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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 12:36

http://s.excessif.com/mmdia/i/80/7/affiche-de-somewhere-de-sofia-coppola-4724807lzjdw.jpg?v=1So lonely.

 

Dans une scène de Somewhere, le personnage interprété par Stephen Dorff affronte sa fille lors d'une partie de Guitar hero, sur la célèbre chanson du groupe The Police, So lonely. Ce titre aurait très bien pu être celui du quatrième film de Sofia Coppola qui, après Virgin suicides, Lost in translation et Marie-Antoinette, poursuit l'exploration de son obsessionnelle thématique: la solitude. Car ce qui relie tous les personnages de la réalisatrice, c'est cette solitude qui les enveloppe, les fait souffrir, les condamne à l'errance. Qu'elle découle de l'adolescence, soit consécutive au déracinement géographique ou naisse d'un destin non choisi, les êtres qui peuplaient les trois premiers films de Sofia Coppola ont tous en commun un profond mal de vivre découlant d'un sentiment de solitude.

 

En dépeignant la vie d'un acteur, star de cinéma en villégiature à l'hôtel Château Marmont de Los Angeles, et en le confrontant à sa fille de 12 ans (Elle Fanning, soeur de Dakota), la réalisatrice creuse encore un peu plus son propos, en l'amenant vers la plus dépouillée des épures. L'on pourrait presque rapprocher Somewhere, dans son rythme lancinant et son souci de vérité flirtant avec le surréalisme, du film le moins accessible de Patrice Leconte, Le parfum d'Yvonne.

 

http://3.bp.blogspot.com/_pu3_nnKzbyI/TOb137P7oNI/AAAAAAAAAzU/Bx5Y8O5fDLo/s1600/somewhere_sofia_coppola_2010_11.jpg

 

Somewhere. Quelque part. Car Johnny Marco (Stephen Dorff) est toujours quelque part, et donc jamais nulle part. Mais parce que cette histoire touche potentiellement des millions d'êtres sur la planète. La solitude les (nous) relie, par la plus paradoxale des ironies. Johnny court le globe, regarde des strip-teaseuses, couche avec tout ce qui bouge, prend l'hélico, est adulé par le public, mais reste profondément isolé, seul à mourir. Sa fille le rejoint pour une courte période, ils se baignent dans une piscine, mangent des glaces à minuit, vont ensemble en Italie, mais sont profondément incapables de se lier. L'un comme l'autre sont seuls, et ne restent reliés qu'à eux-mêmes.

 

http://le75020.fr/wp-content/uploads/2011/01/somewhere_coppola.jpg

 

http://media.theiapolis.com/aR/cDCDCDC/d8/e4/hM8/i7LR/r1/s1/t4/wG4/z23/elle-fanning-in-somewhere-2010.jpg

 

Certains reprochent à Sofia Coppola de s'intéresser à un milieu qu'elle connait bien, celui du star system, laissant ainsi le spectateur lambda sur le carreau. Outre l'idiotie de cet argument (autant reprocher à Scorsese de dépendre les milieux italo-américains), le choix de la réalisatrice permet au contraire de toucher à l'universel, car en tapant au sommet de la pyramide sociale, par définition, elle n'épargne personne. Par ailleurs, la mise en scène de Somewhere peut d'un premier abord surprendre par son apparente simplicité. Il n'en est pourtant rien, les cadres de Sofia Coppola étant tous extrêmement travaillés, sans jouer sur le terrain de la vaine esbrouffe visuelle qui pouvait parfois entamer la réussite artistique de Virgin suicides. Pour exemple, ce plan apparemment anodin dans lequel le personnage incarné par Stephen Dorff se prélasse sur un matelas pneumatique au milieu d'une piscine, et qui, peu à peu, doucement, quitte le cadre, emporté par le mouvement de l'eau hors des limites de l'écran. L'isolement des personnages, telle est la gageure visuelle de Somewhere.

 

http://cdn.fd.uproxx.com/wp-content/uploads/2010/06/Stephen-Dorff-Somewhere.jpg

 

Sofia Coppola ne filme pas le rien, mais s'intéresse au contraire au tout de la solitude. L'action est ainsi absente, et nulle fulgurance visuelle ne sera à rechercher dans Somewhere.On se situe sur le terrain du ressenti et de l'empathie pour un sentiment qui peut tous nous consumer. L'on pourra cependant reprocher à Coppola une émotion pas toujours atteinte (certaines scènes s'y prêtaient pourtant), témoignant d'une incapacité à toucher son public en plein coeur. Mais le parti-pris de la réalisatrice de faire corps avec sa thématique laissera des traces bien après la projection pour quiconque acceptera d'épouser visuellement le sentiment de solitude.

 

S omewhere s'ouvre et se clôt sur une route. La première est circulaire, la seconde en ligne droite. D'une prison de solitude, le héros accédera à la libération. Entre les deux, un constat: personne n'est jamais seul. Et donc tout le monde l'est.

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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commentaires

catmarie 13/01/2011 21:58



merci de votre réponse! Voilà c'est exactement ça. A noter aussi que chez Sofia Coppola le choix musical pour les BO participe énormément à faire passer ces émotions dont on parle.


 


 



Hattori Hanzo 13/01/2011 22:08



Oui ses choix musicaux sont un véritable amplificateur émotionnel des situations qu'elle met en scène. 



catmarie 11/01/2011 19:23



bravo pour cet article sur Somewhere que j'ai vu et aimé. Je retrouve dans votre analyse exactement ce que j'ai ressenti en sortant de la salle. Ce talent de Soffia Coppola pour filmer ce qui est
difficile à traduire sur gand écran, la solitude, le vide affectif, l'impression de ne pas savoir pourquoi, pour qui on vit. Mais quand on laisse vivre sa sensibilité en soi, on ne peut qu'aimer
les films de Sofia Coppola car on ne regarde pas, on ressent ce qu'elle veut nous faire passer. Cela m'avait déjà fait cela avec Lost in Translation, j'ai été émue de le retrouver dans Somewhere.



Hattori Hanzo 11/01/2011 19:26



Bonsoir catmarie, en effet, c'est exactement ça: filmer l'indicible, l'invisible, le vide. Faire ressentir des émotions par le seul biais de la mise en scène. Et ainsi toucher ce qui nous
constitue.


Content que mon article t'ait plu en tout cas.



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