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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 07:27

http://www.horreur.net/img/centurion-marshall-aff.jpgNeil Marshall débuta au cinéma avec le moyen Dog soldiers, revisitant le mythe du loup-garou en le plaçant dans le cadre d'un escadron de militaires en exercice dans la forêt. Le film s'avérera original mais inabouti. Le metteur en scène se fit ensuite un nom avec l'excellent The descent, jouant avec brio sur nos peurs primales (la peur du vide, du noir, la claustrophobie), le métrage s'inscrivant parmi les plus effrayants que nous ait offert la Grande-Bretagne ces dix dernières années. Ce fut ensuite au tour de Doomsday de débarquer sur les écrans, Marshall nous offrant un film post nuke totalement assumé et purement fun dans un esprit 80's jubilatoire, qui ne rencontra malheureusement pas le succès. Centurion, dernier film en date du réalisateur britannique, sorti dans un nombre ridicule de salles françaises au mois de juillet dernier, le privant ainsi de la possibilité d'exister sur grand écran (à l'instar du récent Amer), s'avère beaucoup plus faible que ses derniers opus, mais mérite cependant le détour, notamment pour sa seconde partie entièrement tournée vers le survival, qui donne au métrage un rythme et un intérêt qu'il avait peine à trouver.

 

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Racontant l'histoire d'une garnison de centurions romains confrontée à une tribu du nord de l'Angleterre résistant à l'envahisseur (l'irréductible village gaulois n'est pas loin...), le film de Marshall constitue un morceau de pellicule extrêmement bancal. En effet, la première partie du film possède un rythme proche du néant, et la belle trogne du héros le rapproche davantage du bellâtre métrosexuel que du Romain belliqueux et sanguinaire. Par ailleurs, les pitoyables dialogues ponctués de "fuck" (en 117 après JC, ça le fait moyen), tendent à faire gentiment sortir le spectateur de l'histoire.

 

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Heureusement, le film se rattrape dans sa seconde partie, dans laquelle une poignée de centurions, ayant survécu au massacre de leur garnison par la tribu des Pictes, se voit pourchassée par la peuplade locale après que l'un des Romains ait tué le jeune fils du chef de la tribu. Le film bifurque alors vers la chasse à l'homme plutôt bien menée, Marshall boostant le rythme du métrage avec ce qu'il faut de vengeance, de combats et de sang, à travers de très beaux paysages naturels.

 

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http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2010/07/centurion-1.jpg

 

Par ailleurs, Marshall nous propose un personnage de "pisteuse" plutôt réussi, incarné par Olga Kurylenko, mannequin de son état, qui s'avère plutôt efficace dans le rôle de cette femme muette et avide de vengeance. Son personnage de traitresse violée et mutilée dans sa jeunesse, rompue au maniement des armes, est suffisamment contrasté et doté d'aspérités pour être intéressant. 

D'autre part, Marshall parsème son film de scènes sanglantes bien sauvages (tête coupée en son milieu, oeil crevé à la flèche, décapitations en plusieurs coups), qui apportent au film une sauvagerie réussie.

C'est donc un film en demi-teinte que nous offre Neil Marshall pour son nouvel opus, extrêmement décevant d'abord, très efficace ensuite. En tout état de cause, le réalisateur aime (se) faire plaisir, et parvient à ne jamais tomber dans le cynisme cinématographique lorsqu'il s'agit de postmodernisme, contrairement à nombre de ses confrères.

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 11:01

http://2.bp.blogspot.com/_mSFODWk5Je8/TGT5LI8fX5I/AAAAAAAAA9o/yPYkhzq_468/s1600/monsters-poster.jpgQu'il est bon de se laisser surprendre par un film, de le laisser vous prendre par la main et vous emmener vers des horizons que vous ne soupçonniez pas, de le laisser calquer votre pouls sur le sien, en un mot, de s'y abandonner totalement. Monsters est de ces films-là. L'on aurait pu s'attendre à une histoire empruntant les sillons de La guerre des mondes ou de District 9, d'un côté par le design des créatures, de l'autre par le postulat de départ. Ce ne sera pas le cas.


Le scénario de Monsters s'ancre dans une réalité alternative, dans laquelle une navette de la NASA, transportant des échantillons de vie extraterreste, s'est écrasée au Mexique 6 ans plus tôt. La zone "contaminée" par la présence extraterrestre est contenue par l'armée, derrière une immense grille. Un photographe travaillant pour un journal américain devra escorter la fille de son patron du Mexique vers les Etats-Unis à travers cette zone dangereuse.

 

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Monsters risque de diviser les spectateurs en deux catégories bien distinctes. D'un côté ceux qui verront dans le film une grosse arnaque ne proposant de monstrueux et de science-fictionnels que quelques plans épars, refusant ainsi d'être pris à contre-pied par un film dont ils attendaient davantage ce qu'ils voulaient y voir que ce que le film leur propose finalement. Et de l'autre, ceux qui seront littéralement conquis, acceptant de s'abandonner et de se laisser porter par un rythme lent, hypnotique, envoûtant, accompagnant une histoire d'amour naissante sur fond de paysages désolés.


Car Monsters n'est pas un film de science-fiction, mais un drame romantique.

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Les deux personnages principaux, le photographe (très bon Scoot McNairy) et la fille de son patron (délicieuse Whitney Able), sont deux êtres qu'a priori tout oppose, mais qui se révéleront au fur et à mesure de leur périple tout aussi perdus l'un que l'autre dans une existence dans laquelle ils pataugent et peinent à surnager. L'une des forces du cinéma de genre est de confronter les êtres à des situations qui les dépassent, et à travers lesquelles ils révèlent des aspects universels de la nature humaine mais aussi leur propre personnalité (Buried en est un exemple récent). Des personnages ordinaires confrontés à des situations extraordinaires, révélant in fine ce qui les constitue. Gareth Edwards illustre ce précepte avec brio dans Monsters, en le développant dans le cadre d'une histoire d'amour naissante (cet innamoramento cher à Francesco Alberoni dans Le choc amoureux).

 

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Cet amour naissant sur fond de menace extérieure sera traité par le metteur en scène sur un rythme extrêmement lancinant, proche de la mélopée visuelle, le temps semblant ralentir son court à plusieurs reprises pour laisser affleurer les sentiments des protagonistes, la mélancolie de leur être, la lente réunion de leurs solitudes. Ce parti-pris de laisser l'image s'affranchir de l'action pour se révéler dans le temps n'aurait pas été renié par le philosophe Gilles Deleuze et son essai sur l'image-temps. Ainsi, l'on pense souvent à Michael Mann non seulement par ce rythme extrêmement mélancolique laissant l'intériorité des êtres transpirer de l'écran, mais également par l'emploi sublime de la musique, d'une beauté ineffable, achevant de nous hypnotiser totalement et de nous happer littéralement.

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Ce rythme lancinant imprégnera ainsi tout le métrage, jusqu'à une scène finale d'une émotion inattendue, qui éclairera d'un jour nouveau le titre du film, tout en achevant l'épopée sentimentale des deux personnages.

Point de fable écologique dans Monsters comme certains ont pu l'écrire, encore moins de métaphore politique, mais une histoire d'amour poignante, une aventure sentimentale passionnante, que Gareth Edwards illustre avec un talent indéniable, construisant ses cadres et maîtrisant le rythme de son film selon le parti-pris de l'affect, jamais de l'intellect.

Incontournable.

 


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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 09:03

http://www.avoir-alire.com/IMG/jpg/Les-7-jours-du-talion-Movie-Poster.jpgUne petite fille de 8 ans est violée et assassinée dans un terrain vague d'une banlieue québecoise. Le coupable, un pédophile récidiviste, est rapidement appréhendé et sur le point de passer en jugement.


Mais le père de la victime, chirurgien  de métier, rongé par le chagrin et la haine, décide d'enlever l'assassin de sa fille. Il prévient la police qu'il va séquestrer le meurtrier et le torturer pendant 7 jours consécutifs, au terme desquels il l'exécutera et se rendra aux autorités.


Inédit sur les écrans français, cette adaptation du roman de Patrick Senécal est un véritable uppercut. Froid, implacable, dépourvu de toute musique, le film dépeint pendant 1h50 la vengeance d'un père détruit par le meurtre de sa fille, la méthodologie implacable avec laquelle il va se livrer à des actes de torture sur l'assassin, en même temps que la lente autodestruction à laquelle il se livre.

 

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Le thème de la loi du talion au cinéma ne date pas d'hier et a été traité de nombreuses fois. Citons en vrac Un justicier dans la ville, Death sentence, La mariée était en noir, Que la bête meure ou encore le bancal 8 mm.Avec Les 7 jours du talion, Daniel Grou se démarque de ses prédecesseurs en optant pour un parti-pris extrêmement cru, clinique, réaliste, nous plongeant d'emblée dans le drame vécu par ce couple anéanti, et dans la vendetta d'un père qui ne peut se contenter d'une peine de prison pour l'homme qui a violé et tué sa fille. Pour elle (mais aussi pour lui),il se livrera à des exactions corporelles inhumaines sur sa victime, utilisant ses connaissances de chirurgien pour le garder en vie le plus longtemps possible afin de décupler ses souffrances. Il ne lui adressera par ailleurs jamais la parole, ne lui offrant que coups, entailles, douleurs et humiliations.

 

http://data.sueursfroides.fr/photo-les-7-jours-du-talion-1871-4.jpg

 

La force du film de Daniel Grou (également connu sous le pseudonyme de Podz), est de créer une empathie immédiate avec ce père détruit qui basculera dans la barbarie la plus extrême. Cet homme, dont le métier est de sauver des vies, s'appliquera avec un soin méticuleux à entraîner sa victime vers une mort lente et douloureuse, à la mesure de la douleur endurée par sa petite fille. Cette empathie permettra bien évidemment au spectateur de se questionner: et moi, qu'aurais-je fait à sa place ? Pour tout parent, l'identification sera bien évidemment décuplée, l'horreur ayant frappé cet homme pouvant alors se mesurer à l'aune de sa propre expérience de parent.

 

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L'on pourrait bien entendu craindre une apologie de l'auto-défense et de la jutice personnelle. Il n'en est rien. En effet, au fur et à mesure qu'il torture le pédophile, le père sombre petit à petit dans un malaise grandissant, jusqu'à une confrontation avec la mère d'une autre victime du meurtrier, qui provoquera en lui un bouleversement décisif. De même, le personnage du policier chargé de l'enquête a lui aussi vécu un drame personnel, et constitue à ce titre un contrepoint qui servira de base de réflexion au personnage du père. Nulle apologie, donc, mais au contraire la peinture d'une réaction légitime à défaut d'être constructive.

 

 

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D'autre part, la radicalité du film repose également sur son absence totale de musique. En effet, aucune note ne viendra souligner ou illustrer les images, le réalisateur nous envoyant ainsi au visage une histoire d'un réalisme glacial, sans ornements ni apprêts. Le malaise et le choc provoqués par les images seront ainsi souvent insoutenables, mais contrebalancés en permanence par la pensée que ces actes sont peut-être légitimes, et que, nous aussi, aurions peut etre agi ainsi...

 

Il s'agit enfin de saluer la performance de l'acteur principal, Claude Legault, dans un rôle extrêmement difficile qu'il incarne viscéralement. N'ayant jamais entendu parler de cet acteur, son jeu m'a littéralement sauté au visage.

 

Les 7 jours du talion s'avère au final une réflexion tétanisante sur la justice personnelle, sa légitimité et son utilité. A la question que lui pose un journaliste en fin de métrage, "pensez-vous que la vengeance soit la meilleure solution ?", le père répondra" "non". A la seconde question "donc vous regrettez ce que vous avez fait?", le père répondra "non". Tout est là. La vengeance ne sert à rien, mais elle peut s'avérer inévitable et indispensable pour celui qui s'y adonne.

 

 


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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 09:12

http://www.eklecty-city.fr/wp-content/uploads/2010/07/Buried-Poster.jpgIl est de ces films dont le postulat de départ et le parti-pris de mise en scène intriguent et excitent l'imagination en même temps qu'ils créent une crainte quant à la réussite finale du projet. Ainsi, Alfred Hitchcock proposait de filmer La corde en un plan-séquence unique, Gaspar Noé optait pour la vue subjective sur 2h30 dans le récent Enter the void, ou encore Hitchcock (toujours lui) ne quittant pas le canot de Lifeboat, pour offrir aux spectateurs un huis clos à ciel ouvert.


Lorsque le sujet et le pari de mise en scène de Buried se firent connaître sur le net, l'excitation fut immanquablement au rendez-vous, et pour cause: le film se déroulera durant 90 minutes à l'intérieur d'un cercueil enterré dans le désert irakien, dans lequel se trouve un otage américain disposant d'un téléphone portable et d'un briquet. Il devra obtenir 1 million de dollars pour ses ravisseurs s'il veut sortir vivant de son tombeau.


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Débutant par un générique graphique très réussi nous emmenant progressivement sous terre, Buried restera droit dans ses bottes de la première à la dernière image, ne quittant jamais le cadre du cercueil, respectant ainsi son postulat de base avec une maestria qui force le respect. Car le risque d'un tel parti-pris est assurément de provoquer l'ennui sur la longueur et de perdre le spectateur en cours de route. ll n'en est miraculeusement rien.


http://api.ning.com/files/a5XJaEmvX0artHWSKEE7FngssakiQa-f2kEFprbJdDY_/buried_ryan_reynolds_movie_pics2.jpg


En effet, Rodrigo Cortés (dont c'est le second long-métrage) parvient à maintenir une tension du début à la fin, balayant le spectre des émotions qui peuvent submerger un être humain placé dans une situation extrême et confronté à la survie face à une mort annoncée. La mise en scène, loin d'être statique, multiplie ainsi les plans et les perspectives afin de donner corps à ces émotions (la peur, l'isolement, la détresse, la colère, etc), alignant avec une fluidité remarquable gros plans, travellings, zooms, parvenant à créer une empathie pour le personnage principal, pourtant desservi par un Ryan Reynolds souvent insupportable mais devenant en fin de métrage totalement émouvant.



Ryan Reynolds, donc, seul personnage visible à l'écran (à l'exception d'une femme apparaissant sur une vidéo envoyée sur son téléphone portable), bien que desservi par une tête à claques (cela n'engage bien entendu que moi), s'en tire au final honorablement, bien que la réussite du film repose avant tout sur la mise en scène de Cortés et la tension que cette dernière parvient à installer. Les 2 dernières minutes du film constituent le point d'orgue de cette montée d'adrénaline, Buried nous envoyant au visage et dans le coeur une décharge d'émotion inattendue dans son final, lorsque le personnage incarné par Reynolds parvient à joindre sa femme au téléphone et que l'issue de son destin est proche.


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Par ailleurs, le réalisateur espagnol (décidément, le cinéma de genre ibérique reste et demeure le meilleur du monde actuellement), parvient à faire pénétrer un deuxième être vivant à l'intérieur du cercueil, dans une scène où le suspense est littéralement palpable. Sans dévoiler la nature de cet hôte inattendu, Cortés crée un véritable duel dans son espace confiné, témoignant une nouvelle fois de sa capacité à rebondir et à ne jamais créer l'ennui.

 

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Le metteur en scène profite également de son sujet pour balancer 2-3 charges contre les méchants politiciens qui ne transigent pas avec les terroristes, les employeurs qui cherchent à se couvrir, et la stupidité de l'administration. Tout cela est gentil et mignon, mais dans le cadre de l'histoire qui nous est racontée, on s'en tamponne le coquillard. L'intérêt est bien évidemment ailleurs, dans l'émotion, la tension, le suspense.


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Avant tout film de mise en scène et de découpage, Buried constitue une incontestable réussite, un film extrêmement tendu, incorruptible face aux facilités qui auraient pu s'offrir au metteur en scène (sortir du tombeau pour faire respirer le spectateur, notamment), et mérite amplement le succès critique et les prix glanés dans les différents festivals où il fut projeté.

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 12:16

http://clap.ch/uploads/tx_xcibcinema/covers/amer.jpgSorti dans une poignée ridicule de salles françaises au mois de mars dernier, Amer m'était passé sous le nez, victime du mépris de la distribution hexagonale en matière de films de genre, qui plus est lorsqu'ils ne sont pas mainstream. C'est donc dans une attente interminable que je lorgnais la sortie en dvd du premier long-métrage d'Hélène Cattet et Bruno Forzani, toujours sous l'emprise de l'envoûtement et de la fascination que j'avais éprouvés au visionnage de la bande-annonce.

 

La découverte du film fut, et c'est un euphémisme, à la hauteur de mes espérances. Grand amateur de giallo (je considère Mario Bava comme un metteur en scène d'exception et Dario Argento comme un expérimentateur formel dont la force des images a marqué à jamais ma vie de cinéphile), je fus littéralement subjugué par la maîtrise formelle de Hélène Cattet et Bruno Forzani tout comme par l'intelligence de l'hommage rendu par Amer à tout un pan du cinéma de genre transalpin.

 

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Amer ne se pense pas, il se ressent. Nulle prétention intellectuelle dans le film, mais de la sensation. L'histoire suit le personnage d'Ana à travers trois époques de sa vie: l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte. Le film présentera l'éveil sensitif du personnage, en même temps qu'il s'attachera à dépeindre, par la seule force de l'image et du son (les lignes de dialogues se comptent sur les doigts d'une main), ses craintes et ses peurs viscérales.


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Le tour de force du film est de parvenir à imprimer à l'écran ce qui constitue le coeur du giallo, à en décoder les codes, à en extraire la sève, cette "substantifique moelle", terme galvaudé s'il en est mais ici pleinement justifié. Le coeur battant d'un genre réside à l'intérieur de ses codes. Cattet et Forzani parviennent à passer le giallo au tamis et à n'en garder que l'essentiel, en le distillant 1h30 durant par le choix des cadres, des couleurs, des sons. 

 

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Tout spectateur hermétique à une forme cinématographique non-linéaire et laissant la compréhension et l'explication de côté lâcheront l'affaire au bout de cinq minutes. En effet, Amer s'adresse uniquement à nos sens, et laisse au spectateur le soin de se forger sa propre idée sur les images qui viennent de défiler devant lui. Pour apprécier le film, il faut laisser son intellect au placard et éveiller chacun de ses cinq sens, car c'est par eux, et uniquement par eux, que le film s'appréciera et se livrera. Amer est envoûtant, enveloppant, fascinant, hypnotisant, proche de la démarche d'un Gaspard Noé lorsqu'il filme Enter the void ou d'un Fabrice du Welz nous offrant Vinyan.

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Le film retourne aux fondamentaux du cinéma: l'image et le son. Point de discours, nuls monologues, si peu de dialogues, le long-métrage s'inscrit dans une démarche où c'est la forme qui détermine le fond, et non l'inverse. Cette forme, alternant filtres de couleurs, images floutées, découpage sensoriel, musique empruntant à Bruno Nicolai et Ennio Morricone, coupe le souffle par sa beauté et son intelligence, en laissant transparaître à chaque plan l'esprit du giallo: l'éveil (ou le retour) aux sens, à la sexualité, aux peurs, en un mot, la confrontation des êtres à leur viscéralité.

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Réussite éclatante (une légère baisse de régime viendra cependant entamer le troisième tiers, mais c'est un détail), invitation à l'abandon et à la sensualité, expérience charnelle et sensitive peu commune, hommage d'une intelligence rare au giallo, Amer se doit d'être découvert au plus vite par tout spectateur souhaitant vivre une expérience cinématographique hors des sentiers battus.

 


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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 08:55

Le nouveau film de Guillaume Canet s'ouvre sur un brillant plan-séquence (même si l'on devine une supercherie le découpant en deux parties distinctes, à la manière du plan-séquence inaugurant Snake eyes), suivant le personnage incarné par l'excellent Jean Dujardin depuis l'intérieur d'une discothèque jusqu'à sa sortie de l'établissement, enfourchant son scooter et roulant dans les rues désertes de Paris au petit matin. L'on devine assez rapidement l'issue de la scène, mais le procédé du plan-séquence est utilisé très intelligemment par le metteur en scène, soulignant qu'une vie peut basculer en une fraction de seconde.

 

Ce sera malheureusement la meilleure scène du film.

 

Les petits mouchoirs s'intéresse à un groupe d'amis partant en vacances sur la côte atlantique, alors que l'un d'entre eux est sur son lit d'hôpital à Paris, entre la vie et la mort. S'interrogeant 2 minutes sur le fait de partir tout de même ou de rester près de leur compagnon, le groupe, pour se donner bonne conscience, prend la décision de revenir plus tôt que prévu de ses vacances estivales, mais de partir quand même. Ce postulat de départ met d'emblée le film par terre, puisque les personnages nous sont présentés comme une grosse bande d'égoïstes. Procédé inexcusable pour un réalisateur, puisque toute implication dans une histoire nécessite un attachement envers les personnages. Il est ici totalement absent.

 

 

Par ailleurs, Canet aligne des scènes où l'on sourit (parfois, car l'antipathie envers les personnages ne donne pas envie de rire) et on l'on s'ennuie (souvent), le tout lié par une musique insupportable non par le choix des morceaux (tous très bons), mais par l'emploi qu'en fait le metteur en scène. En effet, la musique du film sert tantôt de remplissage (une voiture roule, on envoie de la musique, ça fait une scène), tantôt de procédé lacrymal insupportable. N'est pas Wenders ou Douglas Sirk qui veut, et Guillaume Canet déçoit énormément en ayant recours à des procédés aussi faciles et racoleurs. La pudeur et la finesse sont apparemment bien loin de ses préoccupations.

 

 

Et du procédé facile et vulgaire, le film nous en promet encore, le point d'orgue du racolage se situant en fin de métrage, dans la scène de l'église. Séquence insupportable par sa propension à vouloir à tout prix tirer les larmes du spectateur, elle voit défiler à l'écran un à un les personnages du film, tous pleurant comme des madeleines, y compris dans la scène qui lui fait directement suite, et dans laquelle Canet filme en gros plans les pleurs de chacun de ses protagonistes. Le metteur en scène n'oublie d'ailleurs pas de filmer Marion Cotillard de profil afin que le spectateur distingue bien la goutte qui lui coule du nez. Qu'un metteur en scène de la qualité de Guillaume Canet puisse s'abaisser à de tels procédés est totalement lamentable, et le racolage lacrymal misérable.

 

 

Par ailleurs, le film avance doucement mais sûrement vers une leçon moralisatrice des plus pitoyables: aime ton prochain, ne sois pas égoïste (c'est mal), ne mens pas aux autres, ne te mens pas à toi-même, etc...Le prêche religieux n'est pas loin, et la fin des Petits mouchoirs ferait passer le plus moralisateur des films de Walt Disney pour un modèle de subversion. Qu'est-il donc arrivé à Guillaume Canet ? Après un bon Mon idole et un très bon Ne le dis à personne, comment a-t-il pu se vautrer et se complaire de la sorte dans des procédés si malhonnêtes et des leçons de morale si indigestes ?

Restent les acteurs, pour la plupart très bons (Cluzet confirme qu'il est le meilleur acteur français en activité, et Dujardin, dans ses rares scènes, irradie tout le film de sa présence), certaines scènes où l'on rit (le hord-bord, le face-à-face Cluzet/Magimel dans le restaurant), et une scène d'ouverture remarquable.

 

Le reste est nauséabond, vulgaire, racoleur, et ne rend pas hommage au talent évident de Guillaume Canet. L'exception qui confirme la régle ? Espérons-le.

 

 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 14:56

http://www.todkena.ru/_ld/92/35727.jpgAprès Badlands (1973), Days of heaven (1978) et The thin red line (1998), Terrence Malick nous offrait en 2005 l'un des plus beaux films de la décennie écoulée.


A la fois ode à la nature d'une beauté fulgurante, réflexion sur la place de l'homme sur Terre, sa relation à son environnement, interrogation sur l'âme dans son acception la plus globale, dépassant l'aspect animiste pour toucher aux liens étroits unissant toute forme de vie, Le nouveau monde éclabousse la rétine par sa beauté plastique et éclaire l'âme d'une lumière à la fois sensitive et métaphysique.


Relatant l'histoire d'amour entre Pocahontas (troublante Q'Orianka Kilcher) et le colon John Smith (Colin Farrell, d'une sobriété qu'on ne lui connaissait pas), le film envoûte dès les premières images, pour ne plus lâcher nos sens avant la fin du métrage. 


http://francoisbouchet.free.fr/weblog/images/cinema/The_New_World.jpg


Rendant palpables des notions existentielles sur la place de l'homme au sein d'une nature matricielle, Mallick parvient à servir un propos extrêmement fort sur le lien étroit unissant l'homme à son environnement, l'un et l'autre partageant fondamentalement une âme commune, avec une propension poétique dans la mise en scène justifiant l'aspect spartiate des dialogues et la prégnance de l'image et du son sur toute autre forme de narration.


http://www.reverseshot.com/files/images/issue22/malick.jpg


Par ailleurs, le metteur en scène propose un montage extrêmement audacieux (les ellipses sont légion mais ne viennent jamais entraver la compréhension du récit), cadencé par des voix off dont la musicalité se rapproche d'emblée d'une mélopée poétique, illustré par des images d'une beauté à couper le souffle (Malick est certainement le réalisateur qui sait le mieux filmer la nature). Sauts dans le temps, coupes abruptes, pensées des protagonistes prenant le pas sur le dialogue proprement dit, la structure formelle du Nouveau monde dépasse la narration classique et tente (et réussit) de s'adresser directement au coeur et à l'âme, laissant l'intellect de côté.


http://4.bp.blogspot.com/_KMYbdNu8FOw/SwXsFrTOFYI/AAAAAAAAAws/FtTTSp9DfCQ/s1600/PDVD_001.BMP

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http://megazinemedia.com/wordpress/wp-content/uploads/2008/06/new-world-3.jpg

Terrence Mallick développe en outre une histoire d'amour bouleversante dépassant le cadre de la simple relation humaine entre Pocahontas et John Smith (et plus tard le personnage incarné par Christian Bale), en proposant une philosophie extrêmement forte faisant de la victoire de la vie sur la fatalité la plus importante des considérations, élevant ainsi son propos bien au-delà du simple récit amoureux, au demeurant d'une finesse et d'une justesse rares.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/35/37/85/18474991.jpg

Dans le rôle de Pocahontas, Q'Orianka Kilcher excelle à exprimer la fragilité, la profondeur et le trouble d'un personnage d'une extrême richesse, dont le parcours intérieur l'amènera à exprimer l'aboutissement de ses réflexions métaphysiques dans une réplique qui fermera la boucle (du film et de la vie), dans une fin poignante à émouvoir le plus cynique des spectateurs.


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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 19:45

http://www.cinemaker.fr/wp-content/uploads/2010/06/the_social_network_affiche.jpg"Le fait que Facebook reflète le narcissisme d'une société éclaire cette société, rien d'autre". Cette déclaration de David Fincher à l'occasion de la sortie de son nouveau film, The social network, met en lumière le secret du succès de Facebook, tout comme il touche à la moelle épinière du sujet de son film.


Davantage tourné vers le besoin de reconnaissance de l'être humain que sur le phénomène Facebook proprement dit (ce dernier n'étant finalement qu'une sorte de MacGuffin dans le film), le long-métrage de Fincher s'emploie à mettre l'accent sur le narcissisme tapi en chacun de nous (qui n'a jamais souhaité être l'objet d'une attention, quelle qu'elle soit ?)


En observant de plus près la filmographie de David Fincher, l'on se rend compte que tous ses films abordent, de près ou de loin, la question de la recherche du bonheur. Ainsi, Se7en se résumait tout entier dans sa dernière réplique, citation d'Hemingway revisitée par Morgan Freeman sur l'état du monde et la nécessité de se battre pour lui. The game voyait un Michael Douglas blasé participer à un jeu sensé lui redonner le goût de la vie. Et Zodiac plongeait un journaliste dans une enquête obsessionnelle dont la résolution constituait sa raison de vivre.


The social network s'inscrit pleinement dans cette thématique de la recherche du bonheur, puisque le personnage de Mark Zuckerberg (interprété par le très bon Jesse Eisenberg) ne recherche rien d'autre que l'épanouissement personnel à travers un besoin de reconnaissance exacerbé.

http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/17423/the-social-network-2010-17423-341819701.jpg

La première scène de The social Network donne le ton: le personnage de Zuckerberg débite à la vitesse de la lumière un discours semblant jaillir directement de ses pensées sans passer par la case structure. Sa petite amie, rapidement saoulée par le flot de paroles de son geek de copain, lui annonce alors sèchement qu'elle le plaque. En une scène, Fincher et son scénariste Aaron Sorkin plantent le décor: Zuckerberg vit en mo(n)de clos, et Facebook trouve son élément déclencheur dans une rupture. Brillant.


http://www.ecrans.fr/local/cache-vignettes/L450xH289/arton11053-92540.jpg

La suite du film sera ainsi rythmée uniquement par les dialogues (le scénariste Aaron Sorkin explique d'ailleurs en interview qu'il n'est pas un écrivain visuel mais purement attaché à la musique des mots), dans des joutes brillantes, un langage abscons mais intriguant, et un rythme verbal proprement hallucinant, l'ensemble s'inscrivant sur une remarquable musique de Trent Reznor et Atticus Ross.

http://www.bscreview.com/wp-content/uploads/2010/08/social-network-fincher.jpg


La mise en scène de David Fincher, proche de la fausse épure (à la manière de l'évolution visuelle d'un Shyamalan), impose quant à elle un véritable respect. Choix des cadres, mouvements de caméras, la complexe sobriété dont fait preuve le réalisateur de Alien 3 se savoure à chaque instant tant elle embrasse son sujet et donne corps visuellement à ses thématiques. Pour preuve, par effet de contraste, cette séquence de compétition en aviron qui tranche visuellement avec le reste du métrage par le caractère ostentatoire (mais non vain) de sa mise en scène: Fincher filme ici un autre univers, celui d'étudiants vivant dans le monde, et non en vase clos.


http://cache.boston.com/resize/bonzai-fba/Globe_Photo/2009/10/20/names__1256092011_0082/539w.jpg

Le personnage de Zuckerberg évolue quant à lui en circuit totalement fermé, l'intégralité de ses actions, de ses contacts, de ses choix, étant tous tendus vers la recherche de son intérêt personnel, de la reconnaissance et, in fine, de l'accession au bonheur. Son besoin d'amitié est ainsi inexistant, du moins jusqu'à ce qu'il accède à la réussite et qu'il atteigne son Graal. Alors, et seulement à ce moment-là, il expédiera une friend request à une jeune femme via sa créature, dans une scène finale terrible et poignante dans laquelle toute la solitude de ce créateur éclaboussera l'écran.


Esssentiel.

 



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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 12:17

Richard Fleischer est l'un des metteurs en scène les plus passionnants du 7ème art. Touchant à tous les genres, il fit preuve, à l'instar d'un Stanley Kubrick (toutes proportions gardées), d'une capacité surprenante à livrer des oeuvres extrêmement réussies aussi bien dans l'aventure (Les vikings), le fantastique (Le voyage fantastique), le film de guerre (Tora ! Tora ! Tora!), la science fiction (Soleil vert) ou encore l'action (Mr Majestyk).

 

Touche-à-tout mais toujours respectueux du genre qu'il abordait, Fleischer fut ainsi à l'origine de longs-métrages dont l'imagerie est toujours présente dans l'imaginaire collectif (les explorateurs du corps humain dans Le voyage fantastique ou les bateaux des Vikings, notamment).

 

C'est cependant en 1968 que le metteur en scène réalisa son chef d'oeuvre, retraçant à l'écran l'histoire vraie d'Albert de Salvo, tueur en série qui défraya la chronique à Boston entre 1962 et 1964 en se rendant coupable du meurtre de 13 femmes par strangulation.

 

 

 

 

L'étrangleur de Boston est fascinant à double titre. Tout d'abord, Richard Fleischer fait une utilisation remarquable du split screen, technique consistant à morceler le cadre en plusieurs parties à l'intérieur desquels se déroulent des actions différentes ou, le plus souvent, une même action observée de différents points de vue. La technique, utilisée par la suite à foison par Brian de Palma, sera également exploitée par Norman Jewison la même année dans L'affaire Thomas Crown. Loin de n'en faire qu'un usage purement ornemental, Fleischer utilise le split screen à des fins totalement dramaturgiques servant pleinement le récit et la narration. Ainsi, les scènes précédant les meurtres sont le plus souvent filmées à la fois du point de vue du tueur se rapprochant de l'appartement de la victime, mais aussi du point de vue de la victime à l'intérieur de son appartement, le tout dans des cadres différents à l'intérieur du cadre principal. L'idée de la menace approchant sa proie innocente est ainsi exposée avec extrêmement de force, décuplant le suspense et créant un réel sentiment de fatalité et d'impuissance chez le spectateur.

 

 

 

 

 

 

Le second facteur de fascination exercé par le film tient à la nature du personnage de l'étrangleur, joué avec un talent ineffable par le regretté Tony Curtis, qui trouva dans le personnage d'Albert de Salvo le rôle le plus marquant de sa carrière. L'acteur souhaitait trouver un rôle qui lui permette d'exploiter ses talents dramatiques, Curtis ayant été jusqu'alors principalement utilisé dans des comédies. Et dire que l'acteur s'en sort haut la main serait un doux euphémisme tant sa performance dans L'étrangleur de Boston marque les esprits et provoque un trouble extrêmement dérangeant chez le spectateur. En effet, la force du personnage de l'étrangleur réside dans l'humanité que lui confère Fleischer, De Salvo étant présenté certes comme un meurtrier, mais également comme une victime. Sans dévoiler la fin de l'histoire, la nature schizophrénique et psychotique du personnage consume littéralement ce dernier. Marié et père de deux enfants, l'étrangleur est ainsi en permanence dans un état de dédoublement de la personnalité, tiraillé entre sa vie de famille (c'est un mari aimant et un père attentionné) et son irrépressible besoin de tuer.

 

 

 

 

Le tour de force du film réside ainsi dans l'attachement que le spectateur ressent pour ce personnage d'assassin, Fleischer rappelant la paradoxale humanité de l'étrangleur et ne se bornant pas à s'intéresser uniquement à ses pulsions meurtrières. Cette dualité du personnage sera pleinement exploitée dans la dernière partie du métrage, au cours de laquelle l'homme de loi incarné par l'impérial Henry Fonda permettra à De Salvo d'accoucher du mal qui le ronge, d'en prendre conscience, le conduisant ainsi vers une issue tragique que le plan final du film, sans aucun dialogue, illustrera d'une manière terrible, par la seule force de la mise en scène et l'utilisation de la couleur blanche. La maïeutique mise à l'oeuvre par le personnage de Fonda aura paradoxalement permis à l'étrangleur de se trouver, mais aussi de  se perdre définitivement. Soulignons également l'utilisation des jeux de miroirs et des reflets, constituant l'illustration visuelle de la dualité du personnage de Curtis, aussi bien lors de ses méfaits (voir la scène dans laquelle il s'aperçoit dans un miroir alors qu'il est en train de maltraiter une femme), que dans la confrontation finale avec Fonda.

 

 

 

 

L'étrangleur de Boston s'inscrit donc comme un thriller psychologique de haute volée, soutenu par des comédiens en état de grâce et doté d'une mise en scène extrêmement intelligente et novatrice. La modernité du style de Fleischer frappe encore aujourd'hui, et si le film vous est encore inconnu, je vous envie de le découvrir...

 

Introduction du personnage interprété par Tony Curtis, au bout de 50 minutes de film

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 11:11

Avant de se livrer à une critique d'A toute épreuve, il s'agit de remettre le long-métrage en perspective dans la filmographie de John Woo.

 

Ayant cédé aux sirènes hollywoodiennes alors impressionnées par la maestria visuelle du réalisateur chinois, John Woo réalisa avec A toute épreuve son ultime film hong-kongais, imprimant sur la pellicule les plus grandes scènes d'action de sa filmographie, poussant dans ses ultimes retranchements fusillades, violence chorégraphiée et nombre de cadavres, avec un sens du cadre et de la rythmique visuelle proprement renversant. Woo brûla donc toutes les cartouches qu'il lui restait avant de quitter son pays natal et de s'envoler vers une carrière américaine qui s'avérera en dents de scie.

 

Metteur en scène des désormais classiques Le syndicat du crime, The killer ou encore Une balle dans la tête, John Woo a toujours cultivé une fascination pour la représentation visuelle de la violence. Constituant ses plans comme de véritables ballets musicaux, Woo, à l'instar de Sam Peckinpah, compose ses scènes d'action notamment au moyen de nombreux ralentis ayant pour effet de dilater le temps et de souligner le caractère profondément cinégénique que peut revêtir la violence au cinéma.

 

 

La musique est à ce titre primordiale dans l'oeuvre du metteur en scène, qu'elle souligne l'action ou en fasse partie intégrante (voir à ce titre la scène de Volte/Face dans laquelle une mère place un casque musical sur les oreilles de son enfant pour le détourner de la fusillade qui se déroule sous ses yeux). A toute épreuve n'échappe pas à la règle (le personnage de Chow Yun-Fat joue de la musique dans un club ou chante une comptine aux oreilles d'un nouveau-né lors de la scène finale, entre autres) et s'inscrit pleinement dans le cadre d'une chorégraphie visuelle et sonore de la violence.

 

 

L'histoire assez classique d'A toute épreuve met en scène l'alliance entre deux policiers dont l'un est infiltré dans un gang et l'autre en quête d'une vengeance personnelle, quelques heures avant la rétrocession de Hong-Kong à la Chine. Woo, convaincu d'une explosion exacerbée de la violence et de la multiplication des guerres de gangs dès lors que cette rétrocession serait effective, propose dans son film une véritable apocalypse dans laquelle les bandits sont rois et font régner le chaos le plus absolu. Le film baigne ainsi dans une atmosphère de fin du monde véritablement palpable, trouvant son oméga lors de l'incroyable scène finale: la scène de l'hôpital.

 

 

Cette séquence, longue d'une durée de plus de 25 minutes, est un condensé du meilleur de John Woo, dans laquelle le réalisateur se lâche totalement dans un délire visuel et une maestria technique de très haute volée. Ralentis, plan-séquence, explosions de sang (y compris sur le visage d'un bébé, aspergé du sang de son sauveur), Mexican standoff, l'écran est saturé de figures de style et de véritables jouissances visuelles pour qui apprécie l'action au cinéma. Un peu comme si John Woo voulait faire un ultime baroud d'honneur en son pays, en déversant tout son talent et toute son énergie sur l'écran. Ainsi, l'action ne faiblit jamais et s'enchaîne sans temps mort, plaçant au final son audience dans un véritable état capiteux, le caractère grisant et étourdissant de l'ouvrage achevant de combler les rétines les plus blasées.

 

L'un des Mexican standoff du film.

 

 

 

A toute épreuve, réalisé il y a déjà 18 ans, s'impose donc comme une pièce maîtresse du cinéma d'action dans laquelle la mise en scène de John Woo, alliant grâce du ballet et sécheresse du couperet, constitue un véritable tour de force technique qui, non content de procurer un plaisir visuel de chaque instant, impose le plus profond des respects pour l'un des plus grands metteurs en scène du cinéma d'action

  

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