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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 10:45

http://cherea.files.wordpress.com/2009/11/un-prophete.jpgAborder Un prophète n’est pas tâche aisée. En effet, la densité du nouveau film de Jacques Audiard (Regarde les hommes tomber, Un héros très discret) stimule l’analyse et regorge de niveaux d’interprétations comme autant de couches communiquant les unes avec les autres.

En racontant l’histoire de Malik El Djebena (la révélation Tahar Rahim), jeune prisonnier tombant sous la coupe d’un parrain corse, et se créant petit à petit son propre réseau, Audiard développe avant tout le thème de la deuxième vie, de la deuxième chance, en somme, de la renaissance. En effet, le personnage interprété par Rahim débarque en prison sans savoir ni lire ni écrire, ne sait plus quelle est sa langue maternelle, se présente comme un matériau brut prêt à être malaxé, à se développer, à naître à nouveau. Car l’on saura peu de choses sur sa vie d’avant, cette dernière demeurant comme un immense brouillard dans l’esprit même du jeune homme, existence première dont rien n’aura jamais vraiment émergé. Et c’est en mettant les pieds en prison que le personnage se verra renaître (le passage dans lequel il regarde dans sa cellule le générique du James Bond « On ne vit que deux fois » est à ce titre significatif).


http://cache.20minutes.fr/img/photos/20mn/2009-05/2009-05-16/article_prophete.jpg

C’est cependant au prix de certains sacrifices (le meurtre, l’humiliation, la soumission), que cette renaissance pourra se réaliser, les différentes épreuves auxquelles le personnage principal devra faire face se présentant comme autant de paliers constitutifs d’un voyage initiatique. A ce titre, l’assassinat séminal auquel se livrera Malik en prison se répercutera sur l’ensemble du métrage, d’abord comme un traumatisme vécu par son auteur, puis, petit à petit, comme élément fondateur de sa prise de maturité. En effet, le personnage de la victime apparaîtra régulièrement aux yeux (à l’esprit) de Malik, puis disparaîtra petit à petit (la scène où il est en feu), pour finalement l’intégrer totalement. Et Malik de devenir adulte (prophète), en cela qu’il anticipera les évènements, les prévoyant, les accomplissant conformément à ses souhaits, se servant quasi-exclusivement de son intelligence pour s’en sortir, acceptant in fine son acte meurtrier, ce dernier se fondant définitivement en lui.

http://www.scenesmagazine.com/IMG/jpg/cine-un_prophete_300dpi.jpg

L’on pourra légitimement reprocher ici à Audiard ses métaphores appuyées, flirtant parfois inutilement avec le fantastique, même si la pertinence du propos emporte l’adhésion.


Un prophète, c’est aussi une réflexion sur les rapports maître/esclave (entre le personnage de Malik et celui interprété par l’impressionnant Niels Arestrup), rapports tutoyant le lien filial, bien que le metteur en scène s’en défende dans ses interviews (le résultat à l’écran y fait irrémédiablement penser, même s’il n’est pas aussi prégnant que dans De battre mon cœur s’est arrêté, le précédent film d’Audiard). C’est également à une réflexion sur l’individualisme que nous convie Audiard, Malik ne parvenant à s’en sortir qu’en comptant sur lui-même. Mais cet individualisme aura un prix moral, et l’avenir de Malik à la fin du film ne laissera pas de place à l’équivoque, malgré l’apparent happy-end proposé.

http://blog.landofthegeeks.com/wp-content/uploads/2009/08/19138492.jpg


S'agissant de la mise en scène, Audiard opte pour une âpreté, une sécheresse, une rugosité de chaque instant, faisant la part belle aux corps, aux gueules, multipliant les gros plans, les isolant parfois artificiellement en cachant littéralement une partie du cadre (procédé pour le coup peu cinématographique, car corrompant le cadre, Audiard ne semblant pas savoir comment faire pour donner forme à son point de vue autrement qu’en utilisant ces caches noirs réduisant la taille du cadre, facilité quelque peu grossière, détonnant avec le reste de la mise en scène, au cordeau).


Un prophète constitue donc une réussite indéniable du cinéma de genre à la française, bien qu’un peu trop corrompue ça et là par des illustrations formelles métaphoriques appuyées qui viennent alourdir inutilement la narration. Mais la foi d’Audiard dans le cinéma, sa force de propos et la qualité technique de sa mise en scène le placent incontestablement parmi les metteurs en scène les plus importants de l’hexagone.

 

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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commentaires

Noemi 23/04/2010 19:14



Le second festin cinematographique apres Thirst l'annee passee pour moi!



Hattori Hanzo 23/04/2010 20:11



Tu as de très bon gouts Noemi ;-)



Sekateur 18/04/2010 19:21



J'ai adoré ce film, notamment par la façon qu'il a d'immerger le spectateur en plein milieu carcéral. C'est prenant, intelligent, et remarquablement interprété.



Hattori Hanzo 18/04/2010 20:08



C'est efectivement très immersif, et l'intelligence du propos force l'admiration.



Phil Siné 17/04/2010 15:01



hey ! joli papier ! je n'ai vu le film qu'une fois pour l'instant, et des tas de choses m'ont encore échappé... ;)



Hattori Hanzo 17/04/2010 15:55



C'est effectivement un film d'une grande richesse thématique et narrative. Même si je n'adhère pas à 100% aux partis pris visuels d'Audiard, le film est une réussite incontestable.



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