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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 11:21

Sortir d’une salle de cinéma en n’étant plus tout à fait le même que lorsque l’on y est entré : telle est la gageure insensée que parvient à relever avec une force phénoménale et une intelligence rare le dernier film de Peter Jackson, The lovely bones. Qu’une œuvre de fiction parvienne à susciter le questionnement ou l’émotion est une chose, qu’elle réussisse à imprégner la chair, l’esprit et le cœur du spectateur avec autant de grâce et par le biais d’outils purement cinématographiques en est une autre. En racontant l’histoire d’une adolescente de 14 ans assassinée par son voisin, et errant dans un entre-deux mondes duquel elle observe sa famille, son meurtrier, son entourage, ainsi que l’évolution de l’enquête, Peter Jackson développe un propos renversant totalement le point de vue communément admis sur la mort en en retirant paradoxalement un optimisme salvateur, une force vitale, et une profonde envie de vivre (la dernière réplique du film est à ce titre plus que significative et pourrait résumer à elle seule tout le métrage).
S’éloignant des superproductions dans lesquelles il s’est illustré plus que brillamment ces dernières années (la trilogie du Seigneur des anneaux, King Kong), Peter Jackson revient à un film non pas moins intimiste (toutes ses œuvres le sont), mais plus modeste en termes de moyens, se rapprochant ainsi de l’inoubliable Créatures célestes, notamment d’un point de vue visuel. En effet, la description de l’univers dans lequel erre la jeune Susie fait écho au monde imaginaire que se forgeaient les deux héroïnes dans le premier chef d’œuvre de Jackson. Mais là où The lovely bones se démarque, c’est dans la remise en perspective de la mort, encore une fois d’une force ahurissante, et de son acception comme élément constitutif de la vie ne devant être considéré que comme une étape certes irrémédiable et douloureuse, mais jamais aliénante. A ce titre, la signification du titre (« jolie ossature») se verra révélée dans les cinq dernières minutes du film, et achèvera de faire prendre conscience de la véritable place qui devrait être accordée à la mort. Cette prise de conscience, loin de se faire sans heurts, passera inévitablement par un torrent de larmes chez le spectateur durant les quinze dernières minutes du métrage, larmes de tristesse se transformant petit à petit en larmes d’allégresse. Impossible de résister à l’émotion nous submergeant alors, tant d’acuité et de pertinence dans le propos, rapportées par le biais d’une mise en scène à la force d’évocation immédiate, ne pouvant laisser insensible le plus blasé des spectateurs.
Par ailleurs, Jackson livre l’une des scènes de suspense les plus stressantes que l’on ait vues depuis longtemps, mettant en scène le meurtrier et la sœur de la victime infiltrée chez lui, sans aucun dialogue, et par la seule force de la mise en scène, du montage et des sons. Hitchcockienne à souhait, cette séquence demeure sans conteste comme l’une des plus brillantes de son auteur, tous films confondus. Impossible enfin de ne pas souligner l’extraordinaire prestation de la jeune Saoirse Ronan (Reviens-moi) et de Stanley Tucci (Le terminal), terrifiant dans le rôle du serial killer.
Que l’on croit ou non aux miracles, il est bon de constater qu’au cinéma en tout cas ils existent. Rares, l’un d’entre eux est actuellement sur les écrans. Passer à côté serait une grave erreur.

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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