jackson.jpg

 

Western, revenge movie, histoire d'amour, film d'action, road movie, réflexion existentielle, Django Unchained, c'est tout cela à la fois. Notons que tous les films de Tarantino, sans exception, se composent de deux mots. S'agit-il d'une superstition de l'auteur ? Au vu des résultats, on serait tenté de croire aux miracles.

 

 

 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 19:48

http://www.dezineguide.com/wp-content/uploads/2012/08/The-Hobbit-An-Unexpected-Journey-Wallpaper-01.jpg

Retour en Terre du Milieu. Presque 10 ans après le dernier volet de la trilogie qui redéfinit les contours de l'heroic fantasy, Peter Jackson réinvestit l'oeuvre de Tolkien en portant à l'écran Le Hobbit, prologue à l'oeuvre phare de l'auteur du Silmarillion. Prélude à deux autres segments devant sortir en 2013 et 2014, Le Hobbit, un voyage inattendu, s'avère une oeuvre décevante, bien que dotée de fulgurances émotionnelles indéniables.


Car loin de la puissance d'immersion et de la force d'évocation du Seigneur des Anneaux, Le Hobbit souffre d'un traitement dont la légèreté n'a d'égale que la profondeur de propos dans laquelle baignait la trilogie initiale du réalisateur de Braindead. Ainsi, les vannes à répétition des nains ou la navrante scène des orques autour du feu de bois font tomber le film dans une quasi-parodie pour enfants qui rebondit loin, bien loin de son modèle. 


Malheureusement, ce n'est pas seulement dans le cadre du bac à sable que le bât blesse. Ainsi, le sentiment d'avoir déjà vu ces montagnes, d'avoir déjà été émerveillés par ces plaines, d'avoir déjà observé ces splendides vues aériennes filmées d'un hélicoptère, amputent sérieusement le film de son pouvoir d'émerveillement: ce que l'on voit et la façon dont on le voit nous ont déjà été servis par le passé, dans les mêmes décors, par le même réalisateur, avec les mêmes effets. 


Cependant, et malgré ces faiblesses qui égrènent le film du début à la fin, Le Hobbit parvient de temps à autre à trouver de sa superbe et à sortir la tête de l'eau, notamment lors de deux scènes. La première convoque deux géants de pierre qui se livrent à un combat homérique. La séquence, d'une force d'évocation instantanée, nous laisse littéralement bouche bée, la mise en scène de Jackson saisissant le gigantisme de l'action et caractérisant ses monstres de pierre par la seule force de ses cadres et de ses mouvements de caméra.


La seconde, située en fin de métrage, retrouve enfin le souffle lyrique et la dimension épique que l'on attendait du film. Ainsi, le face-à-face entre le roi des Nains et son ennemi, le chef des Orques, mérite à lui seul (et alors qu'il ne dure qu'une dizaine de secondes) la vision du film dans son entier.


En-dehors de ces deux moments de pur génie, Le Hobbit se révèle malheureusement un pétard mouillé. Et lorsque Bilbon déclare à la fin du film que le plus dur est maintenant derrière lui, on espère de tout coeur qu'il en est de même pour nous. Réponse dans les deux ans à venir.

 


 

 

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 20:01

http://ablogapart.canalblog.com/images/18398079.jpegCe classique de la Shaw Brothers mérite sa réputation. D'une beauté plastique de chaque instant (magnifique cinémascope), le film de Chang Cheh s'impose comme un wu xia pian indispensable. Suivant le parcours d'un sabreur ayant renoncé aux arts martiaux suite à une défaite au combat, LA RAGE DU TIGRE est traversé de fulgurances sanguinolentes (la scène de l'ami du héros tranché en deux au niveau de la taille est terrible), et de combats à la chorégraphie hallucinante (on ne perd jamais de vue qui fait quoi, le découpage des scènes se préoccupant avant tout de leur lisibilité, tout en faisant montre d'une énergie rare).

Inspiration assumée de Quentin Tarantino pour le premier volet de Kill Bill et de Christophe Gans pour l'ensemble de son oeuvre, LA RAGE DU TIGRE est à (re)découvrir de toute urgence.

 


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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 13:21
http://www.cinemapassion.com/lesaffiches/Les-Randonneurs-20110916072200.jpgDéjà lors de sa découverte en salle en 1996, Les randonneurs m'avait davantage marqué par la gravité dans laquelle me semblait baigner le film que par ses apparats de comédie pure. A l'occasion d'une rediffusion télé, ce souvenir d'un malaise ambiant qui me paraissait plâner sur le long-métrage de Philippe Harel s'est vu confirmé. Fondamentalement, Les randonneurs est bel et bien un drame, ce dernier se voyant contrebalancé et pourtant mis en exergue par ses atours comiques, au demeurant réussis.
     
Une fois n'est pas coutume, le sens premier de l'oeuvre se trouve ici posé dès son postulat de départ, à savoir la caractérisation de ses personnages. Une fille ayant râté sa vocation (Karin Viard), une autre ne parvenant pas à trouver l'amour de sa vie (Géraldine Pailhas), un homme jouant au chat et à la souris avec sa petite amie (Philippe Harel) et un autre cachant sa sensibilité sous des dehors de dragueur (Vincent Elbaz), se retrouvent sur les sentiers du GR20 en Corse, guidés par le lâche Benoît Poelvoorde. Rien n'est dit, et pourtant, tout l'est. C'est le mal-être de chacun de ces personnages qui gouvernera à la conduite du récit (voir les nombreux flash backs du film pour s'en convaincre) et qui contrastera en permanence avec les situations comiques qui rythmeront le long-métrage. 
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Pas de comédie sans drame. La règle est bien connue. Philippe Harel, réalisateur de l'excellent La femme défendue, ne l'a pas oublié, et parvient avec Les randonneurs à créer une atmosphère presque oppressante dans laquelle évoluent des personnages aux fêlures et à la tristesse palpables, desquels ils essaient vainement d'échapper en partant au grand air s'amuser comme des cabris sur les chemins de l'île de beauté. Las, c'est avec dépit qu'ils comprendront que fêlures et tristesse les accompagnent toujours. Le rire est là, mais ne l'emporte jamais. A l'image de cette très belle image finale dans laquelle Vincent Elbaz regarde avec émotion une photo de ses amis: le bonheur existe, mais il est fugitif.
 
Dépressif Les randonneurs ? Il n'y a ici qu'un pas que Philippe Harrel ne franchira jamais, préférant (avec raison) laisser sourdre le drame et suinter l'idée que le rire constitue la seule et unique soupape qui nous permette de rester debout.
 
 
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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 10:31

 

http://www.critique-film.fr/wp-content/uploads/2011/11/20018701.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120203_100100.jpg

A l'issue de la projection de Cloclo, l'évidence apparaît plus aveuglante qu'un flash en plein visage: Florent Emilio Siri est parvenu avec son film à supplanter tous les biopics réalisés à ce jour. Et prouve notamment qu'une biographie filmée (même si le terme "film musical" s'adapte bien mieux au long-métrage) ne signifie pas forcément abandon des prétentions artistiques et effacement du point de vue. Là où Olivier Dahan oeuvrait dans la vaine image léchée avec son pitoyable La môme, Siri propose un vrai film de cinéma doté d'une réalisation véritablement ahurissante de maîtrise technique et d'idées de mise en scène. 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/news-cinema/review-cloclo-divise-la-redaction-3282602/58740386-1-fre-FR/REVIEW-Cloclo-divise-la-redaction_portrait_w532.jpg

Suivant la trajectoire de Claude François depuis sa naissance en Egypte jusqu'à son décès Boulevard Exelmans à Paris, le metteur en scène imprime à son film un pouls de plus en plus rapide, le film se resserrant comme dans un entonnoir au fur et à mesure que l'histoire se déroule. Ainsi, aux ellipses du début, le metteur en scène adoptera un rythme de plus en plus resserré autour des heures, des minutes, et finalement des secondes (la séquence de la mort de Cloclo), soumettant in fine le film au rythme de vie du chanteur lui-même.

http://s.excessif.com/mmdia/i/68/4/jeremie-renier-est-claude-francois-dans-le-film-cloclo-de-florent-10622684ffgwe.jpg?v=1

L'autre grande idée du film consiste à utiliser les chansons de Claude François comme illustrant les différentes étapes de sa vie, à l'image de 17 ans, que l'on entend au début du métrage, lorsque la future vedette est un adolescent et n'a encore composé aucune chanson. L'on se rend compte alors de la grande influence de la vie du chanteur sur ses oeuvres (Comme d'habitude, Cette année-là, Le mal-aimé, etc...), l'existence même de Cloclo pouvant se décrypter au travers des paroles de ses chansons.

 

http://www.silence-action.com/wp-content/uploads/2012/03/cloclo3.jpg 

Partant du postulat que la maniaquerie, l'opiniâtreté et le souci du détail légendaires de Claude François viendraient du manque de reconnaissance de son père, Siri livre fondamentalement un film s'attachant à dépeindre la relation entre un père et son fils, ce dernier s'évertuant toute sa vie à vouloir prouver à son papa que son choix était le bon et que son travail de "saltimbanque", comme le décrivait son père, était finalement le meilleur pour lui. Oeuvre profondément intimiste, Cloclo ne s'inscrit en outre jamais comme une hagiographie mais se veut avant tout honnête et sincère dans sa description d'un homme dont les aspérités n'avaient d'égal que le caractère insaisissable de sa personnalité.

http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/imagecache/462_ressource/2012/03/14/556085/images/ressource/WEB_CLOCLO-Sans-titre-1.jpg

Toujours au plus proche de son héros, Florent Emilio Siri ponctue son film de plans-séquences absolument renversants, à l'image de la scène suivant Claude François depuis son appartement jusqu'à son bureau, en passant par sa voiture assaillie de groupies. La caméra semble faire fi des obstacles (on entre dans le véhicule, ce dernier se met en marche, roule, la caméra ressort de la voiture, etc...), dans une fluidité proprement sublime qui laisse pantois. La prouesse technique inspire le plus grand des respects, non seulement par sa forme, mais également par le sens qu'elle produit, en nous faisant partager à la seconde près et sur une durée jamais dilatée le quotidien de la star et ce que ce dernier pouvait ressentir, créant ainsi une empathie immédiate pour un homme qui se sera finalement laissé détruire par son souci de reconnaissance paternelle. Chez Siri, la forme dicte toujours le fond, ce qui finalement constitue le propre du cinéma.

 http://s.wat.fr/image/cloclo-bande-annonce_4u45x_1ynqvw.jpg

Soulignons enfin la magistrale interprétation de Jérémie Rénier, ce dernier parvenant à faire oublier dès ses premières apparitions qu'il est un comédien incarnant Claude François, tant son talent parvient à nous faire croire que l'on se trouve véritablement devant Cloclo lui-même (nul mimétisme, mais une incarnation troublante parvient à créer ce magnifique et déstabilisant subterfuge). 

Oeuvre pourvue d'une émotion permanente et d'une mise en scène de très haute volée, soutenue en outre par une partition d'Alexandre Desplat à faire chavirer les coeurs, Cloclo se ressent de la première à la dernière image, et s'impose comme le meilleur film de son réalisateur.

 

 


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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 08:59
http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/11/shame-affiche.jpgAprès le très remarqué Hunger, le réalisateur Steve McQueen propose avec son nouveau film une réflexion extrêmement fine et visuellement sublime sur la liberté. Ou comment un être peut se retrouver prisonnier de son propre corps, sans parvenir à se défaire de ses obsessions. Sex addict, le personnage de Brandon (magnétique Michael Fassbender) passe son temps à rechercher le sexe brut, et à fuir tout ce qui pourrait se rapprocher de près ou de loin à du sentiment. Entre putes de luxe, masturbations chez lui ou au travail, backrooms, chats porno sur le net ou triolisme, Brandon organise son temps autour du sexe. Ainsi, la longue séquence inaugurant le film sur la sublime musique de Harry Escott verra son tempo rythmé par un tic-tac entêtant, révélateur de la mélopée mécanique qui scande les jours du protagoniste.
 
Ces derniers, véritables enchevêtrements d'érections, de corps, de râles, de sueur et d'animalité, résonnent davantage comme un calvaire personnel que comme un plaisir renouvelé. Maladie avérée (le metteur en scène s'est à ce titre dûment renseigné auprès de personnes souffrant des mêmes maux), cette addiction au sexe s'inscrit comme une entrave à la liberté personnelle, en cela que non seulement Brandon ne peut s'en défaire, mais il en résulte pour lui un isolement permanent. Et c'est notamment ici que la mise en scène de MacQueen s'avère prodigieusement intelligente.
http://3.bp.blogspot.com/-C-3OlZ0uN7g/TtYY3wiSWFI/AAAAAAAAATE/KHriB8pdPUk/s1600/shame.jpg
 
Ainsi, l'isolement de Brandon se traduira visuellement par un isolement dans le cadre. De manière quasi-permanente, le personnage sera acculé sur le bord droit ou gauche de l'écran, totalement seul, coincé, quasiment exclu du monde. Y compris lors de la très belle scène du footing, dans laquelle la caméra le suivra dans un long travelling, l'isolant à droite du cadre. Rarement la mise en scène de MacQueenn cèdera face à ce parti-pris audacieux à la résonnance métaphorique évidente, si ce n'est pour faire respirer le film. Ce choix de mise en scène sera mis en exergue à la fin du long-métrage où, pour la première fois, Brandon se trouvera au centre du plan d'une manière presque symétrique par rapport au décor qui l'entoure. Premier pas vers la guérison ? Destruction du carcan physique et mental qui l'emprisonnait jusqu'alors ? Le plan suivant apportera la réponse par la seule force de la mise en scène.
 
http://4.bp.blogspot.com/-m3C6pKhV3w4/Tw4kHGmFgqI/AAAAAAAASsk/NDdw5Fn3WQ4/s1600/71253696.jpg
 
 
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http://otdowntown.com/wp-content/uploads/2011/12/mcqueen.jpg
Enchaîné à son propre corps, Brandon verra ses nerfs mis à mal par l'arrivée impromptue de sa soeur Sissy (bouleversante Carey Mulligan, qui confirme ici son talent après Drive). Attirée par elle (voir à ce titre la scène où le frère surprend sa soeur nue sous la douche), mais dans l'impossibilité morale d'avoir un rapport sexuel avec elle, il apparaîtra de plus en plus agressif à son égard, l'enjoignant de ne pas être trop présente, et de ne pas empiéter sur sa vie réglée comme une horloge. Fuyant un lien fraternel potentiellement incestueux, Brandon réagira sur le tard en laissant enfin ressortir ses émotions à l'encontre de la seule personne avec qui il partage réellement un passé commun, que l'on devine en fin de métrage dramatique, sans que ce drame passé ne dise clairement son nom. La manifestation de cet amour fraternel aura par ailleurs été amorcé lors de la sublime scène du bar au cours de laquelle Sissy chantera New York, New York, dans un plan fixe de toute beauté.
http://www.moviespad.com/photos/shame-carey-mulligan-809d4.jpg
 
http://www.citybeat.com/cincinnati/imgs/media.images/4660/film1_shame_michael_fassbender_carey-mulligan.widea.jpg
 
Oeuvre à la richesse visuelle infinie développant un propos sur la relativité du principe même de liberté, Shame s'inscrit comme l'un des très grands films de ce début d'année, tout en offrant à Michael Fassbender son meilleur rôle à ce jour.
 
 
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