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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 12:46

Les années 80 consacrèrent l'âge d'or du cinéma de divertissement hollywoodien, de la même manière que les années 70 furent celles de la déconstruction du mythe américain à travers des oeuvres revendicatives et désenchantées que nous avons déjà évoquées dans ces lignes. Suite au désastre financier de La porte du Paradis (Michael Cimino - 1980), les studios se tournèrent vers des metteurs en scène capables d'accoucher d'oeuvres  de grand divertissement, sans pour autant fermer la porte à la qualité créatrice, loin s'en faut.

 

C'est ainsi que les années 80 furent celles de Steven Spielberg, Robert Zemeckis, Joe Dante, George Lucas et bien d'autres encore. Chris Colombus, metteur en scène de Home Alone (Maman j'ai raté l'avion) et Madame Doubtfire, s'inscrit pleinement dans ce cadre, et c'est donc tout naturellement qu'on le retrouvera à l'écriture du scénario de ce Young Sherlock Holmes que réalisera Barry Levinson (Good morning Vietnam, Rain Man, Sleepers) et que co-produira...Steven Spielberg.

 

 

 

Narrant la rencontre entre le héros de Arthur Conan Doyle et son fidèle comparse, le Dr Watson, Young Sherlock Holmes s'attache donc à inventer un passé aux deux personnages, et à les confronter à une énigme qui sera la première de leur longue collaboration. Confrontés à de mystérieux suicides au cours desquels les victimes sont en proie à des hallucinations cauchemardesques, Holmes et Watson, adolescents, tacheront d'élucider le mystère, en faisant usage d'esprit de déduction, de courage et de persévérance.

Parfait exemple du cinéma de divertissement de qualité tel qu'il se pratiquait dans les années 80, le film développe une intrigue prenante, parsemée d'humour, mâtinée de mystère (l'attrait de Spielberg pour le surnaturel n'est pas loin) et faisant la part belle à l'aventure.

 

 

 

 

Le Londres de la période victorienne en cette seconde moitié de 19ème siècle est parfaitement retranscrit, les rues pavées, le brouillard ambiant, les références gothiques ornant le cadre et conférant à l'ensemble une forte puissance d'évocation. Ce production design très réussi contribue indéniablement à la réussite de l'oeuvre.

Par ailleurs, il y a lieu de souligner la première utilisation dans l'histoire du cinéma d'un personnage entièrement généré en images de synthèse . Ainsi, la séquence de ce chevalier surgissant d'un vitrail à l'intérieur duquel il se trouvait figé quelques secondes plus tôt fut réellement marquante pour quiconque eut la chance de découvrir le film en salles à l'époque de sa sortie.

 

 

 

L'on pourra cependant reprocher à Barry Levinson une mise en scène qui peine à décoller vraiment. Davantage de maîtrise dans les scènes d'action, notamment, eut été la bienvenue. Le réalisateur s'en sort en revanche avec les honneurs lorsqu'il s'agit de faire naître une atmosphère mystérieuse et inquiétante, ambiance qui imprègne l'intégralité du métrage, lui conférant cette patine si particulière qui participa de l'ancrage du film dans nos mémoires de cinéphiles alors adolescents.

 

Young Sherlock Holmes constitue au final un long-métrage s'inscrivant pleinement dans la lignée de ces comédies d'aventures que l'on chérissait il y a 25 ans (au même titre que l'inoubliable Les Goonies, sorti quelques mois plus tôt), et qui, redécouvertes aujourd'hui, procurent toujours autant de plaisir. "Le presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat", en somme.

 

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 12:36

http://s.excessif.com/mmdia/i/80/7/affiche-de-somewhere-de-sofia-coppola-4724807lzjdw.jpg?v=1So lonely.

 

Dans une scène de Somewhere, le personnage interprété par Stephen Dorff affronte sa fille lors d'une partie de Guitar hero, sur la célèbre chanson du groupe The Police, So lonely. Ce titre aurait très bien pu être celui du quatrième film de Sofia Coppola qui, après Virgin suicides, Lost in translation et Marie-Antoinette, poursuit l'exploration de son obsessionnelle thématique: la solitude. Car ce qui relie tous les personnages de la réalisatrice, c'est cette solitude qui les enveloppe, les fait souffrir, les condamne à l'errance. Qu'elle découle de l'adolescence, soit consécutive au déracinement géographique ou naisse d'un destin non choisi, les êtres qui peuplaient les trois premiers films de Sofia Coppola ont tous en commun un profond mal de vivre découlant d'un sentiment de solitude.

 

En dépeignant la vie d'un acteur, star de cinéma en villégiature à l'hôtel Château Marmont de Los Angeles, et en le confrontant à sa fille de 12 ans (Elle Fanning, soeur de Dakota), la réalisatrice creuse encore un peu plus son propos, en l'amenant vers la plus dépouillée des épures. L'on pourrait presque rapprocher Somewhere, dans son rythme lancinant et son souci de vérité flirtant avec le surréalisme, du film le moins accessible de Patrice Leconte, Le parfum d'Yvonne.

 

http://3.bp.blogspot.com/_pu3_nnKzbyI/TOb137P7oNI/AAAAAAAAAzU/Bx5Y8O5fDLo/s1600/somewhere_sofia_coppola_2010_11.jpg

 

Somewhere. Quelque part. Car Johnny Marco (Stephen Dorff) est toujours quelque part, et donc jamais nulle part. Mais parce que cette histoire touche potentiellement des millions d'êtres sur la planète. La solitude les (nous) relie, par la plus paradoxale des ironies. Johnny court le globe, regarde des strip-teaseuses, couche avec tout ce qui bouge, prend l'hélico, est adulé par le public, mais reste profondément isolé, seul à mourir. Sa fille le rejoint pour une courte période, ils se baignent dans une piscine, mangent des glaces à minuit, vont ensemble en Italie, mais sont profondément incapables de se lier. L'un comme l'autre sont seuls, et ne restent reliés qu'à eux-mêmes.

 

http://le75020.fr/wp-content/uploads/2011/01/somewhere_coppola.jpg

 

http://media.theiapolis.com/aR/cDCDCDC/d8/e4/hM8/i7LR/r1/s1/t4/wG4/z23/elle-fanning-in-somewhere-2010.jpg

 

Certains reprochent à Sofia Coppola de s'intéresser à un milieu qu'elle connait bien, celui du star system, laissant ainsi le spectateur lambda sur le carreau. Outre l'idiotie de cet argument (autant reprocher à Scorsese de dépendre les milieux italo-américains), le choix de la réalisatrice permet au contraire de toucher à l'universel, car en tapant au sommet de la pyramide sociale, par définition, elle n'épargne personne. Par ailleurs, la mise en scène de Somewhere peut d'un premier abord surprendre par son apparente simplicité. Il n'en est pourtant rien, les cadres de Sofia Coppola étant tous extrêmement travaillés, sans jouer sur le terrain de la vaine esbrouffe visuelle qui pouvait parfois entamer la réussite artistique de Virgin suicides. Pour exemple, ce plan apparemment anodin dans lequel le personnage incarné par Stephen Dorff se prélasse sur un matelas pneumatique au milieu d'une piscine, et qui, peu à peu, doucement, quitte le cadre, emporté par le mouvement de l'eau hors des limites de l'écran. L'isolement des personnages, telle est la gageure visuelle de Somewhere.

 

http://cdn.fd.uproxx.com/wp-content/uploads/2010/06/Stephen-Dorff-Somewhere.jpg

 

Sofia Coppola ne filme pas le rien, mais s'intéresse au contraire au tout de la solitude. L'action est ainsi absente, et nulle fulgurance visuelle ne sera à rechercher dans Somewhere.On se situe sur le terrain du ressenti et de l'empathie pour un sentiment qui peut tous nous consumer. L'on pourra cependant reprocher à Coppola une émotion pas toujours atteinte (certaines scènes s'y prêtaient pourtant), témoignant d'une incapacité à toucher son public en plein coeur. Mais le parti-pris de la réalisatrice de faire corps avec sa thématique laissera des traces bien après la projection pour quiconque acceptera d'épouser visuellement le sentiment de solitude.

 

S omewhere s'ouvre et se clôt sur une route. La première est circulaire, la seconde en ligne droite. D'une prison de solitude, le héros accédera à la libération. Entre les deux, un constat: personne n'est jamais seul. Et donc tout le monde l'est.

 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:01

http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/35/54/76/18405187.jpgOeuvre méconnue de la riche filmographie du regretté Claude Chabrol, Alice ou la dernière fugue se démarque de l'esprit des autres films du metteur en scène, puisque pour la seule et unique fois de sa carrière, le réalisateur de Que la bête meure et Masques investira le genre fantastique.

 

Transposition très personnelle du Alice au pays des merveilles de Lewis Carrol, le film de Chabrol nous raconte l'histoire d'Alice, interprétée par la sublime Sylvia Krystel, encore auréolée du succès d'Emmanuelle deux ans plus tôt, décidant un soir pluvieux de quitter son mari et de partir au volant de sa voiture loin de son époux qu'elle ne supporte plus. En chemin, son pare-brise éclatera, et elle se réfugiera dans une immense demeure tenue par le maître des lieux, interprété par Charles Vanel, et son serviteur, incarné par Jean Carmet, qui lui proposeront l'hospitalité. Au petit matin, Alice découvrira une maison désertée par ses occupants, et pénètrera toujours un peu plus dans un monde étrange, incompréhensible, où l'espace et le temps n'ont plus de raison d'être.

 

http://zanybao.files.wordpress.com/2010/09/1937__alice_ou_la_derniere_fugue1.jpg

 

http://a.bricout.free.fr/images/wallpapers/1000/1937__alice_ou_la_derniere_fugue.jpg

 

http://hwcdn.themoviedb.org/backdrops/daa/4bc97baf017a3c57fe038daa/alice-ou-la-derniere-fugue-original.jpg

 

Les évènements du film, échappant à toute logique (les murs n'ont pas de fin, les habitants ne répondent pas aux questions, les pendules cessent de fonctionner), épouseront une approche totalement onirique de la part du metteur en scène, Chabrol plongeant son héroïne et le spectateur dans un monde que l'on devine parallèle, à moins qu'il ne s'agisse d'un rêve de la belle Alice, ou de toute autre chose encore... C'est ainsi un délice de se perdre en même temps qu'Alice dans un univers où les repères n'existent plus, et dans lequel la logique n'a plus le droit de cité.

 

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http://zanybao.files.wordpress.com/2010/09/alice-ou-la-derniere-fugue-suite.jpg

 

L'héroïne de Lewis Carroll pénétrait au fond d'un terrier, celle de Chabrol s'aventurera en plein coeur d'une forêt, dans laquelle elle découvrira des situations et des être tous plus étranges les uns que les autres: un domestique lui expliquant qu'ici, le temps n'a aucune importance, un mystérieux jeune homme tout de blanc vêtu (André Dussolier), refusant de répondre aux questions de l'héroïne et lui annonçant que l'on peut pénétrer dans ce monde, mais pas en sortir, un jeune enfant (interprété par Thomas Chabrol, fils du réalisateur) capturant des oiseaux dans une cage puis les relâchant, et plus tard une véritable bacchanale inquiétante au cours de laquelle les convives fêtent la mort d'un proche. Autant de situations totalement surréalistes qui participent de l'entreprise d'envoûtement à laquelle se livre Chabrol, et qui distillent tout au long du métrage une hypnose lente, sourde, délicieuse.

 

http://ak2.static.dailymotion.com/static/video/830/810/23018038:jpeg_preview_large.jpg?20100806013058

 

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http://www.devildead.com/france/aliceouladernierefugue01.jpg

 

Les motifs du basculement d'Alice dans ce monde mystérieux seront dévoilés en fin de métrage, à travers une révélation que l'on pourra deviner petit à petit au cours du déroulement du film, sans que cela ne nuise en rien à la totale réussite de cette oeuvre singulière, déroutante, envoûtante, qui rappelle l'un des meilleurs films avec Yves Montand, Un soir, un train, lui aussi méconnu, et totalement surréaliste et onirique, que j'espère pouvoir aborder prochainement dans ces lignes.

 

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 13:33

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/policier/l_oiseau_au_plumage_de_cristal,1.jpgAvant d'entamer sa "trilogie des mères" (le tryptique Suspiria / Inferno / La terza madre), Dario Argento débuta sa carrière de réalisateur avec une autre trilogie, la "trilogie animalière". Inaugurée avec L'oiseau au plumage de cristal, elle se poursuivra avec Le chat à neuf queues et Quatre mouches de velours gris. Un an après avoir fait sa grande entrée dans le monde du cinéma en co-signant avec son compatriote Bernardo Bertolucci le scénario de Il était une fois dans l'Ouest (Sergio Leone - 1969), le réalisateur de Profondo Rosso passait donc derrière la caméra en investissant le giallo, sous-genre défriché par Mario Bava en 1963 avec La fille qui en savait trop. Rappelons pour ceux du fond qui ne suivent pas que le giallo (jaune en Italien), constitue le prototype du thriller transalpin, dont le nom provient d'une série de romans policiers édités entre 1929 et 1960 et dont la couverture était jaune. Au cinéma, le giallo se caractérisera par un certain nombre de codes immuables (un tueur mystérieux, ganté, tuant à l'arme blanche, meurtres graphiques et violents, notamment), et Argento poussera le giallo dans ses derniers retranchements, signant par la suite le chef d'oeuvre du genre, Profondo Rosso.

 

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Ayant assisté à une tentative de meurtre auquel il ne put rester que spectateur impuissant, le héros de L'oiseau au plumage de cristal, parallèlement à l'enquête de police, mènera ses propres investigations, hanté par la scène dont il a été le témoin. D'indices en réminiscences, de dangers en rencontres, l'homme tentera de délier les fils du mystère, jusqu'à la révélation finale. Dépassant le cadre du whodunit, Argento apporte au film sa propre sensibilité, et notamment son goût pour l'art (le meurtre inaugural se déroule dans une galerie d'art, les sculptures et peintures parsèment le film), qu'il déclinera dans ses oeuvres suivantes (le zénith de son amour de l'art sera atteint dans le magnifique Syndrome de Stendhal).

 

http://www.cinemafantastique.net/IMG/jpg/oiseau2.jpg

 

http://forgottensilver.files.wordpress.com/2010/11/l-oiseau-au-plumage-de-cristal-photo-de-presse.jpg

Par ailleurs, le metteur en scène construit son intrigue autour de la thématique de la mémoire. Ainsi, le détective en herbe tâchera de se remémorer à plusieurs reprises la scène du meurtre, tentant d'y déceler le moindre indice qui pourrait se tapir dans un coin de sa mémoire. Les images sont-elles capables de s'imprimer sur la rétine tel un photogramme ? L'esprit retient-il tout, même à notre insu ? Cette interrogation sera développée tout au long du métrage, tournant véritablement à l'obsession pour le héros.

 

Argento use d'autre part d'une mise en scène extrêmement inventive pour un premier film, ponctuant son oeuvre d'effets totalement réussis, à l'image de ces images figées en pleine action, technique que réutilisera par la suite Christophe Gans lors d'une scène de meurtre du Pacte des Loups. Le montage est quant à lui d'une précision de métronome, le point culminant étant atteint lors de la scène précédant le générique de fin, admirablement montée. Soulignons également la présence du maestro Ennio Morricone qui signe la musique du film et que le réalisateur retrouvera notamment sur Le chat à neuf queues et Le syndrome de Stendhal.

 

L'oiseau au plumage de cristal constitue donc la première étape réussie d'un metteur en scène essentiel du cinéma de genre (qu'il s'agisse de thriller ou de fantastique) témoignant du soin méticuleux d'un artiste qui poussera (presque) toujours plus loin l'expérimentation visuelle dans ses films (Suspiria notamment).

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 09:41

http://www.lemadblog.com/uploads/Avalon-Cover.jpgLorsque la légende du roi Arthur rencontre le créateur de Ghost in the shell, cela donne Avalon, parabole fascinante sur la déliquescence de nos sociétés modernes et fable sur les différentes strates de réalité, qu'elles soient réelles ou virtuelles.

 

Avalon, c'est cette île légendaire sur laquelle le roi Arthur, mourant, aurait été transporté après sa dernière bataille. L'île des héros.

Mamoru Oshii reprend à son compte cette île légendaire et la transpose dans un futur indéterminé.

Avalon devient ainsi le nom d'un jeu auquel les participants se connectent pour s'affronter dans une réalité virtuelle. La dangerosité du jeu (certains joueurs  en reviennent catatoniques en y laissant leur esprit) a abouti à son illégalité. Mais de nombreux joueurs continuent de s'y affronter clandestinement. Parmi eux, Ash, jeune femme maîtrisant Avalon mieux que quiconque.

 

http://arhiel.blautann.de/wordpress/wp-content/uploads/2007/03/avalon.jpg

 

Interprété par la sublime Malgorzata Foremniak, le personnage de Ash vit recluse dans un appartement avec son chien. Evoluant comme tous les autres habitants dans une société sombre, sale, au milieu d'une ville détruite physiquement et moralement, elle ne trouve d'alternative à son vide intérieur et à sa tristesse que dans le jeu. Ou lorsqu'une réalité en remplace une autre. Mamoru Oshii poussera cette idée dans ses ultimes retranchements à travers un joueur ayant littéralement perdu son esprit dans le jeu pour s'y abandonner éternellement. La technologie a toujours fasciné le metteur en scène (voir Ghost in the shell pour s'en convaincre). Dans Avalon, elle est arrivée à son point de non-retour, puisqu'elle permet à de nombreuses personnes de survivre dans un monde devenu inhumain, en leur permettant de s'affronter dans des combats guerriers où l'adrénaline et l'émotion retrouvent leur droit de cité. En un mot, il leur est enfin possible de ressentir.

 

http://images.allocine.fr/medias/nmedia/00/02/26/58/avalon4.jpg

 

http://benjaminkframery.files.wordpress.com/2010/10/avalon1.jpg

 

http://i233.photobucket.com/albums/ee148/johnellman/avalon8.jpg

 

Cette projection, relevant davantage de la dystopie que de l'anticipation, révèle un profond pessimisme de la part de Mamoru Oshii, de toute évidence inquiet quant au possible devenir de nos sociétés, et pariant sur le virtuel pour palier aux manques et au désespoir ambiant. La technologie comme unique moyen de survie est certes une terrifiante hypothèse, mais un dernier recours somme toute parfaitement recevable. Cette fameuse île vers laquelle Ash tente de se diriger prendra au final les atours de notre société, véritable calque en couleurs du monde tel que nous le connaissons. Autrement dit, le monde actuel, en incarnant dans le film la représentation du bonheur dans un avenir qui se délite, se doit d'être sauvé (on n'est ici pas loin du propos de Se7en).

 

http://4.bp.blogspot.com/_EWY1PJsPzBA/SxfWAldopgI/AAAAAAAAAks/6lmdQgMfm1U/s400/avalon8.jpg

 

 

http://a.giscos.free.fr/cinema/A/Avalon/Image1.jpg

 

D'autre part, ce qui marque les yeux et l'esprit à la découverte d'Avalon, c'est bien évidemment son esthétique. Quasiment entièrement retouchée numériquement, la photographie du film se situe entre le sepia et la couleur délavée, conférant au métrage une patine accentuant la tristesse et la désolation qui imprègnent le monde qui nous est décrit. Les seules images en couleurs apparaîtront à la fin du film, lorsque le personnage de Ash touchera à la fin de sa quête. D'une beauté foudroyante, d'une tristesse qui suinte de l'écran, les images d'Oshii restent imprimées sur la rétine bien longtemps après la projection, constituant 10 ans après la sortie du film son inoubliable carte de visite. Impossible également de ne pas souligner l'admirable musique de Kenji Kawai, d'une beauté à couper le souffle (le titre Voyage to Avalon est un véritable chef d'oeuvre de lyrisme).

 

L'on pourra cependant regretter une légère baisse de rythme en milieu de métrage, sans que cela ne vienne entâcher la qualité de l'ensemble.

 

Dans Avalon, rien ne nous est dit sur les raisons qui ont causé la déchéance de la société. La technologie en constitue le salut. Le film date de 2001. 10 ans plus tard, Internet et le reste de la technologie dévorent nos quotidiens. Sans recul, en s'y abandonnant totalement ,le risque de se perdre peut être envisagé. La technologie salvatrice du film fossoyeuse potentielle de l'humanité ? Ou quand la réalité pourrait dépasser la fiction...

 

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 14:46

http://www.decitre.fr/gi/54/9782866425654FS.gifJean-Baptiste Thoret, critique cinématographique d'une érudition infaillible, créateur (notamment) de l'excellente revue Panic aujourd'hui disparue, et véritable bible humaine du cinéma, livrait en 2006 un ouvrage de référence passant au crible le cinéma américain des années 70, se livrant à des analyses toutes plus fouillées les unes que les autres sur la décennie 1967-1980, véritable âge d'or du cinéma hollywoodien.

Débutant par Bonnie and Clyde (1967) et se terminant avec La porte du Paradis (1980) (film qui coula la United Artists), cette période bénie du cinéma américain, celle où des réalisateurs comme De Palma, Scorsese, Cimino, Coppola ou encore Friedkin prirent les rênes d'Hollywood et injectèrent un sang neuf dans la production cinématographique, est analysée par l'auteur à travers moult films, Thoret dégageant ce qui imprégnait ces métrages, détaillant les thématiques qui intéressaient ces nouveaux metteurs en scène, ainsi que l'influence de l'histoire américaine sur ces films qui comptent énormément de chefs d'oeuvre.

Passionnant de bout en bout, d'une richesse remarquable, Le cinéma américain des années 70 est un livre incontournable  que tout cinéphile se doit de posséder.

 

Présentation de l'ouvrage par l'auteur:

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 16:16

http://www.filmsfix.com/wp-content/uploads/2010/08/Black-Swan-le-film-Darren-Aronofsky-Bande-annonce-poster-natalie-portman-vincent-cassel-mila-kunis-cigne-ballet-black-Poster-Officiel-Venise-01.jpgLe dernier film de Darren Aronofsky va assurément marquer l'année 2011. Non seulement le nouveau long-métrage du metteur en scène de Requiem for a dream est remarquable d'un point de vue formel et thématique, mais il permet également à son actrice principale de livrer la plus grande performance de sa carrière. Natalie Portman y est en effet prodigieuse, et mérite sans discussion aucune l'Oscar de la meilleure actrice. C'est dit.


Black Swan raconte l'histoire d'une ballerine (Nina, interprétée par Portman) pressentie pour interpréter le rôle principal d'une nouvelle version du Lac des Cygnes de Tchaïkovski, et de sa rivalité avec une concurrente qui souhaite elle aussi obtenir le rôle. Du cygne blanc de l'histoire, Nina possède la pureté et la naïveté. Du cygne noir, double maléfique que doit interpréter avec le même talent la future élue au rôle, elle ne possède rien. Du moins le croit-elle.

 

http://www.les-films.fr/IMG/jpg/black_swan_darren_aronofsky_natalie_portman_vincent_cassel_mila_kunis_winona_ryder_02.jpg

 

Dès la première scène du film, l'on est littéralement happé par la beauté de l'image et la fluidité de la mise en scène. La séquence de danse inaugurant le métrage imprime ainsi d'emblée un rythme aérien, voluptueux, ennivrant, qui ne se démentira jamais. Car même lorsqu'il ne s'agira pas de scènes dansées, la mise en scène d'Aronofsky conservera ce pouls hypnotique et majestueux. A l'image de ces nombreuses scènes dans lesquelles le personnage de Nina est cadré de dos ou de face lors de ses déplacements, la caméra la suivant de très près, épousant son mouvement, collant ainsi au plus près de son âme.


http://cdn.screenrant.com/wp-content/uploads/Natalie-Portman-Black-Swan-image.jpg

 

http://www.hollywoodnews.com/wp-content/uploads/2010/11/Black-Swan-Natalie-Portman-in-Double-Trouble1.jpg

Mais cette mise en scène d'une constante beauté résonnerait dans le vide si elle ne se faisait l'écho d'un scénario admirable dépeignant l'éclosion d'une personnalité par le biais de l'art. Car c'est de cela dont il s'agit dans Black Swan, de l'art comme élément révélateur de soi, destructeur de chrysalide, qui peut permettre à celui qui s'y adonne de (re)naître au monde, rappelant in fine le potentiel salvateur de toute activité artistique. Le trouble est alors double lorsque l'on assiste à la performance de Natalie Portman, elle-même investie corps (elle s'entraîna jusqu'à l'épuisement pour le rôle) et âme (les yeux ne trompent pas), dans ce personnage qui, pour l'instant, reste celui de sa vie.


http://1.bp.blogspot.com/_NkHGlMpVtMI/TRMtzl2GUuI/AAAAAAAAFkY/Z3EAcM_Bg2Y/s1600/black+swan+03.jpg

 

Par ailleurs, Aronofsky a recours a des effets spéciaux très réussis disséminés avec parcimonie tout au long du métrage, plaçant son film à la lisière du fantastique lorsqu'il s'agit de donner corps au double du personnage de Nina. Ce parti-pris de mise en scène participe pleinement de la fascination exercée par le film et de la cohésion avec la thématique de la transformation (physique, mentale).

 

http://thedroidyourelookingfor.files.wordpress.com/2010/12/black-swan-clip.png

 

http://cdn.thefrisky.com/images/uploads/Black-Swan-sex-scene.jpg

 

http://2.bp.blogspot.com/_Gdt6SgFdNNw/TH6s64hutKI/AAAAAAAATR4/XCAfOakielI/s1600/Picture+34.png

 

Film d'une pertinence difficile à contester (sans pour autant enfoncer des portes ouvertes, loin de là), objet formel remarquable et oeuvre envoûtante à plus d'un titre, Black Swan est une réussite totale, et à ce jour le meilleur film de son réalisateur. A coup sûr, l'un des plus grands films de l'année qui s'ouvre.

 

 

 


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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 08:23

Alfonso Cuaron, réalisateur du meilleur segment de la saga Harry Potter à ce jour (Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban), réalisait en 2006 Children of men, long-métrage à la puissance visuelle et émotionnelle phénoménale, l'inscrivant dès lors comme l'un des plus grand récits d'anticipation jamais réalisés.


2027. Racontant l'histoire d'une humanité en pleine déliquescence dont les femmes sont toutes devenues stériles (le dernier être humain est né il y a 18 ans), le film de Cuaron s'attache au personnage de Théo Faron, ancien activiste ayant jadis lutté contre la politique en place au sein du Royaume-Uni (état policier parquant les immigrés dans des camps), mais ayant abandonné la lutte suite à la mort de son fils lors d'une pandémie de grippe. A la demande de son ex-compagne, et mère de son fils disparu (sublime Julianne Moore), il acceptera d'aider une mystérieuse jeune femme noire à gagner le navire "Tomorrow" et rejoindre ainsi l'organisation clandestine "Human Project" qui saura prendre soin d'elle.

 

 

Récit dystopique d'une véracité réellement troublante, le film nous plonge au coeur d'un proche avenir qui pourrait devenir le notre: pollution, politiques d'immigration, guerres, les échos à travers les époques (la notre et celle du film) résonnent tout au long du métrage, Cuaron parvenant à tisser un lien palpable et inquiétant entre le réel et l'imaginaire. Refusant l'esthétique à la Blade Runner, évacuant de ce fait tout recul par rapport à la crédibilité du monde qui nous est proposé, le metteur en scène dépeint une civilisation qui a cessé de croire (la foi sera d'ailleurs au centre d'un discours poignant du personnage de Michael Caine), et qui se délite peu à peu au milieu du chaos, de la saleté, du gris, en un mot, d'une fin du monde annoncée.

 

 

Mais le coeur du film, sa thématique centrale et son centre nevralgique, celui autour duquel les personnages se débattent et par lequel le monde court à sa fin, se trouve résumé dans le titre du film lui-même: Children of men (lire "les enfants"). Car il est avant tout question de ces fils de l'Homme dans le métrage, le réalisateur soulignant que ce sont bel et bien les enfants qui donnent au monde son équilibre. "Il est étonnant de voir ce que le monde devient sans les voix des enfants" dit un personnage à Theo. Tout le film pourrait se résumer dans cette ligne de dialogue.

Par ailleurs, Alfonso Cuaron propose une mise en scène d'une immersion totale, caméra à l'épaule, et signe deux scènes d'une maestria incroyable. La première se situe dans un véhicule prit d'assaut par un groupe de terroristes. Toute la scène est filmée de l'intérieur de la voiture, du point de vue des agressés, dans un plan-séquence de toute beauté. La seconde, en fin de métrage, suit le personnage de Théo dans un nouveau plan-séquence à travers le chaos total des tirs  (de revolvers, de chars d'assaut, de lance-roquette), depuis la rue jusqu'en haut d'un immeuble, en passant par l'intérieur d'un bus, en plein conflit entre l'armée et les réfugiés. Cette technique adoptée par Cuaron nous permet non seulement d'être plongé au coeur de l'action et de vivre de facto le chaos ambiant, mais crée également un sentiment d'identification (d'empathie) avec Théo. Ce souci de réalisme participe de l'entreprise d'anticipation du métrage et de son ancrage dans la dystopie.

  

 

Le jeu entre le champ et le hors-champ est lui aussi exploité avec une remarquable maîtrise. Ainsi, qu'il s'agisse des scènes d'action (la menace est tapie, transpire des scènes, et jaillit dans le plan de manière fulgurante) ou de l'existence ou non du navire "Tomorrow" et du "Human Project" (l'espoir de l'existence de l'organisation sous-tend tout le film jusqu'à l'ultime plan ou le champ est investi de la réponse), Children of men maintient une véritable angoisse par le biais de la suggestion, puis, et seulement ensuite, de la représentation.

Histoire d'une humanité (presque) perdue, dont l'espoir et le socle sont constitués par les enfants, Children of men secoue, alerte, émeut (énormément), et éblouit par sa maestria technique éblouissante. La mélancolie, la tristesse, un sentiment d'apocalypse en sursis imprègne tout le métrage, créant une émotion qui s'ancre dans nos ventres longtemps après le mot fin. Le meilleur film d'anticipation de l'histoire du cinéma ? On est en droit de le penser.

 

 


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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 09:00

http://freddyforever.files.wordpress.com/2010/02/nightmare_on_elm_street.jpgAprès avoir fait ses armes avec La dernière maison sur la gauche (parangon du cinéma horrifique des années 70) puis La colline a des yeux, le metteur en scène Wes Craven créait en 1984 l'un des boogeymen les plus célèbres de l'histoire du cinéma: Freddy Krueger. Créature dont la genèse trouve sa source à la fois dans un fait divers qui interpella Craven mais aussi dans les propres souvenirs d'enfance du réalisateur, le monstre au pull-over rouge rayé de vert peut se targuer d'avoir marqué de façon indélébile le cinéma d'horreur des années 80, puisqu'il donna naissance à six suites, inscrivant la saga parmi les franchises les plus célèbres du cinéma.

 

Narrant l'histoire d'adolescents dont les rêves sont hantés par un homme défiguré aux griffes d'acier, le film de Craven marqua toute une génération de jeunes cinéphiles, en même temps  qu'il rendit célèbre l'acteur Robert Englund, l'enfermant cependant pour toujours dans son rôle de croquemitaine.

 

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Le cinéma d'horreur (principalement celui des années 70), constitue pour nombre de metteurs en scène le moyen d'exprimer un point de vue sur l'état de la société. En vrac, Massacre à la tronçonneuse, La nuit des morts-vivants, Phantom of the Paradise, Zombie ou plus récemment Martyrs, contiennent tous en filigrane une virulente critique de l'état du monde. Ce substrat sociologique (que nombre de critiques dédaigneuses ne veulent pas voir, s'en tenant uniquement à la surface des oeuvres), ne fait pas défaut dans Les griffes de la nuit, au-delà de son statut de slasher movie à l'aune duquel il se doit également, et bien évidemment, d'être mesuré.

 

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Ainsi, le personnage de Freddy Krueger, tueur d'enfants expédié ad patres par des parents adeptes de la loi du talion, revient semer la mort en s'invitant dans les rêves (cauchemars) des jeunes du quartier. Incarnation du Mal absolu, Freddy a été reclus dans les souvenirs, faisant dorénavant partie d'un passé que l'on veut oublier. En se rappelant au bon souvenir des vivants, il réveille ainsi le refoulé, et ravive des vérités que l'on s'efforçait d'enterrer. Par ce biais, Craven sous-tend son film d'un texte soulignant que le Mal peut venir de l'intérieur (en l'occurence, l'Amérique), et que cette dernière aura beau s'efforcer de se voiler la face et d'adopter la politique de l'autruche, les vérités, aussi inadmissibles soient-elles, finiront toujours pas refaire surface (le "whatever you do, don't fall asleep", déclamé par l'héroïne est ainsi significatif). Ou lorsque le croquemitaine revêt les atours de la critique sociétale.

 

http://www.linternaute.com/cinema/image_diaporama/540/les-griffes-de-la-nuit-17856.jpg

 

http://a31.idata.over-blog.com/0/04/29/98/peyo/peyo-cine039.jpg

 

 

Par ailleurs, le film de Craven possède une ambiance véritablement anxiogène qui participe de la réussite du long-métrage. En effet, Les griffes de la nuit joue énormément sur les ombres, les lieux fermés (les chaufferies qui peuplent le métrage notamment mais aussi le cadre même du rêve, enfermé dans le monde-cerveau des adolescents), la suggestion (Freddy est davantage tapi que visible) et le sentiment de fatalité et d'impuissance face à un monstre immatériel. Ainsi, Wes Craven parvient à cerner les personnages, à verrouiller le cadre et à transformer ses plans en véritables prisons de celluloïd.

 

http://www.premiere.fr/var/premiere/storage/images/diaporama/robert-englund/les-griffes-de-la-nuit-a-nightmare-on-elm-street-1984/1993958-1-fre-FR/les_griffes_de_la_nuit_a_nightmare_on_elm_street_1984_reference.jpg

 

Notons enfin la légendaire partition de Charles Bernstein, la première apparition cinématographique de Johnny Depp ainsi que certaines scènes devenues célèbres (le lit crachant du sang, la langue dans le téléphone, les griffes surgissant de l'eau du bain), et l'on obtient l'un des fleurons du cinéma d'horreur des 80's, de ceux qui marquent de manière indélébile les mémoires.

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 09:03

http://3.bp.blogspot.com/_XvTGaNBSQSA/TAN0JZacviI/AAAAAAAADHE/IBUnLZt2HsM/s1600/phenomena-a01.jpgAprès Ténèbres et avant Opéra, Dario Argento, maître du giallo et du fantastique transalpin, livrait avec Phenomena un film que l'on peut qualifier de charnière dans sa carrière. En effet, après avoir mis en scène des oeuvres extrêmement travaillées, triturées, maniérées, du point de vue de la saturation des couleurs et de la recherche de l'expérimentation visuelle (on ne dira jamais assez à quel point Argento fut un véritable expérimentateur qui marqua durablement toute une génération), le metteur en scène proposait un métrage très éloigné formellement de ses précédentes oeuvres, en adoptant une approche naturaliste, presque éthérée, de la composition picturale, conférant à Phenomena un aspect extrêmement troublant, le film constituant fondamentalement un conte de fée horrifique et formellement un objet totalement réaliste.

 

Phenomena s'intéresse au personnage de Jennifer (débutante Jennifer Connely, découverte un an plus tôt dans Il était une fois en Amérique de Leone), jeune fille de 14 ans débarquant dans un pensionnat de jeunes filles au coeur de la Suisse. L'adolescente, possédant le don de pouvoir communiquer avec les insectes, utilisera ce pouvoir pour se mettre sur les traces d'un mystérieux tueur sévissant aux alentours. Elle sera aidée dans sa tâche par un entomologiste en chaise roulante incarné par Donald Pleasance (le Dr Loomis du Halloween de Carpenter).

 

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Dès le début du film, Dario Argento place son film sous le motif du conte. Une jeune fille, oubliée par un bus, pénètre dans les bois (et donc quitte le chemin balisé) puis se dirige vers une maison isolée. L'on songe immédiatement au  Petit chaperon rouge, ou encore à Hansel et Gretel. La caméra d'Argento, aérienne, très kubrickienne, suit ce personnage qui recherche un abri et une présence humaine, jusqu'à pénétrer dans l'antre du monstre. Les codes narratifs du conte sont ainsi clairement exploités, plongeant d'emblée Phenomena dans un univers référentiel qui se verra perverti par les propres obsessions de son réalisateur.

 

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Car ce qui intéresse le metteur en scène, c'est avant tout la description d'une personnalité se situant à la frontière de l'enfance et de l'âge adulte, une jeune fille en proie, malgré elle, à une sensualité et une sexualité naissantes. En effet, Jennifer respire l'innocence mais se rend compte que son corps opère une mutation qu'elle ne maîtrise pas et qu'elle s'évertue à ignorer. La scène dans laquelle les insectes sont attirées par elle dans le laboratoire de l'entomologiste est à ce titre cruciale. Ce dernier explique à la jeune fille qu'elle "excite " littéralement les insectes, sans rien faire, uniquement par ce qu'elle dégage. On peut légitimement penser ici que le personnage de Jennifer est en quelque sorte le négatif de celui de Suzy dans Suspiria. En effet, à l'inverse de l'héroïne du chef d'oeuvre d'Argento qui acceptait son passage à l'âge adulte, Jennifer reste innocente jusqu'au bout, se voilant la face sur l'évidence et ne vouant pas évoluer. C'est cette innocence qui lui permettra de se rapprocher du tueur grâce à l'aide des insectes, sensibles à ce qu'elle incarne.

 

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Argento, comme souvent dans ses films, ancre le mal au sein de la cellule familiale, véritable déclencheur de traumatismes conduisant au meurtre. Pour lui, le mal nécrose la famille, et ses histoires constituent souvent l'aboutissement ultime de ces racines maléfiques qui s'emparent des protagonistes (Profondo Rosso en est un exemple). Les rapports filiaux sont ainsi extrêmement importants dans les thématiques développées par Argento, et l'on retrouve d'ailleurs à l'affiche de Phenomena non seulement l'ex-compagne du réalisateur, Daria Nicolodi, mais également sa propre fille, Fiore Argento, dans le rôle de la jeune fille inaugurant le film, et à laquelle il réservera une fin dramatique.

 

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Le réalisateur a également truffé la bande originale de son film de musiques hard rock (Motorhead, Iron Maiden notamment) tout en faisant appel au fidèle Claudio Simonetti, qui oeuvrait pour la première fois en solo sur un film de Argento, sans ses complices des Goblins. Le résultat déconcerta énormément de monde, les détracteurs arguant du fait qu'Argento ait voulu toucher un public plus large en surfant sur les musiques à la mode (et il y a certainement un peu de vrai dans cette affirmation). Néanmoins, ce contraste entre la paix intérieure du personnage de Jennifer et la musique hard rock qui vient illustrer certaines scènes crée un contraste très fort en signifiant la force de la mutation qui s'opère à l'intérieur même du personnage.

 

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Le film utilisant les atours du conte, Argento convoquera également, et logiquement dans le cadre de son histoire, le postulat de départ d'Alice aux pays des merveilles en fin de métrage, en faisant pénétrer son héroïne dans un monde caché, tapi, jusqu'à la faire entrer dans un passage souterrain, telle Alice dans l'histoire de Lewis Caroll. Le monde qu'elle découvrira alors sera certes loin d'être celui des merveilles, mais son périple au-delà du monde visible s'apparente en tous points à celui d'Alice.

 

Phenomena, même s'il ne constitue pas le meilleur film de son auteur (Profondo Rosso,  Suspiria ou Ténèbres lui sont supérieurs), se place cependant dans le haut du panier de la riche filmographie de Dario Argento. Une oeuvre véritablement troublante et envoûtante, témoignant du génie de son auteur, toujours prompt à défricher de nouveaux territoires cinématographiques.

 

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