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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 08:27

Le buddy movie, sous-genre cinématographique à part entière, ne se borne pas uniquement au cinéma américain, loin s'en faut. Ainsi, Le corniaud, La chèvre, La grande vadrouille ou encore Le boulet constituent des exemples de buddy movies à la française, mettant en scène deux personnages qu'a priori tout oppose et qui devront faire malgré eux équipe commune pour finalement finir par s'apprécier mutuellement, conformément aux codes du genre.

 

C'est ainsi que Dany Boon obtint le succès que l'on connaît avec Bienvenue chez les Ch'tis, mettant en scène un duo de protagonistes antagonistes, à travers un choc des cultures Nord/Sud qui fit rire (presque) la France entière. Rien à déclarer reprend le concept du buddy movie (on ne change pas une recette qui gagne), réunissant Dany Boon et Benoît Poelvoorde dans une histoire qui, sans atteindre la constance comique du précédent film du réalisateur, n'en demeure pas moins une comédie réussie devant laquelle on rit de bon coeur, révélant en outre, et ce n'est pas la moindre de ses qualités, un joli travail de mise en scène de la part de Dany Boon réalisateur.

 

 

 

 

La majeure partie de la critique française ne pardonne pas un gros succès populaire, a fortiori s'il s'agit d'une comédie. Le nouveau film de Dany Boon était donc forcément attendu au tournant par des plumes idiotement acerbes qui trépignaient d'impatience à l'approche de la sortie du film pour y déverser leur fiel, ainsi que sur son metteur en scène. Certains allèrent jusqu'à dire que la médiocrité de Rien à déclarer mériterait de faire classer la région Nord en zone sinistrée. Abject. En l'état, le film de Dany Boon, loin d'être parfait, remplit son contrat: faire rire.

Ainsi, les scènes de la voiture tunée, de l'ambulance ou du repas final possèdent une vraie puissance comique, qu'il s'agisse des dialogues, du jeu des acteurs et de la mise en scène (voir à ce titre  la façon dont Dany Boon filme la découverte par les deux personnages principaux de leur 4L transformée en bolide de course).

 

 

 

 

Le sens du comique et du timing de Dany Boon, ainsi que de la mécanique et de la rythmique des dialogues, confèrent à Rien à déclarer un pouls qui ne s'estompe pratiquement jamais, le long-métrage filant à une allure vertigineuse sans créer l'ennui. Par ailleurs, Dany Boon fait montre d'un vrai talent de réalisateur, à l'image de la scène inaugurale, plan-séquence d'une belle sobriété débutant dans les airs pour terminer à l'intérieur d'un restaurant. Le format Cinemascope choisi par le metteur en scène achève de faire de Rien à déclarer non pas une grande oeuvre cinématographique, en tout état de cause un film témoignant de l'importance qu'accorde Dany Boon à l'aspect formel de son métrage.

 

 

 

Cependant, le film souffre d'un certain nombre de scories témoignant d'un malheureux laisser-aller dans l'écriture et le jeu de plusieurs scènes. A l'image de l'épisode des sachets de drogue planqués dans l'anus de son porteur (toujours excellent Bruno Lochet), qui n'en finit pas de rebondir et de rebondir encore, jusqu'à en devenir lourd, les personnages de Dany Boon et Benoît Poelvoorde en rajoutant encore et encore lors d'une inutile scène d'hôpital qui aurait dû être coupée au montage tant elle n'apporte strictement rien au récit. Par ailleurs, la séquence au cours de laquelle Dany Boon fond en larmes devant le discours que tient sa fiancée à Benoît Poelvoorde est elle aussi totalement ratée, le jeu de l'acteur-réalisateur sonnant affreusement faux, et le monologue débité par la ravissante Julie Bernard larmoyant à souhait. Deux séquences dont il n'y a malheureusement rien à sauver, et qui dénotent totalement dans un film qui, par ailleurs, propose une mécanique comique parfaitement huilée et maîtrisée.

 

Soulignons enfin le jeu de Benoît Poelvoorde, parfait en connard raciste intégral, qui confirme qu'il demeure l'un des meilleurs acteurs de sa génération, tous genres confondus.

 

 

Rien à déclarer peut donc se targuer de parvenir à ses fins: faire rire. Et même si les ingrédients utilisés par Dany Boon sont les mêmes que dans Bienvenue chez les Cht'is (duo que tout sépare, thématique des préjugés, mensonge fondateur (celui de Kad Merad envers sa femme dans les Ch'tis, celui de Dany Boon envers Poelvoorde dans Rien à déclarer), la mayonnaise prend. Les imperfections sont bien présentes, mais elles n'empêchent en rien  de faire du film un très agréable moment à passer. N'en déplaise aux plumes frustrées.

 

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 13:07

http://4.bp.blogspot.com/_QAZhe4f17L0/SaNe5pPYZmI/AAAAAAAAAOI/mXKFmsFH2mc/s400/5+filles+dans+une+chaude+nuit+d%27%C3%A9t%C3%A9.bmpJean-Pierre Dionnet, co-fondateur de la mythique revue de bande-dessinée Metal Hurlant, et inoubliable présentateur de la défunte émission Cinéma de quartier sur Canal +, organisait le 22 octobre 2007 une vente aux enchères d'affiches, de lobby cards, de magazines, tous ayant pour point commun d'appartenir au cinéma bis. Ce cinéma, si cher à Jean-Pierre Dionnet (ainsi qu'à l'auteur de ces lignes) regroupe ces films de série B et Z se singularisant par des budgets minuscules et appartenant au cinéma de genre (horreur, science-fiction, péplum, western, etc..). Des films populaires, dont l'économie de moyens était contrebalancée par une imagination souvent débordante, et qui nous transportaient des brouillards de la lande écossaise aux jungles africaines, des confins de l'espace aux plaines arides du territoire comanche, des cryptes des châteaux aux palais des Maharadjas. Un cinéma du coeur, de la sensation, de l'émotion, de l'aventure, sur lequel revient Jean-Pierre Dionnet dans une captivante interview donnée à l'occasion de la vente aux enchères de 2007, et qui ne manque pas de provoquer en moi un effet Madeleine de Proust, dans lequel j'aime à me replonger...

 


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Published by Hattori Hanzo - dans Les interviews
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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 09:57

http://www.moviegoods.com/Assets/product_images/1020/209083.1020.A.jpgWilliam Wyler est né à Mulhouse. Comme moi. Avoir vu le jour dans la même ville que le metteur en scène de Ben-Hur, Les hauts de Hurlevent, L'obsédé ou encore Vacances romaines constitue une fierté à côté de laquelle je ne pouvais pas passer en ouverture de cet article. Voila qui est fait.


The children's hour est assez méconnu du grand public dans l'oeuvre de William Wyler. La majeure partie des spectateurs fait en effet rimer le nom du metteur en scène avec Ben-Hur, oubliant qu'il fut également l'artisan de beaucoup d'autres oeuvres somptueuses. A l'image de ce long-métrage qui s'inscrit comme une pure merveille, tant du point de vue du scénario que de la mise en scène, et  qui offre de surcroit à Audrey Hepburn et Shirley MacLaine deux rôles inoubliables.

 

Prenant pour cadre un pensionnat de jeunes filles dirigé par deux femmes, The children's hour raconte l'histoire d'une rumeur lancée à leur encontre par l'une des élèves de l'institution. Cette dernière fera courir le bruit de l'homosexualité des dirigeantes, provoquant ainsi l'étincelle qui embrasera leur existence ainsi que leur réputation auprès de la société puritaine de l'époque.

 

http://thisrecording.com/storage/ChildrensHour72dpi_002.jpg?__SQUARESPACE_CACHEVERSION=1270581741232

 

 

Tourné dans un somptueux noir et blanc, The children's hour (le titre original insistant sur l'absence d'innocence des enfants, tandis que sa traduction française, La rumeur, met l'accent sur la calomnie répandue par la fillette) s'attache à décrire le mécanisme de la propagation d'une rumeur et sa propension à fissurer les relations entre les êtres. Nous assisterons ainsi à la pollution des esprits par une fausse accusation, l'incapacité des victimes à s'en défaire n'ayant d'égale que l'abime qui s'ouvre peu à peu sous leurs pieds, faisant lentement chanceler et s'écrouler leurs vies professionnelles et personnelles. Les simples dires d'une jeune fille, menteuse et manipulatrice, parviendront ainsi à provoquer la chute sociale des deux dirigeantes.

 

http://www.silverscreenclassics.com/images/video/05016001.jpg

 

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Le tabou que constituait l'homosexualité dans la société des années 60 est illustré de manière extrêmement fine et intelligente de la part du réalisateur, les personnages ne prononçant jamais le mot "homosexuel" dans le film, les faux secrets étant dévoilés soit derrière une porte, soit à l'oreille, soit encore par le biais de sous-entendus.  Ou l'homosexualité perçue comme une déviance honteuse. La scène dans laquelle les parents viennent tour à tour retirer leurs enfants de l'institution est à ce titre terriblement représentative: les adultes ne veulent pas que des moeurs d'inverties salissent leurs rejetons.

 

http://i.ytimg.com/vi/i9sYdpV6F9Y/0.jpg

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/db/Childrens_Hour_trailer.jpg/300px-Childrens_Hour_trailer.jpg

 

Par ailleurs, le metteur en scène s'attache également à dépeindre les ravages psychologiques que peut provoquer une rumeur lorsque cette dernière met à jour des secrets et des envies refoulées que l'on s'évertuait à garder cachés au fond de soi. Le sort ainsi réservé à la douce Shirley MacLaine sera à ce titre révélateur des dommages insidieux que peut provoquer une calomnie, le personnage se sentant coupable d'avoir peut-être inspiré cette rumeur,  de l'avoir initiée, en culpabilisant également de  nourrir des pensées "contre-nature" (pour reprendre le terme utilisé dans le film)  envers son amie et collègue. L'une des dernières scènes du film, scellant le sort du personnage incarné par Shirley MacLaine, sera véritablement marquante dans son issue et sa mise en scène, de simples ombres faisant prendre conscience au spectateur de l'évènement qui vient de se dérouler hors champ.

 

http://cinemasansfrontieres.free.fr/spip/IMG/jpg/vlcsnap-2010-04-08-18h12m25s137.jpg

 

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Audrey Hepburn, enfin. Cette actrice, d'une beauté et d'une grâce intemporelles, incarnation même de la féminité, du charme et de la classe, irradie l'intégralité du métrage de sa simple présence. Un tel pouvoir d'attraction est extrêmement rare au cinéma , l'actrice agissant comme un pendule hypnotisant sur le spectateur. La dernière séquence du film  au cours de laquelle son personnage avancera en silence sous les regards des habitants sera inoubliable, et son ultime sourire révélateur de sa satisfaction d'avoir vu la rumeur placer le monde face à sa propre médiocrité. Mais ce sourire révélera peut-être autre chose aussi: la fierté d'avoir été l'objet d'un amour proscrit, conspué, interdit, mais véritablement sincère et profondément pur.

 

 

 


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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 10:48

"Lorsqu'il pénètre votre sang, il devient vite l'hormone numéro un; il supplante les enzymes, commande la glande pinéale, joue avec votre psyché. Comme avec l'héroïne, le seul antidote au cinéma est... le cinéma."

 

En plaçant la danse en lieu et place du cinéma, la citation de Frank Capra, mise en exergue de ce blog, pourrait résumer ce chef d'oeuvre du duo Powell/Pressburger que constitue Les chaussons rouges.

 

Ainsi, le film traite avant tout de passion dévorante, et par voie de conséquence, de son pouvoir addictif semblable à celui d'une drogue. Celle, a priori inoffensive, qui prend le contrôle de votre vie, s'insinuant dans tous les pores de votre existence, jusqu'à la faire irrémédiablement chavirer. Une force impossible à contenir ou à repousser, tant elle s'empare de votre âme. C'est cette force que symbolisent les chaussons de danse rouge que portera l'héroïne dans le film. Chaussons qui la mèneront vers la gloire, mais aussi à sa perte.

Ou quand la dévotion à l'art vous rapproche de la mort.

 

 

 

 

Michael Powell et Emeric Pressburger, plasticiens de génie (Le narcisse noir, autre chef d'oeuvre des deux réalisateurs, en étant une preuve supplémentaire), concevèrent, avec l'aide du chef opérateur Jack Cardiff, une oeuvre à la beauté esthétique hors du commun, poussant le Technicolor à son paroxysme, donnant naissance à des images dont la flamboyance n'a d'égal que le pouvoir de fascination exercé sur le spectateur. Les chaussons rouges s'impose ainsi comme le parangon de la recherche esthétique si chère à Powell et Pressburger, témoignant du souci qu'ils accordaient à la composition picturale de leurs oeuvres, ces dernières ayant traversé le temps avec une aisance remarquable, conservant aujourd'hui encore leur incroyable pouvoir de fascination visuelle.

 

 

 

 

Tiré du conte de Hans Christian Andersen Les souliers rouges, le long-métrage suit le parcours de la jeune danseuse Victoria Page (craquante Moira Shearer, qui ne parviendra jamais à se défaire de son rôle)  prise sous l'aile protectrice et exclusive du metteur en scène Boris Lermontov qui lui confiera le rôle principal de son nouveau ballet intitulé Les chaussons rouges. Totalement dévolu à son art, qu'il considère comme une religion, il insufflera dans le corps et l'âme de sa muse une passion destructrice qui la consumera peu à peu. Les chaussons rouges, qui, dans l'oeuvre d'Andersen, semblent posséder une âme propre contraignant la danseuse qui les porte à danser jusqu'à la mort, serviront aux réalisateurs à la fois de symbole métaphorique mais aussi de mise en abime, réfléchissant ainsi le conte dans l'histoire.

 

http://image.toutlecine.com/photos/c/h/a/chaussons-rouges-1948-02-g.jpg

 

http://farm4.static.flickr.com/3558/3787493937_c8f34cc414.jpg

 

Ayant eu la chance de découvrir ce joyau du cinéma sur grand écran, j'ai ainsi pu savourer la mise en scène de Powell et Pressburger dans les meilleures conditions possibles, la superbe de la photographie et la beauté de la composition des cadres comme autant de tableaux vivants prenant ainsi toute leur envergure, renvoyant au pilori nombre de longs-métrages contemporains, et la majeure partie des jeunes réalisateurs actuels se croyant doués à leurs bacs à sable. 

Les chaussons rouges, ou la beauté à l'état pur.

 


 


 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 15:49

http://idrann.celeonet.fr/wp/wp-content/uploads/2010/03/scott-pilgrim-vs-the-world.jpgLe dernier film en date du réalisateur de Shaun of the dead et Hot fuzz passa injustement inaperçu au mois de décembre dernier, sorti dans une indifférence générale, peu aidé par un nombre de copies très faible sur l'ensemble du territoire. Et pourtant... Le film de Edgar Wright est un véritable feu d'artifices visuel et sonore, entraînant le spectateur dans un maelstrom d'images toutes plus jouissives les unes que les autres. 

 

Spécialiste de l'hommage intelligent à la pop culture (Shaun of the dead constituait une oeuvre référentielle au film de zombies, tout en développant son propre propos, Hot fuzz s'inscrivait quant à lui comme l'oméga du buddy movie estampillé 80's sur un ton résolument comique et toujours respectueux de ses aînés), Wright, film après film, paye son tribut à tout un pan du cinéma de genre qu'il affectionne et auquel il porte un amour véritable, sincère, et prégnant dans chacun de ses longs-métrages. Scott Pilgrim vs the world n'échappe pas à la règle, loin s'en faut.

 

http://www.gtfyweb.com/media/marv/Movies/scott-pilgrim-vs-the-world-movie-image-michael-cera.jpg

 

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Scott Pilgrim (décidément excellent Michael Cera) est un jeune homme qui va devoir faire face aux 7 ex-petits amis de sa nouvelle fiancée s'il veut pouvoir convoler en toute quiétude avec elle. Les affrontements, loin de ne prendre que la forme de joutes verbales, se réaliseront dans des combats physiques tenant du délire absolu, chaque duel se transformant en bataille titanesque où l'espace et le temps n'ont plus aucune espèce d'importance.

Et c'est là que le film de Wright prend tout son sens: dans l'excès et la surenchère, le metteur en scène traduisant à l'écran la bande-dessinée dont est tiré le film, tout en utilisant à foison les codes visuels du jeu vidéo.

 

http://www.aceshowbiz.com/images/still/scott_pilgrim_vs_the_world58.jpg

 

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http://mtvatmovies.mtvnimages.com/images/400x300/scott-pilgrim-review.jpg?width=400&ver=04_29_2010

 

Le film transpose ainsi dans le cadre de son histoire les fondamentaux de la BD (les onomatopées s'inscrivant littéralement à l'écran, traduisant le bruit des sons et les impacts des coups, l'écran se subdivisant en plusieurs cases, etc...) et des jeux vidéos de combat (Tekken, Mortal Kombat, Street Fighter, pour n'en citer que quelques-uns). Les affrontements entre Scott Pilgrim et les membres composant la guilde des ex de sa dulcinée constituent ainsi le gros tour de force du film, Edgar Wright parvenant à retranscrire avec un véritable talent l'esprit et la lettre des jeux précités, dans des séquences extrêmement galvanisantes. Cependant, le plaisir procuré par ces scènes (en particulier) et le film (en général), ne résulte pas simplement de leur facture visuelle très réussie, mais également de la constatation que cette pop culture a peu a peu transpiré dans nos quotidiens pour en faire pleinement partie aujourd'hui. Le film de Wright développe cette idée de manière extrême, certes, mais le propos est bien là, à la fois émouvant et nostalgique: la bande-dessinée et les jeux vidéos sont devenus des arts à part entière, se déployant dans la vie au même titre que la musique ou le cinéma l'ont fait avant eux. Les personnages du film agissent ainsi comme s'ils faisaient partie intégrante d'un jeu vidéo et d'une bande dessinée, à moins que ce ne soit le jeu vidéo et la BD qui fassent partie de leur vie...

 

http://www.cineaddict.fr/wp-content/uploads/2010/11/Scott-Pilgrim-VS-the-world2.jpg

 

http://www.cinemasoldier.com/storage/post-images/scott-pilgrim-vs-the-world-michael-cera-love-sword-g-man-fight.jpg?__SQUARESPACE_CACHEVERSION=1281940345562

 

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Impossible enfin de ne pas citer la plus que délicieuse Mary Elizabeth Winstead dans le rôle de la petite amie de Scott Pilgrim, dont la beauté illumine chacune des scènes dans lesquelles elle apparaît (et elles sont bien heureusement nombreuses). Un véritable coup de coeur pour cette actrice dont je suis véritablement tombé sous le charme. 

 

http://thefastertimes.com/film/files/2010/08/michael-cera-and-mary-elizabeth-winstead-in-scott-pilgrim-vs-the-world.jpg

 

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http://www.bscreview.com/wp-content/uploads/2010/06/Mary-Elizabeth-Winstead-Ramona-Flowers-Scott-Pilgrim-vs-World.jpg

 

Malgré un début qui peine légèrement à démarrer et à immerger le spectateur, Scott Pilgrim vs the world se dévore avec avidité dès lors qu'il trouve son rythme, et constitue une oeuvre à la fois référentielle et intelligente dans son post-modernisme, en cela que Edgar Wright inscrit son long-métrage dans une réflexion sensitive sur la pop-culture.


3...2...1...FIGHT !

 

 

 


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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 13:05

http://3.bp.blogspot.com/_43gUC6eEaR0/TOOrOILR-6I/AAAAAAAABrM/7x9SwTZ41dA/s1600/Jean%2BRollin%2BMoteurCoupez%2B%2521.jpg"Tout porte à croire qu'il existe un certain point de l'esprit où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, cessent d'être perçus contradictoirement". Dans son livre de mémoires, le cinéaste Jean Rollin reprend à son compte cette phrase d'André Breton en y ajoutant: "C'est pour trouver ce point que je filme".

 

J'ai évoqué plusieurs fois au fil de ce blog mon amour du cinéma de Jean Rollin. Ce dernier, décédé il y a peu, publiait en 2008 ce MoteurCoupez !, recueil de mémoires d'un cinéaste en marge, metteur en scène totalement conspué par la critique et le monde du cinéma en général, et pourtant artiste au sens noble du terme, en cela que Jean Rollin imprimait littéralement sa sensibilité et sa poésie sur la pellicule. L'expression de la sensibilité et de l'esprit d'un être à travers un moyen de communication, telle est la définition de l'art. Jean Rollin était un véritable artiste.

 

Ce point de l'esprit où le réel rejoint l'imaginaire, dont parlait André Breton et qui importait tant à Jean Rollin dans  ses films, constitue effectivement la recherche permanente du cinéaste.

 

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MoteurCoupez ! transpire de la première à la dernière ligne de cet amour que Jean Rollin entretenait avec l'imaginaire. Cet imaginaire qu'il filmait avec un sens inné de la poésie et une approche surréaliste et bien souvent dadaïste de l'outil cinématographique. Loin de Jean Rollin l'idée de proposer des oeuvres linéaires dans lesquelles l'intrigue se déroulerait selon un schéma classique et usité. Ce qui intéressait le cinéaste, c'était au contraire d'inviter le spectateur à abandonner ses repères (sensitifs, émotionnels, cartésiens) et de le faire pénétrer dans un univers où l'onirisme le disputait à l'étrange, où des femmes vampires erraient sur la plage de Pourville-lès-Dieppe, si chère au réalisateur, où des couples se perdaient dans les dédales d'un cimetière toute une nuit durant, et où des clowns déposaient des bouquets de fleurs sur des pierres tombales.

 

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C'est un délice de chaque instant que de plonger dans la descriptions que fait Jean Rollin de son amour immodéré pour les créations mettant en scène des héros imaginaires, fantastiques, mystérieux. Ainsi, sa passion pour les illustrés, sur lesquels règnent en maîtres Fantax et Amok, ou encore son attrait pour les serials (le Fantômas de Louis Feuillade, ou les aventures d'Arsène Lupin), parviennent à projeter le lecteur dans un monde où le plaisir de l'imaginaire passe avant la logique et la rationnalité. Rollin parvient même au détour de certaines pages à faire ressentir l'odeur du papier même de ces bandes-dessinées de jadis, dont la magie et le charme planent sur les pages pour nous extirper de notre siècle et nous projeter dans un passé littéralement palpable.

 

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Par ailleurs, le cinéaste s'attarde (un peu trop) sur la marginalité à laquelle le condamna le monde du cinéma. Jean Rollin fut effectivement moqué, raillé, mis à l'écart par des critiques et des personnalités du monde du cinéma qui le considéraient comme un réalisateur médiocre, dont l'unique obsession était de montrer des femmes nues dans ses films, sans aucun sens de la mise en scène. Si cette dernière n'était effectivement pas le fort du cinéaste (ne soyons pas de mauvaise foi, Jean Rollin filmait selon le minimum syndical), il n'en demeure pas moins que ses films possèdent une véritable puissance poétique, non pas par le choix des cadres et des mouvements de caméra, mais par les décors, les situations, la lenteur hypnotisante de l'entreprise. La magie ne naissait pas de la technique cinématographique à proprement parler, mais de la disposition et de la posture des comédiens, de la présence d'éléments inattendus dans la scène,  ou de l'étrangeté des dialogues. La non-linéarité des histoires pouvait ainsi rebuter, de même que le choix de Rollin de faire se succéder des scènes qui n'avaient aucune articulation logique avec les précédentes (Le viol du vampire, premier long-métrage du cinéaste sorti en mai 68, provoqua ainsi l'ire des spectateurs, ces derniers s'attendant à assister à un film fantastique "classique"). L'on devine à travers les lignes du livre que ces critiques touchèrent Jean Rollin davantage qu'il ne veut bien l'admettre, le cinéaste y revenant régulièrement dans le livre tout en feignant de ne pas en être touché. Le comprendre rend le metteur en scène encore plus touchant.

 

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Du Viol du vampire à La nuit des horloges en passant par Lèvres de sang ou Perdues dans New York, les mémoires de Jean Rollin égrènent une carrière où le sens de l'amitié, des valeurs et de la débrouille comblait une carence permanente de moyens financiers. Les anecdotes sont ainsi légion et témoignent du caractère profondément artisanal de la démarche rollinienne, loin de la confection classique des oeuvres cinématographiques mainstream, inscrivant de fait les oeuvres du metteur en scène dans la catégorie si chère à ses yeux (et aux miens) de la série B.

 

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MoteurCoupez ! constitue pour tout amateur de cinéma un véritable trésor révélant les dessous de la série B et témoignant de l'amour inconditionnel que portait Jean Rollin à son art. Un homme pour qui la poésie et la beauté onirique cotoyaient en permanence la réalité. Ou ce fameux point de l'esprit où le réel rejoint l'imaginaire.

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les livres et magazines
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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 14:00

http://www.cinema-francais.fr/images/affiches/affiches_b/affiches_bunuel_juan_luis/leonor.jpgFilm fantastique européen assez méconnu, Leonor mérite pourtant d'être découvert par tout spectateur avide d'atmosphère étrange et hypnotisante.

Se situant au Moyen-Age, Leonor conte l'histoire d'un seigneur interprété par Michel Piccoli, dont l'épouse meurt à la suite d'une chute de cheval. Enterrée dans une grotte totalement scellée, la défunte finira par réapparaître au grand jour, dix ans plus tard.

 

Davantange histoire d'amour que film de genre à proprement parler, Leonor se démarque avant tout par un ton extrêmement singulier, où la lenteur du rythme n'a d'égale que l'envoûtante atmosphère qui se dégage des images. Ces dernières sont régulièrement soutenues par la sublime musique de Ennio Morricone, mélopée de haute volée à la mélodie entêtante qui achève d'ancrer le film dans un terreau à la fois dramatique et fantasmagorique.

 

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Grand amateur du cinéma du regretté Jean Rollin, j'ai retrouvé dans le film de Juan Luis Bunuel ce même attrait pour les images oniriques, ce même amour pour les rythmes hors du temps et des modes, cette même attention apportée au ressenti plutôt qu'à l'expliqué. Il s'agit d'accepter de se faire bercer par la lancinante cadence du film, et de se laisser totalement imprégner par la proposition de cinéma du metteur en scène pour en apprécier pleinement la saveur. Ainsi, les images dans lesquelles la défunte erre dans le cadre sont empreints d'une véritable poésie morbide. Liv Ullman, actrice fétiche d'Ingmar Bergman, donne ainsi corps à cette morte-vivante s'en prenant à de jeunes filles pour pouvoir survivre.

 

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Remariée à une femme incarnée par la belle Ornella Muti, le personnage de Piccoli demeure fondamentalement inconsolable de la perte de sa première épouse (son remariage express témoigne à ce titre d'une blessure trop douloureuse pour être supportable). Nullement amoureux de sa nouvelle femme, il demeure profondément fou d'amour pour le personnage de Liv Ullman et commettra l'irréparable afin de lui faire retrouver sa place au sein du château. Histoire d'amour passionnelle, donc, que Bunuel filme avec un onirisme présent de la première à la dernière image.

 

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Cadre propice aux légendes et autres récits surnaturels (Excalibur, Ladyhawke...), le Moyen-Age constitue un écrin temporel qui participe de la fascination irréelle qui émane de Leonor. Châteaux, nains guerriers, vieux ponts en pierre, sorcier, les éléments du métrage forment un ensemble extrêmement évocateur, qui permet à Bunuel d'utiliser et de détourner les codes du film médiéval afin de les plier à son sujet, en l'occurence la folie amoureuse. Car du début à la fin du film, il ne sera que question d'amour. Le personnage incarné par Michel Piccoli, d'un abord antipathique, s'avère ainsi  extrêmement touchant lorsqu'il laisse affleurer puis éclater l'amour qui consume son existence.

 

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Oeuvre rare méritant d'être découverte, Leonor s'inscrit au final comme une puissante histoire d'amour par-delà la mort, dans laquelle l'émotion naît avant toute chose de l'atmosphère que parvient à créer Bunuel (et Morricone), et du rythme véritablement envoûtant de l'ensemble. Un joyau rare.

 

 

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 09:31

http://www.best-horror-movies.com/image-files/se7en-horror-movie-poster.jpgS'imposant dès sa sortie comme le plus grand thriller jamais réalisé, prenant ainsi la place du déjà excellent Silence des agneaux, le second long-métrage de David Fincher conserve toute sa puissance, tout son impact et toute sa beauté formelle, presque 15 ans après sa sortie.


Conjuguant les talents du scénariste Andrew Kevin Walker, du chef-opérateur Darius Khondji, du compositeur Howard Shore, de comédiens au diapason et de David Fincher, chef d'orchestre de cette symphonie humaine, Se7en parvient à recréer, visionnage après visionnage, le même malaise, et à susciter la même fascination.

 

A la fois thriller, film d'horreur, drame et étude de moeurs, Se7en s'inscrit comme une tétanisante photographie de l'état du monde, témoignant de sa déliquessence et de sa décrépitude.


Se déroulant dans une ville anonyme (même si un indice récurrent dévoilera assez rapidement où l'on se trouve), l'histoire suit deux inspecteurs de police incarnés par Morgan Freeman et Brad Pitt, sur les traces d'un tueur insaisissable s'inspirant des 7 péchés capitaux pour commettre ses méfaits.

 

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Baignant dans une atmosphère de fin du monde, le film de  David Fincher constitue un objet formel d'une terrifiante beauté. La pluie, incessante (jusqu'à la scène finale sur laquelle nous reviendrons), la crasse des ruelles et des intérieurs, l'obscurité dévorante, contribuent à dépeindre une humanité qui se délite et dont la descente aux enfers n'est que la conséquence de son propre comportement. "Il est plus facile de voler une chose que de la gagner, de tomber dans la drogue que d'affronter la vie, de battre un enfant que de l'élever. L'amour demande des efforts, du courage". Ce discours capital de l'inspecteur Somerset constatant l'apathie dans laquelle se vautre le monde trouve ainsi sa résonnance dans les décors, les éclairages, l'ambiance poisseuse du film. Une adéquation parfaite de la forme et du fond, que le directeur de la photographie Darius Khondji excelle à établir par le biais d'éclairages extrêmement subtils, faisant évoluer les protagonistes davantage dans l'ombre que dans la lumière.

 

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Somerset (Morgan Freeman) incarne le témoin désabusé de cette fin du monde annoncée face à son collègue, l'inspecteur Mills (Brad Pitt), personnalité impatiente, électrique, dont la vision de la vie se situe à l'opposé de celle de son partenaire. Refusant d'adhérer au point de vue de Somerset, Mills incarne l'optimisme face au pessimisme affiché de son coéquipier. Ce contraste se verra totalement tranché dans le final apocalyptique du film, qui verra confirmée la position de Somerset, sous un soleil aveuglant. Cette séquence finale (vraisemblablement l'une des plus traumatisantes jamais proposées par un grand film de studio), possède une puissance émotionnelle rare précédée d'un suspense véritablement intenable tandis que les deux policiers accompagnés de l'auteur des crimes roulent dans le désert pour découvrir ensemble l'atroce issue de l'histoire (et de l'humanité). Se déroulant sous un soleil qui brûle littéralement la pellicule, la séquence finale laissera éclater au grand jour toute son atrocité, ne laissant aucune échappatoire aux deux inspecteurs, perdus moralement et physiquement (la scène se passe dans le désert). Le Mal l'emportera, donnant in fine raison à Somerset.

 

 

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Incarnant la femme de l'inspecteur MIlls, la sublime Gwyneth Paltrow compose un personnage se situant entre celui de Somerset et celui de Mills. Pas totalement désabusée mais en proie à des questionnements primordiaux déterminant la suite qu'elle souhaite donner à son existence, Tracy ira se confier à l'inspecteur Somerset dans l'une des scènes les plus importantes du film, cette dernière portant en son sein tout le désarroi des deux personnages, ainsi que la douleur qui ronge Sommerset depuis des années à la suite d'une terrible décision qu'il a dû prendre jadis. La séquence, extrêmement émouvante, est l'une des clés du film, de son positionnement par rapport au sort de l'humanité et de son implacable et froide lucidité sur l'état du monde.

 

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A l'image de l'anonymat de la ville dans laquelle se déroule le film, le nom même du personnage du tueur fait de ce dernier un anonyme. John Doe est en effet le patronyme désignant l'homme de la rue, le quidam, celui qui se fond dans la masse. Ainsi, de la même manière que la ville théâtre de l'action pourrait être la nôtre, le personnage du tueur pourrait être notre voisin. Plus de repères, plus de signes, juste des évènements qui pourraient se dérouler n'importe où, et être perpétrés par n'importe qui. Et pour cause: l'abyme se trouve sous nos pieds à tous. Par ailleurs, la révélation du visage du tueur fut à l'époque de la sortie du film une véritable surprise, l'acteur l'incarnant ayant été quelques mois plus tôt l'inoubliable Keyser Söze de Usual suspects. Kevin Spacey offre ainsi avec John Doe l'une de ses compositions les plus marquantes, incarnant un personnage glacial, machiavélique, intelligent, "et, pire que tout, patient".

 

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Oeuvre profondément pessimiste, Se7en ne se veut pas pour autant nihiliste. A l'image de la dernière réplique du film prononcée par l'inspecteur Somerset et constituant une faible  lumière dans le chaos ambiant: "Ernest Hemingway once wrote: "The world is a fine place and worth fighting for". I agree with the second part". Cette inoubliable ligne de dialogue constitue aujourd'hui encore une lueur d'espérance dans un monde qui n'est peut-être pas totalement perdu.

 


  

 


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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 09:38

http://animationconcept.com/images/thematiques/western.jpgAdoré par les uns (dont l'auteur de ces lignes), abhorré par les autres, le western constitue vraisemblablement le genre cinématographique par excellence.

Codifié jusqu'à la moelle (chevaux, shérifs, Indiens, saloons, canyon, et j'en passe), genre à l'intérieur duquel peuvent se greffer tous les autres (pour ne citer qu'un exemple, la série Les mystères de l'Ouest et son approche tendant à combiner western et fantastique (ou même science-fiction), le western résonne à la fois comme genre séminal (Le vol du grand rapide date de 1903) et terminal du cinéma, en même temps qu'il constitue une abstraction formelle permettant de développer à l'envi des thèmes universels et intemporels touchant à la condition humaine. En somme, un cadre formel en-dehors de toute familiarité à l'intérieur duquel l'on se retrouve toujours.

 

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Nombre de grands cinéastes se sont frottés occasionnellement au western (Fritz Lang, John Huston, Arthur Penn, notamment) alors qu'ils n'oeuvraient pas particulièrement à l'intérieur de ce genre, tandis que certains  autres réalisent des oeuvres constituant des westerns cachés: ainsi, John Carpenter voue un véritable culte au western, et en offre régulièrement des avatars (Assaut, Vampires, New-York 1997). Le héros chez Carpenter est d'ailleurs toujours hérité du dur à cuire de l'Ouest. Citons également Christophe Gans pour qui le western est le genre cinémagraphique par excellence, et auquel il payat son tribut dans certaines séquences du Pacte des loups

 

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Pur produit de l'industrie hollywoodienne, le western acquit au fil du temps un statut dépassant son cadre initial de pur divertissement, pour défricher et explorer des terrains faisant tendre le genre vers d'autres propositions de cinéma. Citons en vrac la passion amoureuse destructrice (le chef d'oeuvre absolu Duel au soleil), la relativité du bien et du mal (Le bon, la brute et le truand), l'obsession vengeresse (La prisonnière du désert), la fausse légende (L'homme qui tua Liberty Valance) ou l'incapacité à fuir sa vraie nature (Impitoyable). De série B, le western s'imposa rapidement comme un substrat à partir duquel les cinéastes purent y développer leurs obsessions et leurs visions de l'humanité.

 

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Par ailleurs, l'un des plus grand attraits du western réside dans le caractère palpable et immédiatement évocateur de ses éléments constitutifs. Ainsi, la poussière, la fumée des saloons, les colts, les rues désertes, l'immensité des paysages, concourent à projeter le spectateur dans un univers de pur cinéma, procédant d'une immersion peu commune pour qui saura se laisser happer par cet univers ultra-référentiel. Les chevauchées fantastiques, les charges héroïques, les hommes sans nom et les duels au soleil consituent ainsi de véritables vortex avalant le spectateur pour le plonger dans un univers purement cinématographique tout en lui tendant un miroir sur sa propre condition.

 

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Vouant un amour immodéré au western, je considère Le bon, la brute et le truand comme la quintessence d'un genre purement américain que Sergio Leone magnifia en en bousculant les codes et les figures imposées, et en y insufflant sa propre sensibilité. Se rapprochant davantage de la complexité du comportement humain que ne le firent ses comparses américains, proposant des duels à 3, usant d'extrêmes gros plans et pratiquant la dilatation du temps dans des séquences fascinantes, le metteur en scène italien sut porter le genre vers un niveau jamais atteint, en proposant des westerns à la fois amples, profonds, émouvants et à la plastique novatrice. Le bon, la brute et le truand constitue à ce titre le point d'orgue du western leonien.

 

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Impossible également de ne pas citer John Ford, autre maître du western, dont les films constituent des oeuvres fascinantes à plus d'un titre. Formellement, la mise en scène de Ford, faussement simple, s'attachait au contraire à faire vivre ses personnages à l'intérieur du cadre, sans user de gros effets. L'homme était ainsi au centre des préoccupations de Ford, et son attachement à la notion de communauté comme principe supérieur à toute autre forme de considération (les individualistes sont systématiquement les grands perdants des oeuvres fordiennes) imprègne la quasi-totalité de ses longs-métrages. Par ailleurs, Ford sut mieux que quiconques filmer les paysages grandioses de Monument Valley, les images du site dans l'inconscient collectif lui devant énormément. La prisonnière du désert, Le massacre de Fort Apache, L'homme qui tua Liberty Valance, La poursuite infernale, autant de chefs d'oeuvres qui méritent des visionnages à répétition...

 

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Les détracteurs du western en dénoncent souvent le caractère machiste. La femme est au contraire souvent présente dans la tradition du western, et parfois même indispensable au déroulement de l'histoire. Il suffit de citer les noms de Marlene Dietrich, Claudia Cardinale, Maureen O'hara ou encore Natalie Wood pour se rendre compte que les femmes, loin d'être absentes ou de servir de faire valoir, constituent au contraire des éléments extrêmement importants du genre. 

 

A travers des centaines de films et des oeuvres toutes plus inoubliables les unes que les autres, l'on peut affirmer sans crainte que le western s'inscrit finalement comme la plus belle définition du cinéma: une évasion à l'intérieur de soi.

 


 


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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 13:19

http://thezaz.nationallampoon.com/files/2009/06/orphan.jpgLe thème de l’enfant tueur est devenu au fil du temps un genre cinématographique à part entière (le chef d’œuvre indéboulonnable ¿Quién puede matar a un niño? (Les révoltés de l'an 2000) de Narciso Ibáñez Serrador constituant le mètre-étalon du genre). L’on peut également citer Le village des damnés, La malédiction, Les proies ou encore The children, oeuvrant tous sur le terrain de l’enfance meurtrière, apportant son lot de perversité et de violence à une période de la vie a priori exempte de tout soupçon.


Le metteur en scène espagnol Jaume Collet-Serra (La maison de cire) apporte aujourd’hui sa pierre à un édifice déjà fortement balisé et codifié en racontant l’histoire d’Esther, petite fille de 9 ans adoptée par un couple d’Américains ayant perdu son troisième enfant à la naissance. Esther ne tardera pas à éveiller les soupçons de sa mère par son comportement étrange, jusqu’à ce que l’incroyable vérité ne soit révélée.

 

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Cette révélation finale, twist extrêmement surprenant et impossible à prévoir, apporte non seulement un éclairage inédit aux comportements de la jeune fille, mais souligne en outre l’idée force du métrage: l’enfance percue comme une période tout sauf innocente, et pouvant renfermer en son sein perversité, machiavélisme et vilenie, ou lorsque les atours de l’enfant masquent des comportements d’adulte. Cette idée maîtresse, sous-tendant l’intégralité du métrage, est exploitée dans des scènes extrêmement culottées pour un film de studio, comme celle dans laquelle Esther (la révélation Isabelle Fuhrman) manipule la petite fille sourde et muette du couple, ou encore la séquence de drague entre une Esther apprêtée comme une adulte et son père adoptif, séquence aux relents d’inceste extrêmement surprenante en ces temps de censure imposée à tour de bras.

 

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http://3.bp.blogspot.com/_pVP5J6NC1jo/SzzGs5PJ-7I/AAAAAAAAAGk/sh25oJ7_3lU/s400/orphan_xl_01--film-A.jpg


Mais Orphan ne s'en tient pas uniquement à cette vision transgressive de l’enfance, et propose en filigrane une réflexion sur la mort, plus précisément le rapport des êtres à la mort (le deuil de la mère, l’épisode des fleurs blanches) trouvant son point d’orgue dans une scène d’une beauté et d’une sensibilité absolues dans laquelle la mère explique par le langage des signes à sa petite fille sourde et muette ce qu’est devenue sa petite sœur, morte à la naissance. Cette scène, d’une tristesse infinie, demeure indiscutablement la plus forte du métrage.

 

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Cependant, Jaume Collet-Serra a tendance à se perdre dans une mise en scène pas toujours inspirée, en usant et abusant d’effets absolument gratuits (voir ces jump scares ineptes totalement hors de propos). En outre, la fin du film, d’une banalité confondante, aurait mérité plus d’attention de la part du metteur en scène. Enfin, il est navrant de constater qu’aujourd’hui encore, des génériques de films continuent de plagier celui de Se7en (le générique de fin de Orphan est un décalque éhonté de son illustre prédecesseur).


Malgré ces regrettables réserves, Orphan demeure un film de genre réussi, subversif à souhait, tout en revêtant une aura poétique mêlée d’une extrême mélancolie.

 




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