Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 08:18

De Stephen Daldry, j'avais moyennement apprécié Billy Elliot (2000), et considéré The hours comme le plus mauvais long-métrage sorti sur les écrans en 2002 (l'un des rares films durant lesquels j'ai failli quitter la salle). Cependant, pour son dernier film, Stephen Daldry avait un argument de taille: Kate Winslet. Je considère cette dernière comme la plus grande actrice en activité, et je voue une admiration sans bornes à la qualité de ses choix artistiques et à l'incroyable force de son jeu. Quel que soit le film dans lequel joue l'actrice, je me dois de le voir, par principe.

 

C'est donc plein d'attentes (j'oubliais complètement Stephen Daldry, le metteur en scène), que je découvris The reader, adaptation du livre éponyme de Bernhard Schlink.

 

L'histoire débute en 1958 en RFA, et raconte l'histoire de Michael (impeccable David Kross), jeune lycéen de 15 ans qui noue une relation charnelle et passionnelle avec une inconnue (Hannah, interprétée par Kate Winslet) femme plus âgée que lui, qui lui demandera de lui faire la lecture avant chaque acte d'amour. Jusqu'au jour où Hannah disparaît, sans laisser de traces. 1966. Michael, devenu étudiant en droit, assiste dans le cadre de ses études au procès d'anciennes gardiennes SS accusées d'avoir causé la mort de centaines de femmes juives. Sur le banc des accusées, il reconnaît Hannah.

 

 

 

 

 

 

Dans sa première partie, The reader constitue une très belle histoire d'amour naissante entre un jeune homme de 15 ans et une femme de 35 ans (cette différence d'âge ayant certainement dû faire tiquer les bien-pensants de tout poil, et c'est tant mieux). Il s'agit dans cette relation d'un double apprentissage. Apprentissage de la sexualité pour le personnage de Michael grâce à cette femme plus mûre que lui qui l'initiera aux plaisirs de la chair. Apprentissage de la littérature pour le personnage de Hannah grâce à ce jeune garçon qui parvient à rendre vivantes les histoires qu'il lui raconte par son réel talent de lecteur. Un échange donc, intellectuel d'un côté, charnel et sexuel de l'autre. Cette partie du métrage, d'une belle sensualité, laisse transparaître que Hannah cache quelque chose qu'elle ne veut pas révéler à son jeune amant.

 

 

Le professeur de littérature du jeune Michael déclare dans une scène du film que la dramaturgie occidentale est caractérisée par le secret. Héros et héroïnes cachent souvent quelque chose qu'ils refusent de révéler, par honte, par risque, par désir d'oubli. Ce motif du secret est la moëlle épinière de The reader. En effet, le personnage de Hannah cache non seulement à son amant son passé de gardienne SS, mais cache également un secret bien plus lourd à ses yeux (que je ne dévoilerai pas ici), secret qu'elle préfèrera continuer à cacher au tribunal lors de son procès, ce qui entraînera sa perte, alors que sa révélation aurait considérablement atténué le verdict final. Hannah préfèrera ainsi le sarifice à l'humiliation. La thématique du secret et les extrémités vers lesquelles il peut pousser celles et ceux qui veulent le conserver (le personnage de Michael conservera lui aussi secrète sa relation avec Hannah jusqu'à la fin du film, où il décidera de tout révéler à sa fille) sont véritablement au centre du film.

 

 

 

 

Par ailleurs, Stephen Daldry développe un propos sur la culpabilité. En effet, outre celle du personnage de Hannah (dont elle ne prendra conscience qu'en toute fin de métrage), la culpabilité rongera également le personnage de Michael. Lorsque ce dernier apprendra la vérité sur le passé de Hannah, il se sentira coupable d'avoir pu aimer un être ayant contribué à causer la mort de centaines de personnes. Daldry rappelle ici en filigrane (comme avait pu le faire Olivier Hirschbiegel dans  La chute avec le personnage de Adolf Hitler), que le mal n'est jamais absolu, et que le bien, aussi infime soit-il, trouve toujours une place chez l'individu. Puis, lorsque Michael se trouvera en position de pouvoir apporter un témoignage crucial pouvant jouer en faveur de son ancienne amante, il s'abstiendra de le faire par respect pour les victimes. Il sera alors sous l'emprise d'une nouvelle culpabilité, celle de n'avoir pas aidé celle qu'il a aimé.

 

 

Il s'agit à présent de revenir sur l'enchaînement de deux plans situés en fin de métrage et ayant déclenché la ridicule opprobre du journal Le monde qui taxait le film d'antisémite en raison de ce choix de montage. Le réalisateur enchaîne à la fin de son film un plan montrant la cellule de prison dans laquelle a croupi Hannah pendant vingt ans à un plan  se situant dans l'appartement luxueux d'une rescapée juive des camps de la mort en plein Manhattan. Le monde a considéré que ce montage signifiait clairement l'antisémitisme du metteur en scène, ce dernier s'apitoyant (selon le journal) sur le sort du personnage de Hannah dans un plan, et dans le suivant soulignant la vie somptueuse et la richesse de la rescapée juive. Tout d'abord, il faut rappeler que le film fut produit par Sydney Pollack, producteur et réalisateur d'origine juive. On peut légitimement douter que le monsieur ait voulu se lancer dans une entreprise antisémite. Par ailleurs, la mère de la rescapée fut elle aussi enfermée dans un camp de concentration et écrit un livre dans lequel elle relatait son expérience traumatisante. L'ouvrage fut à l'origine du  déclenchement du procès de Hannah et des autres gardiennes et devint un best seller. Il est donc normal que la famille de l'auteur soit devenue aisée. Nul antisémitisme ici. Enfin, le réalisateur, par l'enchaînement de ces deux plans, tient avant tout à souligner la douleur qui lie à jamais victimes et responsables de l'Holocauste (à des degrés divers bien entendu).

 

 

L'on regrettera simplement (comme dans tous les films de Stephen Daldry), le manque d'émotions que permettait un tel sujet, notamment dans la première partie du film (la seconde partie en est dénuée, en totale logique avec le propos). En effet, l'idylle entre Hannah et Michael renfermait un immense potentiel émotionnel que le réalisateur effleure à plusieurs reprises sans toutefois parvenir à le laisser éclater.

 

Au final, The reader constitue un film extrêmement riche thématiquement et laissant une nouvelle fois éclater l'extraordinaire talent de Kate Winslet, justement récompensée par un Oscar pour son interpétation. Soulignons également la prestation de Ralph Fiennes, interprétant Michael à l'âge adulte, tout en retenue et discrétion. Une oeuvre réussie donc, qui interpelle bien au-delà de la projection.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Hattori Hanzo - dans Les films
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les visionnages de Hattori Hanzo
  • Les visionnages de Hattori Hanzo
  • : "Lorsqu'il pénètre votre sang, il devient vite l'hormone numéro un; il supplante les enzymes; commande la glande pinéale, joue avec votre psyché. Comme avec l'héroïne, le seul antidote au cinéma est... le cinéma." Frank Capra
  • Contact

Blogs et sites à visiter

 

 

 

  

 

 

 

 

Recherche

blog à part, recherche blogs

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Les Archives

Pages