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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 10:22

http://2.bp.blogspot.com/_ONmjB0QIAAg/S8i8ZNx3HrI/AAAAAAABIa8/651br95rq68/s1600/le2.jpgAprès avoir secoué le monde de la science-fiction avec Alien et Blade Runner, Ridley Scott, grand plasticien de l'image et formaliste avant tout, s'essayait en 1985 au conte de fée avec Legend, oeuvre mésestimée dans sa carrière, et pourtant véritable merveille de composition picturale dotée d'une puissance d'évocation immédiate.

 

Scott, capable du meilleur (les deux films précités, mais encore Thelma et Louise ou Black hawk down) comme du pire (G.I. Jane, White squall) aime se frotter à tous les genres cinématographiques. Le cinéaste anglais a ainsi abordé la science-fiction, le film historique, le thriller, le péplum, la comédie, le drame,  ou encore le film de guerre , avec plus ou moins de réussite. Pas étonnant que Scott fut également attiré par le genre fantastique, et l'un de ses corollaires, le conte.

 

 

http://www.ulujain.org/images/film/legend6.jpg

Ancré dans l'éternelle thématique de la lutte du bien contre le mal, le scénario de Legend se situe dans un monde imaginaire dans lequel elfes, lutins, fées, licornes et humains vivent en parfaite harmonie, cette dernière se voyant menacée par le monstrueux Darkness, maître des ténèbres désirant faire basculer cet univers merveilleux dans la nuit éternelle.

Davantage oeuvre picturale que véritablement scénaristique (le script tient sur un confetti), Legend marque la rétine par ses plans d'une beauté à toute épreuve, plongeant le spectateur dans un univers fantastique convoquant les créatures légendaires qui peuplaient nos livres d'enfants.

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:zLI4zCLUKDL_mM:http://img41.exs.cx/img41/9748/legend01.jpg&t=1

 

 

http://www.thedorkreport.com/wp-content/uploads/2008/11/legend2.jpg

 

http://thepulplist.com/wp-content/uploads/2009/08/Legend_03-521x300.jpg

 

Le production design du film, d'une splendeur de chaque instant, laisse éclater les couleurs, magnifie les décors, sublime les costumes et ancre le métrage dans une véritable orgie visuelle dont chaque plan constitue un tableau où l'élégie le dispute au merveilleux. Orfèvre du cadre (parfois au détriment de la narration ou de la direction d'acteurs), Ridley Scott tourna son film intégralement en studio, s'assurant ainsi la maîtrise totale de la composition de ses plans. Le directeur de la photo, Alex Thomson (également chef opérateur sur La forteresse noire ou encore Alien3), put ainsi laisser libre cours à son talent visuel, construisant avec Scott un livre d'images d'une splendeur permanente.

 

http://dvdmedia.ign.com/dvd/image/legend_03.jpg

 

http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/4155/legend-1985-4155-857812439.jpg

 

http://4.bp.blogspot.com/_8sv9gYsuLwc/TI_W-9FfsJI/AAAAAAAAAXM/Sr_Pw_z3ucU/s1600/legend2.jpg

 

On retrouve au casting de Legend un Tom Cruise encore tout gamin, 1 an avant sa consécration mondiale dans le Top Gun de Tony Scott (frère de Ridley). Son personnage, censé être le héros du film, s'avère finalement et paradoxalement en retrait, écrasé sous le poids de la magnificence des décors et la direction d'acteurs extrêmement paresseuse du cinéaste. Sa performance est également éclipsée par l'excellente composition de Tim Curry en incarnation du Diable, tous sabots dehors. De son côté, la délicieuse et craquante Mia Sara campe une princesse plutôt convaincante, malgré des dialogues doucereux comme de l'eau de rose.

 

http://www.horrorphile.net/images/legend-mia-sara1.jpg

 

Oeuvre visuelle véritablement ennivrante, Legend, davantage conte de fée filmé que récit d'héroic fantasy, se déguste avec des yeux d'enfants et constitue une plongée dans l'imaginaire des histoires merveilleuses, de celles, à n'en point douter, que l'on racontera encore aux enfants le soir au coin du feu, dans 1 million d'années...

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 13:18

http://medias.jds.fr/article/29713/la_princesse_de_montpensier_300.jpgReparti bredouille du dernier Festival de Cannes où il était sélectionné en compétition officielle, le dernier film de Bertrand Tavernier avait suscité en mai dernier quolibets, railleries et autres accusations de laxisme pour le metteur en scène lyonnais à qui l'on reprochait d'avoir troussé un film ennuyeux, faiblard, en un mot, indigne de son talent.

 

Qu'il ne s'agisse pas du meilleur film de Tavernier, c'est un fait. Mais entre tutoyer le sommet de sa filmographie et patauger dans sa fange, il y a un juste milieu que le réalisateur dépasse allègrement.


Adapté d'une très courte nouvelle de Madame de La Fayette, La princesse de Montpensier constitue un délicieux (et au final terrible) marivaudage en costumes, dans lequel les dialogues, brillamment écrits par Jean Cosmos, fidèle de Tavernier (La fille de d'Artagnan, Capitaine Conan, Laissez-passer), sont un réel plaisir à écouter, la richesse de la langue et l'attention apportée à la syntaxe constituant une véritable musique des mots, rappelant au passage l'infinie richesse de la langue française et son potentiel cinématographique.

 

Jeune femme mariée de force à un homme qu'elle n'aime pas, (touchant Grégoire Leprince-Ringuet), la princesse de Montpensier (fraîche et totalement impliquée Mélanie Thierry), nourrit une passion amoureuse pour Henri de Guise (embarrassant Gaspard Ulliel), tout en étant convoitée par le duc d'Anjou (impeccable Raphaël Personnaz) et secrétement aimée du comte de Chabannes (parfait Lambert Wilson). Ce résumé de l'intrigue, parfaitement restranscrite par l'affiche du film, fera vraisemblablement fuir à grandes enjambées les spectateurs avides de cinéma rapide, consommable, "kleenexable", pour qui un tel scénario ne peut, forcément, qu'être poussiéreux et indigne d'intérêt.

 

http://www.premiere.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos/reportages/videos-la-princesse-de-montpensier-trois-extraits-video/la-princesse-de-montpensier-est-le-nouveau-film-en-costumes-de-bertrand-tavernier/34137276-1-fre-FR/La-Princesse-de-Montpensier-est-le-nouveau-film-en-costumes-de-Bertrand-Tavernier_reference.jpg

 

Qu'ils fuient donc, et que grâce soit rendue à Bertrand Tavernier d'avoir réalisé un film loin de toute mode, aux canons que certains jugeraient dépassés, qui prend le temps de raconter son histoire, sans jamais céder aux diktats de ce qu'une mise en scène dite "moderne" pourrait exiger (voir pour s'en convaincre les scènes de combat, jamais "shaky camées", mais au contraire d'une stabilité et d'une efficacité totales). Tavernier a voulu réaliser un film organique, pas numérique (selon les propres dires du metteur en scène), et le résultat possède à ce titre (paradoxalement) une fraîcheur que l'on ne rencontre plus guère dans le cinéma actuel. Certes, le cinéma est l'art de l'illusion et l'on ne peut à ce titre sérieusement condamner le recours aux effets de synthèse. Mais qu'il est bon d'assister à des séquences d'action fabriquées à l'ancienne, à des plans durant davantage qu'une seconde et demi, et de constater que des producteurs misent encore de l'argent dans des films façonnés de manière totalement artisanale.

 

http://www.euronews.net/media/download/pagesspeciales/cannes/bertrand_tavernier_la_princesse_de_montpensier.jpg

 

Il est donc affaire de marivaudage dans La princesse de Montpensier, de jeu de la séduction, de rapaces et de proie. Le propos, universel et éternel, se double d'un très joli portrait de femme. Le personnage incarné par Mélanie Thierry représente en effet une figure pré-féministe, personnalité affirmée et audacieuse qui cherchera à s'émanciper ici par le biais de l'apprentissage de l'écriture, là par le port altier qu'elle arbore en toute circonstance. Féminisme naissant donc, mais Tavernier ne le traite jamais de manière excessive, évitant de ce fait de faire tomber l'aspect féministe de son film dans l'extrémisme le plus regrettable.

 

Par ailleurs, Tavernier aime inscrire la petite histoire dans la grande, en développant son scénario dans le cadre de l'affrontement entre les Catholiques et les Huguenots (protestants) en cette seconde moitié de 16ème siècle. Les combats et les morts se mêlent ainsi aux amours et aux passions, la Saint-Barthélémy causera la mort de l'un des personnages principaux, et les multiples campagnes guerrières ponctueront indirectement la vie de la jeune princesse.

 

http://www.lexpress.fr/medias/922/472069_la-princesse-de-montpensier.jpg

 

http://photo.parismatch.com/media/photos2/3.-photos-culture/cinema/photo-sortie-cinema/la-princesse-de-montpensier/la-princesse-de-montpensier_3/2079911-1-fre-FR/La-Princesse-De-Montpensier_3_galleryphoto_paysage_std.jpg

 

http://media.zoom-cinema.fr/photos/11570/la-princesse-de-montpensier-tavernier.jpg

 

En revanche, l'on pourra reprocher à Bertrand Tavernier des relâchements dans la mise en scène (certaines séquences de dialogues auraient mérité plus de texture et de tenue visuelle), et une direction d'acteurs pas toujours maîtrisée (Gaspard Ulliel, notamment, dont la grosse tête se perçoit même dans les films...). Des carences, donc, mais qui n'entament en rien le plaisir d'assister à un vrai film d'artisan amoureux fou de son art. Plongé au milieu de ce 16ème siècle, baignant dans les étoffes, chevauchant à travers plaines, bois et prairies, parcourant les méandres des châteaux, le spectateur est entraîné dans un ballet ou le romanesque le dispute au romantique, jusqu'à une simple mais saisissante image finale dans la neige, laissant éclater en sourdine le drame qui achèvera l'histoire.

 

 

 


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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 09:02

"Ma petite fille, tu es âcre, froide et superficielle comme du lait caillé. Je suis en colère contre toi. Ta fierté a tourné en une vanité aigre. Ton orgueil est devenu une coquetterie stupide. Aujourd'hui tu es une outre d'amertume. Je te crains, je te hais ma petite fille. Je voudrais que tu aies mon cancer et que tu souffres et avoir du temps pour te pardonner. Alors je meurs dans la colère. Je ne supporte pas que tu me survives, je voudrais que tu meures à ma place."

 

Ce mot griffoné par un père mourant à sa fille à la fin de Rois et reine constitue l'oméga du rapport filial se trouvant au centre de la thématique du film de Desplechin. Les 140 minutes qui auront précédé cet instant clé du long-métrage  nous auront éblouis par la richesse abyssale du scénario, la justesse des acteurs et, surtout, l'incroyable maîtrise visuelle du metteur en scène. Car Rois et reine est avant tout un vrai film de cinéma.

 

D'Arnaud Desplechin, je n'avais vu que La sentinelle lors d'une nuit du cinéma marathon à la sortie du film en 1992. L'heure tardive de projection, la fatigue, que sais-je, toujours est-il que je m'y suis ennuyé comme un bulot sur la banquise. Je cataloguais dès lors Arnaud Desplechin dans la catégorie des auteurs chiants. Et n'avais plus vu d'autres films du monsieur depuis. Jusqu'à hier. Jusqu'à Rois et reine.

 

Passionnant de bout en bout, ne souffrant aucune baisse de régime, développant une histoire dont la famille est le centre (rapports père/fille, frère/soeur, soeur/soeur, mère/fils), bourré à ras-bord de dialogues extrêmement brillants, Rois et reine s'inscrit sans conteste parmi les oeuvres les plus fortes du cinéma français.

 

 

 

 

Ces rois et cette reine, ce sont ces hommes et cette femme, héros mythologiques se débattant avec leur famille de la même manière que le faisaient les Dieux (créés par les hommes...), Desplechin usant cependant un peu trop lourdement de symboles mythologiques dans le film (seul et unique maigre reproche que l'on pourra lui faire). La complexité des liens familiaux, l'hypocrisie sous-jacente pouvant pourrir la filiation, le rejet ou l'acceptation de l'autre pour ce qu'il est, l'égoïsme fraternel, tous ces éléments sont brassés, mélangés, malaxés jusqu'à la moelle pour en faire suinter la sève dans chacun des plans du film.

 

 

Et des plans, parlons-en. Rois et reine est un modèle de mise en scène, une déclaration d'amour à la forme cinématographique, une succession de plans tous plus achevés les uns que les autres. Construisant des cadres d'une véritable beauté plastique, usant de mouvements de caméras extrêmement précis et créateurs de sens, parsemant son film de jump cuts jamais vains (nous ne vivons jamais dans le présent, mais aussi (surtout) dans le passé et l'avenir), triturant la texture de ses images (la séquence post-mortem), et soutenu par la sublime photographie de son chef opérateur Eric Gautier, Arnaud Desplechin s'impose à l'évidence comme un technicien d'exception, utilisant en outre un format 2:35 magnifiant les êtres qui parsèment son film.

 

 

 

 

 

Choisissant de ne pas ancrer son métrage dans le drame pur et dur, Desplechin saupoudre au contraire Rois et Reine de scènes cocasses, burlesques, d'une délicieuse et folle drôlerie (le personnage d'Ismaël, campé par l'incroyable Mathieu Amalric, justement récompensé par le César du meilleur acteur, ou le fou furieux Hippolyte Girardot dans le rôle de son avocat), donnant ainsi naissance à des scènes extrêmement drôles (l'introduction du personnage d'Ismaël, notamment), portant à l'occasion son film sur le terrain du surréalisme et du décalage total.

 

 

Quant à Emmanuelle Devos, pivot du film, centre atomique autour duquel gravite toute l'histoire, elle éblouit par sa performance et son implication émotionnelle. Son personnage de femme forte, brisée par la vie mais toujours debout, sans cesse sur la corde raide de l'orgueil et de la vanité, jamais acquise au spectateur mais pour autant jamais perdue, incarne le fil rouge, la ligne de fuite vers laquelle converge le scénario de Rois et reine, et imprègne la pellicule, par sa présence ou son absence, de la première à la dernière image.

 

 

A la fois analyse du rapport filial, développant un propos sur la normalité et l'anormalité (où se situe la ligne de démarcation ?), ôde à la vie et très beau portrait de femme, Rois et reine constitue un énorme moment de cinéma, suintant de tous ses pores de l'amour du septième art et placant Arnaud Desplechin parmi les (très) grands du cinéma français.

 

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 13:34

"La photo sur le mot fin peut faire sourire ou pleurer,

Mais je connais le destin d'un cinéma de quartier.

Il finira en garage, en building supermarché.

Il n'a plus aucune chance, c'était sa dernière séance,

Et le rideau sur l'écran est tombé".

 

Cet extrait de la sublime chanson d'Eddy Mitchell, La dernière séance, a récemment rappelé à mon bon souvenir les multiples cinémas qui peuplaient ma ville natale, Mulhouse, avant que l'industrie lourde des multiplexes, les changements d'habitude des ménages et la baisse de fréquentation des salles dans les années 80 (effet néfaste du magnétoscope naissant) ne les détruisent comme un rouleau compresseur.

 

 

 

 

Je ne suis pas adepte de l'adage "c'était mieux avant". Cette attitude réactionnaire lorsqu'elle est généralisée suscite en moi une profonde incompréhension. Le progrès n'est pas néfaste par essence (nous vivrions encore tous nus dans des grottes sans le progrès), mais se doit d'être accompagné d'un comportement personnel qui permette de ne pas s'y abandonner aveuglément.

L'avènement du magnétoscope, dans les années 80, créa une crise de la fréquentation des salles françaises (voir le graphique ci-dessus pour s'en convaincre), et plus tard la naissance des multiplexes, plus proches de l'usine à gaz que de la salle de cinéma (bien que la qualité du son et de l'image y soit irréprochables), ont totalement modifié la donne en matière d'offre cinématographique et de salles proposées aux spectateurs. Je fréquente de plus en plus rarement le multiplexe de ma ville, car j'aime voir les films en VO (et le multiplexe n'en propose pas), car l'ambiance y est plus froide et impersonnelle qu'un frigo vide, que les prix y sont prohibitifs, et que l'offre proposée me convient de moins en moins (combien de Harry Potter pour une Princesse de Montpensier ?). Je fréquente en revanche beaucoup plus Le Palace, le cinéma Gérard Philipe (proche de Mulhouse), et de temps en temps le cinéma Bel-Air, remparts fragiles mais toujours debout contre le rouleau compresseur Kinépolis. Des cinémas humains, en somme.

 

En revanche, les années 70 et 80, celles qui ont vu naître et s'épanouir mon amour immodéré du cinéma, proposaient pléthores de salles dans ma ville natale. Ainsi, Les 4 écrans, avec ses salles en sous-sol, m'engloutissait dans les tréfonds de ses entrailles pour me rejeter en surface 2 heures plus tard, mes yeux d'enfant encore émerveillés par les aventures que je venais de suivre sur grand écran. Je me souviens ainsi notamment des James Bond, que mes parents m'emmenaient voir régulièrement dans ce cinéma, et qui revenaient avec la précision d'un métronome (Octopussy, Jamais plus jamais, notamment, imprègnent enore mes souvenirs de ces salles).

 

 

 

 

 

 

Un peu plus loin sur la même avenue, l'Omnia, qui se consacrait essentiellement au cinéma de genre. Souffrant d'une mauvaise réputation en partie en raison de sa programmation populaire victime de préjugés imbéciles et, il est vrai, d'une entrée pas très avenante, je me souviens de Die Hard (Piège de cristal), vu dans ce cinéma à sa sortie, ainsi que La créature du cimetière, sombre nanar tiré d'une nouvelle de Stephen King, ou encore l'inénarrable Prise de Beverly Hills. Sans oublier, last but not least, le fabuleux Rocky IV, manichéen et bourrin jusqu'à la moelle, mais tellement jouissif.

 

 

 

Toujours dans la même avenue: Le Palace et le Rio, les deux cinémas se faisant quasiment face. Le premier, ayant fermé quelques années suite à l'ouverture du multiplexe de la ville, a réouvert ses portes par la suite, offrant aujourd'hui des films en VOST (alleluia). C'est dans Le palace de mon enfance (avant sa fermeture, donc), que je vis mon premier film sans mes parents, accompagné d'un copain de classe, lui aussi passionné de cinéma. Le film en question, Splash, est indélébile dans ma mémoire, puisqu'il marque d'une pierre blanche une étape importante de ma vie de cinéphile ! Je me souviens également de La compagnie des loups, vu avec ce même copain dans ce même cinéma. Nous nous étions trompés de salle, et avions commencé à regarder Péril en la demeure, de Michel Deville, avant de vite comprendre qu'il n'y aurait nul loup-garou à l'horizon, et que nous n'étions pas dans la bonne salle. Je n'oulbierai jamais l'air apeuré de l'ouvreuse nous voyant changer de salle, craintive à l'idée que nous ayons pu voir des images pas vraiment destinées aux gamins que nous étions. Si elle savait ce que nous réservait La compagnie des loups !

Le Rio, pour sa part, me fit découvrir mon premier vrai film (hors dessins animés): Le trou noir. Un choc visuel (j'avais 7 ans et découvrait pour la première fois sur grand écran un film de SF). Je retournai voir le film 3 fois. Inoubliable.

 

 

 

Dans la rue du Sauvage, en plein centre ville, se dressait le Corso. Les souvenirs de ce cinéma sont beaucoup plus diffus dans ma mémoire. Je me souviens néanmoins que Les dents de la mer 3 y était projeté en relief en 1983.

Le cinéma Rex, quant à lui, se trouvait au bout de "la rue des cinémas", telle que je l'ai longtemps appelée, sur la même avenue que Le Palace, le Rio, Les 4  écrans et l'Omnia. Cette avenue était pour moi une invitation à l'imaginaire et à l'évasion: il n'y avait qu'à pousser une porte de n'importe lequel de ces multiples cinémas pour quitter la réalité. Ayant vécu une grande partie de mon enfance dans une rue adjacente à cette fameuse "rue des cinémas", j'allai régulièrement, seul ou accompagné, m'abreuver d'images et de sons, construisant petit à petit ma culture cinématographique dans le confort feutré de ces multiples salles obscures.

Enfin, le Vox, longtemps dédié aux dessins animés de Walt Disney et aux films de Louis de Funès, fut le premier à me faire découvrir un long-métrage sur grand écran. Il s'agissait de Bernard et Bianca. C'était en 1977. J'avais 3 ans. Le Vox finit ses jours en cinéma porno, avant de s'éteindre, comme les autres, dans l'indifférence générale.

 

 

 

Alors non, "c'était pas mieux avant". Certaines choses l'étaient, d'autres non. L'offre en matière de salles de cinéma l'était, indéniablement. Mais les mentalités ont changé, le système aussi, on se préoccupe davantage de la rentabilité que de l'art, les spectateurs deviennent formatés pour les multiplexes, et les cinémas d'autrefois, qu'ils soient ou non de quartier, ne subsistent quasiment plus.

Mais la nostalgie doit toujours être douce, jamais amère. Regarder devant soi riche des douceurs de son passé.

 

Ces salles mulhousiennes ne sont pas mortes, puisqu'elles vivent toujours en moi.

 

 

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 08:20

http://cineluctable.files.wordpress.com/2010/11/potiche-ozon5.jpgIl faut se fier à son instinct.

A chaque fois que je lui fis défaut, je m'en mordis les doigts. Ainsi, je suis allé découvrir au cinéma beaucoup de films que je ne souhaitais pas voir à l'origine, mais qui, à force de les voir couverts de louanges et de superlatifs, me firent tout de même me déplacer par pure curiosité. A mon grand regret. 4 mariages et un enterrement, Volver, The hours, pour n'en citer que quelques-uns, sont des exemples de ces films forcés qui ne m'inspirèrent au mieux qu'un profond ennui, au pire un sentiment de grosse arnaque.

De François Ozon, j'avais adoré Regarde la mer, Sitcom, Sous le sable ou, dans une moindre mesure, 8 femmes. La sortie de Potiche, son dernier film, me mit sur mes gardes à la vision de sa bande-annonce, l'ensemble me paraissant plutôt navrant dans ses dialogues, et surtout desservi par une Catherine Deneuve qui me semblait d'une fadeur à toute épreuve. Devant l'engouement quasi général, je fis le déplacement. Grave erreur.

 

http://nicolinux.fr/wp-content/2010/11/ozon-potiche.jpg

Le film, d'un ennui abyssal, se subit de la première à la dernière image. Racontant l'histoire d'une femme reprenant la direction de l'usine de son mari suite aux ennuis de santé de ce dernier, Potiche oscille constamment entre le lamentable et le franchement gênant. A toute reine tout honneur, débarrassons-nous d'emblée du problème Deneuve. L'actrice, dont la chirurgie esthétique la fait davantage ressembler au Joker de Batman qu'à une femme, est incapable d'aligner plus de deux expressions de jeu différentes. Ou quand le bistouri a raison des capacités dramatiques (pas bien reluisantes à la base il est vrai) d'une star du cinéma français dont l'inertie de jeu n'aura jamais été aussi misérable. On ne se situe plus ici dans l'erreur de casting, mais presque dans le voyeurisme.

http://www.cinemma.be/wp-content/uploads/2010/11/Potiche-Catherine-Deneuve-Fabrice-Luchini.jpg

S'agissant du propos du film, Ozon, avec la finesse et le doigté d'un char d'assaut dans un jeu de quilles, tisse des liens forcés entre les années 70 (époque à laquelle se situe le film) et la société actuelle. Ainsi, l'on aura droit aux revendications syndicales, à la séquestration du PDG, à la ligne de dialogue sur le libéralisme galopant, et même, summum de l'art bourrin du film, aux sarkozystes "casse toi pov' con" et "travailler plus pour gagner plus". Difficile d'exceller davantage dans l'artificiel et le surlignage au mieux écoeurant, au pire vomitif, tant il prend le spectateur pour un con.

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/08/6/potiche-de-francois-ozon-10344086gexug.jpg?v=1

Par ailleurs, le metteur en scène use d'un décorum seventies réussi, certes, mais dont l'emploi se situe toujours dans le second degré, pour faire marrer le chaland, jamais pour situer le cadre temporel de l'histoire et développer son scénario. Entre jeter un regard drôle et tendre sur une époque, ou s'en servir de façon cynique et condescendante, Ozon a choisi son camp. Et cette absence de sincérité, cette posture permanente dans le retrait moqueur et le cynisme de chaque instant, inspire le plus profond des mépris. Sans parler de ces split screens dont se sert Ozon à plusieurs reprises, et dont l'utilisation n'a d'autre effet que de forcer le trait d'une démarche totalement artificielle.

 

http://www.slantmagazine.com/images/house/festivals/potiche.jpg

Que reste-t-il à sauver de Potiche ? L'apparition surprise de Sergi Lopez en camionneur, deux plans dans une boite de nuit voyant Deneuve et Depardieu s'avancer l'un vers l'autre, un décompte de points en anglais façon Eurovision, et c'est tout. 

Mais le film plaît, d'une manière générale. Ozon a donc réussi son pari: prendre les gens pour des abrutis en leur balançant des vérités artificielles sur la concordance des époques et parvenir à réveiller le cynisme sourd qui imprègne notre société, via la culture.

Lamentable.



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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 08:24

http://thisdistractedglobe.com/wp-content/uploads/2008/04/true-romance-1993-poster.jpgAvant de se consacrer à la vie du rail (The taking of Pelham 123, Unstoppable), et de se vautrer dans l'expérimentation visuelle complaisante et totalement vaine (Domino constituant à ce titre l'oméga du magma indigeste que déverse sur les écrans le réalisateur depuis quelques années avec la précision d'un métronome), il fut un temps où Tony Scott parvenait à trousser des oeuvres véritablement réussies, à l'image de The last boy scout (Le dernier samaritain), Crimson tide (USS Alabama) ou encore le méconnu Revenge.

 

True Romance constitue son film le plus réussi, et clairement l'un des meilleurs longs-métrages des années 90. Sur un scénario écrit par Quentin Tarantino (grand fan de Scott), True Romance fait partie de ces oeuvres miracles dans la filmographie d'un metteur en scène, de celles qui s'élèvent au-dessus des autres pour finalement atteindre le statut de classique pour toute une génération. En effet, quiconque a eu la chance de découvrir le film en salle en est ressorti avec le sentiment d'avoir assisté à une oeuvre unique, émotionnellement inoubliable, avec une seule envie, le revoir encore et encore (ce qui fut mon cas).

 


http://sp2.fotolog.com/photo/18/40/17/futuro_inmediato/1233513984453_f.jpg

 

http://www.wearysloth.com/Gallery/ActorsA/584-20093.gif

 

True Romance raconte l'histoire de Clarence (Christian Slater) et Alabama (Patricia Arquette), couple de Detroit fraîchement marié se retrouvant en possession d'une mallette remplie de drogue appartenant à la mafia. Décidé à revendre le tout pour s'installer au soleil, Clarence et Alabama vont être entraînés dans une spirale de violence au cours de laquelle ils croiseront des mafiosi, un producteur de cinéma, un mack, un père absent et des amis fidèles. Leur épopée sanglante n'aura d'égal que le profond amour qui les relie.

Car True Romance est avant tout une très belle histoire d'amour, le titre du film ne laissant  aucune équivoque sur les intentions de Scott et Tarantino.

 

http://27.media.tumblr.com/tumblr_kptfk3Psmj1qzgq8co1_500.jpg

 

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/35/56/54/18883227.jpg


Ainsi, toutes les actions des deux protagonistes seront motivées par l'indéfectible amour qu'ils se portent, et qui leur permettra de se lancer sans filet dans des situations plus dangereuses les unes que les autres (voir à ce titre la scène dans laquelle Clarence débarque seul dans l'antre de l'ancien souteneur de sa compagne au début du film). Le principe même de revendre la drogue dont ils sont en possession témoigne à lui seul de l'inconscience partagée par le couple, corollaire de l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre. Par ailleurs, les nombreuses scènes de violence qui parsèment le film ne seront que l'expression de la force sans bornes de leurs sentiments, les évènements les contraignant à traduire par la violence l'amour qui les relie, afin de le préserver et le faire s'épanouir.

 

http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/35/56/54/18409262.jpg

 


  http://aidsd.files.wordpress.com/2010/10/true-romance-1993-06-g.jpg

 

Lorsque le scénario de True Romance commença à circuler à Hollywood, les acteurs qui eurent la chance de l'avoir entre les mains voulurent à tout prix jouer dans le film, quitte à revoir leur salaire à la baisse. Le casting du film parvint ainsi à réunir , outre Christian Slater et Patricia Arquette, des noms aussi prestigieux que Dennis Hopper, Christopher Walken, Gary Oldman, James Gandolfini, Val Kilmer, Brad Pitt, Chris Penn ou encore Samuel L Jackson. Tous dans des seconds rôles, ils sont inoubliables et participent de la réussite du film, ce dernier proposant des personnages secondaires extrêmement travaillés (ceci expliquant la fougue des acteurs précités à vouloir jouer dans le long-métrage).

 

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Le film possède en outre l'un des face-à-face les plus mémorables du cinéma, opposant Christopher Walken à Dennis Hopper, le premier incarnant un mafioso (l'antéchrist, selon les propres termes du personnage), le second jouant le rôle du père de Clarence, un flic à la retraite vivant dans une caravane. La séquence tutoie le sublime non seulement par le jeu des comédiens, d'une justesse à toute épreuve, mais surtout par l'incroyable qualité du dialogue entre les deux personnages. Le discours tenu par Dennis Hopper à Christopher Walken sur les Maures de Sicile compte ainsi parmi les plus inoubliables et jubilaoires du 7ème art, toute la scène étant imprégnée du drame inéluctable à venir, souligné notamment par le sublime Viens Mallika sous le dôme, tiré de l'opéra  Lakmé. Se sachant perdu et n'ayant dès lors comme seul souci que de protéger son fils, le personnage de Hopper ira provoquer son bourreau dans un ultime baroud d'honneur, une Chestefield à la main,  celle du condamné. Cette seule scène justifie à elle seule le visionnage du film, tant elle constitue un modèle d'écriture, de jeu et de mise en scène.

 

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True Romance constitue d'autre part une oeuvre pleinement représentative de la pop culture chère à Tarantino. Le film sera à ce titre parsemé de références musicales et cinématographiques (Sonny Chiba, Elvis Presley, le film The mack, les comics, entre autres), faisant baigner l'histoire et ses principaux protagonistes dans un monde où l'art populaire a nourri toute une génération et n'a pas à rougir de ses références (le dialogue dans la salle de projection entre Clarence et le producteur hollywoodien ne constituant ni plus ni moins que le point de vue personnel de Quentin Tarantino sur le cinéma).

 

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L'émotion brute qui se dégage de True Romance, exempte de tout cynisme mais au contraire toujours bouleversante, nous saisit à répétition le ventre et le coeur. Qu'il s'agisse de la scène opposant Patricia Arquette à James Gandolfini, du duel Hopper/Walken ou encore de la séquence finale sur la plage, le film de Tony Scott ne cesse de nous émouvoir, créant une empathie dévorante envers des personnages extrêmement attachants. Car c'est bien dans l'émotion que le film gagnera ses jalons d'oeuvre phare. Certes il y a violence, certes l'humour est présent, mais c'est le coeur qui est visé. Et le notre de battre au rythme de celui de Clarence et d'Alabama, longtemps, bien longtemps après la projection.

 


  
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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 13:27

http://zero1blog.com/wp-content/uploads/2010/03/manhat1.jpgAvant de se fourvoyer (depuis plus de 10 ans maintenant) dans des films indignes de son talent (en gros, depuis Deconstructing Harry (Harry dans tous  ses états - 1997), Woody Allen éblouissait par la qualité de ses longs-métrages, mélanges d'intelligence, d'humour et de réflexion sur les rapports humains. Citons en vrac Hannah et ses soeurs, Annie Hall, La rose pourpre du Caire ou encore Intérieurs, le film le plus bergmanien de son auteur (immense admirateur d'Ingmar Bergman, et on le comprend). 


Manhattan est son chef d'oeuvre.

 

Véritable déclaration d'amour à New York et plus particulièrement au plus célèbre de ses boroughs, Manhattan est avant tout un éblouissement visuel de chaque instant. Unique film tourné par Allen en format large 2.35, magnifié par une photographie noir et blanc de toute beauté et une bande originale classique et jazzy soulignant l'intemporalité et le caractère éternel de la circonscription la plus célèbre du monde, le film constitue à la fois une ode poétique à Manhattan mais aussi une réflexion sur le temps qui passe, le vieillissement et son corollaire, le cynisme.

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"You have to have a little faith in people". L'ultime réplique du film, prononcée par le personnage de Tracy (délicieuse Mariel Hemingway), a marqué mon esprit de cinéphile depuis ma découverte de Manhattan, il y a 20 ans. La raison m'échappait alors. Cette phrase, suivie du plan du personnage incarné par Woody Allen, souriant et réduit au silence par la pertinence du conseil de sa jeune compagne, me semblait résumer tout le film, sans que je ne parvienne à en saisir précisément la signification. La redécouverte récente du film me permit de poser un sens sur la raison de la marque indélébile que cette réplique avait alors imprimée sur moi. Le métrage tout entier repose en effet sur le vieillissement d'un être qui a perdu toute l'innocence du regard qu'il faut parfois savoir porter sur ses congénères, alors que le regard qu'il porte sur sa ville est, paradoxalement, d'une totale pureté et exempte de tout recul. La réplique finale clôt ainsi le film en faisant prendre conscience au personnage de Woody Allen du cynisme qui s'est peu à peu emparé de lui, prise de conscience d'autant plus forte qu'elle est amorcée par une jeune fille de 18 ans, symbole de pureté et d'innocence.
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Par ailleurs, le film constitue une peinture extrêmement fine de Manhattan, à l'image de cette ligne de dialogue prononcée par le personnage d'Allen: "Les habitants de Manhattan se créent des névroses inutiles pour éviter d'avoir à répondre à des questions plus terrifiantes et insolubles concernant l'univers". Renfermés sur eux-mêmes, habitant un monde qu'ils considèrent comme le centre du monde, immense village communautaire hermétique à l'extérieur, les gens de Manhattan sont ainsi décrits par Allen avec une acuité de regard extrêmement parlante et qui semble immédiatement évidente.

 

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Manhattan, cadencé au rythme de dialogues brillants, mis en scène avec une beauté plastique que Woody Allen ne retrouvera jamais plus, poème proche de l'élégie, s'inscrit indéniablement comme le sommet de l'art de son auteur, et regorge d'images qui font partie à jamais de ma mémoire de cinéphile.

A la fin de Manhattan, nous sommes tous des New Yorkais.


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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 13:14

Après avoir fait ses premières armes en tant que réalisateur sur le gentil et vite oubliable Banlieue 13, Pierre Morel, protégé de Luc Besson, signait ce Taken, joli succès au box-office 2008, mais bourré de défauts jusqu'à la gueule, le rapprochant par là-même du précédent film de Morel: gentil et vite oubliable.

 

Le scénario, co-écrit par Luc Besson, raconte l'histoire d'un ancien agent secret (excellent Liam Neeson) qui part à la recherche de sa fille, enlevée lors d'un voyage à Paris avec l'une de ses amies. Le film suivra donc le personnage du père zigouillant tout sur son passage pour récupérer la prunelle de ses yeux, quitte à "raser la tour Eiffel" (réplique à s'uriner dessus tant elle est ridicule). Ce type de punchline passait bien dans les années 80, mais nous sommes en 2010.

 

Le début du film est lamentable. Non seulement l'exposition des personnages est totalement bâclée (voir pour cela l'épisode des cadeaux, caricature achevée faisant peine à voir), mais le scénario s'offre en outre tout un épisode totalement inutile qui verra papa Neeson jouer au garde du corps pour une star de la chanson. La justification de cette longue séquence, en fin de métrage, s'avérera proprement ridicule. Tout ça pour ça.

 

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En revanche, passée l'ouverture interminable du film (qui ne dure pourtant que 90 minutes), et dès l'arrivée du héros sur le sol parisien, Taken se laisse suivre agréablement, le metteur en scène imprimant un rythme soutenu à son métrage, maintenant intact l'intérêt du spectateur, malgré une réalisation des plus impersonnelles. En effet, en-dehors des scènes de combat à mains nues très réussies et extrêmement sèches (le découpage limpide de ces séquences fait plaisir à voir), Pierre Morel filme son histoire avec des tics visuels insupportables (voir ces flashes et jump cuts plus que fatiguants), et une caméra en mode automatique.

 

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La force du film réside avant tout dans la caractérisation du personnage incarné par Liam Neeson. Sa détermination infaillible et sa propension à tuer froidement tous les bad guys qui se trouvent sur son passage, même après avoir obtenu ce qu'il veut (la séquence de torture est à ce titre significative), inscrit le métrage dans le cadre des vigilante movies, à la manière d'un Justicier dans la ville ou d'un Death sentence. Le père de famille se transforme en machine à tuer, dans une démarche extrêmement cinématographique.

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Le film regorge en revanche d'une avalanche de facilités scénaristiques et de coïncidences bien commodes. Ainsi, le père met en garde sa fille contre les dangers du monde, et craint qu'il ne lui arrive malheur. Bingo ! Sa fille se fait enlever à Paris. Un peu plus tard, arrivé dans la capitale, il tombera sur les photos prises par sa fille, dont une sur laquelle cette dernière se fait photographier avec son amie par l'homme qui les a piégées. Re-bingo ! Ce dernier apparait en reflet dans un panneau publicitaire placé face à lui au moment du cliché. Dommage que le sieur Besson n'ait pas fait preuve d'un peu plus de rigueur à l'écriture de son scénario (mais cela fait longtemps que le réalisateur de Léon ne fait plus aucun effort).

Taken s'avère donc plaisant à suivre, plutôt efficace dans sa gestion des scènes d'action, propose un générique final au son de l'excellent groupe Ghinzu,mais pêche par un script trop facile pour être honnête. 

Veni, vidi, oubli.

 



 


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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 13:13

http://flowtv.org/wp-content/uploads/2009/04/mars2.pngSam Tyler est flic à Manchester en 2006. Victime d'un accident de la route, il se réveille en 1973. Est-il mort ? Dans le coma ? Ou a-t-il fait un bond dans le passé ? C'est ce qu'il s'évertuera à decouvrir au cours des deux saisons et des seize épisodes que compte cette série, l'une des plus exceptionnelle qu'ait connu le médium. Ses créateurs (Matthew Graham, Tony Jordan et Ashley Pharoah) décidèrent dès le départ que Life on Mars ne compterait que deux saisons, marquant d'emblée leur projet du sceau de l'intégrité, envoyant aux oubliettes toute éventuelle velléité des producteurs de prolonger l'histoire en cas de succès de la série, succès qui fut justement au rendez-vous.

 

 

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La trame narrative de Life on Mars suit donc le personnage de Sam Tyler (gracile John Simm), confronté épisode après épisode à une enquête différente au sein du commissariat de police de Manchester durant l'année 1973. Flanqué d'un chef old school (et pour cause) qui fait parler les poings avant de poser les questions (charismatique Philip Glenister), Tyler tâchera de découvrir la vérité sur son saut dans le temps et de retrouver son époque. Il nouera par ailleurs une relation de confiance et d'amitié avec sa coéquipière, Annie Cartwright, incarnée par la délicieuse Liz White, la seule qui sera véritablement à son écoute.

 

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Ce qui frappe avant tout lors de la découverte de Life on Mars, c'est le soin méticuleux apporté à la reconstituion des années 70. Ainsi, vêtements, voitures, ojets, coiffures, tout est si crédible que l'on ne peut que saluer les responsables du production design de la série, nous proposant une année 1973 semblant plus vraie que nature. Les moeurs des policiers du commissariat de Manchester, davantage portés sur le whisky et l'interrogatoire musclé que sur le respect du code, sont quant à eux souvent jubilatoires, tant ils mettent en valeur, par effet de contraste, l'époque aseptisée qui est la nôtre, et dans laquelle le politiquement correct n'a d'égal que l'hypocrisie de ceux qui en sont les auteurs.

 

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Par ailleurs, la série subjugue par la qualité de sa bande originale. Outre la chanson de David Bowie donnant son titre à la série (le tube de Bowie, Life on Mars, passant à la radio lorsque Sam Tyler se réveille en 1973), l'on entendra ainsi Roxy Music, T. Rex, Thin Lizzy, ou encore Paul McCartney et les Wings avec le tubesque Live and let die. Chaque épisode est ainsi rythmé au son de ces standards des années 70, achevant de nous immerger dans cette époque musicalement bénie.

D'autre part, l'une des grandes forces de Life on Mars réside dans l'équilibre parfait que trouve la série entre comédie (on rit souvent), et gravité (le sort de Sam Tyler, le background des personnages, notamment), créant une empathie immédiate envers des personnages tous plus fragiles les uns que les autres.

 

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Mais là où Life on Mars marque durablement le coeur et s'inscrit comme une série incontournable, c'est lors de son ultime épisode,  au cours duquel le spectateur est submergé par une décharge d'émotion impossible à maîtriser (j'ai réellement pleuré, et pas simplement une larmichette). L'issue de l'histoire, et surtout sa signification profonde, faisant de l'imaginaire le salut de l'être humain et soulignant par là-même le caractère profondément triste et déshumanisé de nos sociétés actuelles, nous éclate en plein visage par le biais d'une mise en scène qui donne tout ce qu'elle a pour illustrer son propos. L'on est ainsi parcouru d'un frisson inattendu qui nous laissera scotché à notre fauteuil, les yeux mouillés et le coeur battant la chamade, bien après que la petite fille en rouge soit venue éteindre notre téléviseur...

 

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 07:03

http://watchfreevideosnow.com/wp-content/uploads/2010/04/how-to-train-your-dragon.jpgSur le terrain du film d'animation, les magiciens du studio Pixar tiennent la dragée haute depuis de nombreuses années maintenant, tant du point de vue de la richesse des scénarios développés que de celui de la technique employée et la beauté des visuels proposés.


Alors que Pixar s'envolait vers les cimes de l'animation, les studios Dreamworks déversaient sur les écrans des films d'une laideur visuelle de plus en plus achevée (à de rares exceptions près), bâclant scénarios et dialogues, tirant l'animation vers le bas, alors que le médium permet au contraire de traiter intelligemment de thèmes forts et profonds. C'est donc avec les yeux exorbités que l'on découvre le miracle How to train your dragon, véritable merveille visuelle et scénaristique, issue du même studio coupable de Madagascar et Gang de requins.

 

 

 

 

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Prenant pour cadre le grand Nord du temps des Vikings, How to train your dragon (adaptation du livre éponyme de Cressida Cowell), raconte l'histoire de Harold, jeune viking ne partageant pas la culture de ses aînés consistant à chasser le dragon, mais cherchant malgré tout à se faire une place parmi sa tribu. Il parviendra à se rapprocher d'un dragon redouté de tous, le Night Fury, et découvrira à son contact la vérité sur le monde des dragons, apportant un changement fondamental dans les moeurs et la mentalité des siens (la dernière scène du film, faisant écho à son ouverture, sera à ce titre d'une émotion bouleversante).

 


 

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Proposant des paysages de toute beauté à la puissance d'évocation immédiate, le film éblouit d'entrée par le soin apporté aux décors, parvenant ainsi à créer en quelques images un univers crédible, un monde dans lequel les êtres fantastiques côtoient les humains dans un quotidien où les dragons sont considérés comme des éléments parasites qu'il faut éradiquer. La normalité de l'affrontement entre vikings et dragons nous est ainsi présentée dès le départ, nous plongeant d'emblée parmi cette tribu, ses moeurs, son sport national, en somme.

 

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Développant un propos sur les préjugés et l'ignorance entraînant de facto l'incompréhension, How to train your dragon ne bascule jamais dans le film à message moralisateur, mais aborde ses thématiques de manière respectueuse envers son spectateur (à la différence d'un Ratatouille par exemple, la seule fausse note estampillée Pixar), et en faisant avant tout appel à la mise en scène pour aborder son discours.

 

http://www.gulli.fr/var/jeunesse/storage/images/gulli/encyclopedie-et-dictionnaire/actu/dragons/images2/harold-et-astrid/harold-et-astrid/10758487-1-fre-FR/Harold-et-Astrid.jpg

 

Mais c'est dans l'émotion que le film de Chris Sanders trouve sa plus grande force. En effet, qu'il s'agisse de rires, de tendresse ou de souffle épique, How to train your dragon parvient à nous attraper par le coeur, le ventre et la rétine, et à ne plus les lâcher jusqu'à la fin de la projection. Les images du films parviennent à ce titre à plusieurs reprises à proposer des plans véritablement grandioses, résumant à eux seuls ce que peut recouvrir l'héroic fantasy (le dragon géant traversant les nuages à la fin du film, ou encore ce plan voyant le héros tomber dans le feu et le Night Fury volant à sa rescousse).

 

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How to train your dragon constitue au final une excellente surprise, un film d'une émotion de chaque instant, magnifiquement réalisé, qui prouve que Dreamworks peut parvenir à confectionner des oeuvres d'animation de haute volée. Espérons que cette exception ne soit pas celle qui confirme la régle.

 

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