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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 12:35
Une persistante querelle de clocher oppose traditionnellement les défenseurs du cinéma de Howard Hawks aux partisans du cinéma de John Ford. Les arguments des premiers tendent à dire en substance que le cinéma de Ford est manichéen, vieillot, plat dans sa mise en scène et vestige d'un classicisme désuet et suranné. Les seconds mettent en avant l'aspect léger et purement divertissant du cinéma de Hawks. On peut, bien entendu, apprécier les films des deux cinéastes pour des raisons différentes et complémentaires.
Davantage attaché aux oeuvres de Ford par la force émotionnelle, la puissance dramaturgique qu'elles dégagent et la précision de leur mise en scène (tout en admirant par ailleurs le cinéma de Hawks), j'ai découvert avec Qu'elle était verte ma vallée l'un des plus beaux films de son metteur en scène.
Se rattachant dans son propos aux Raisins de la Colère (Ford, 1940), le film dépeint la vie d'une communauté minière dans un petit village du Pays de Galles, qui se verra progressivement confrontée à la baisse des salaires, au chômage, à la misère. Mettant dos à dos les notions d'intérêt individuel et d'intérêt général, Ford dresse un constat d'une grande justesse sur la conscience morale d'individus confrontés à des problèmes sociaux, les obligeant à remettre en question leurs convictions et leurs traditions morales (le personnage du père constitue à ce titre le paradigme de cette remise en question).
Par ailleurs, Ford parvient à faire naître une émotion dépourvue de tout misérabilisme au détour de plusieurs scènes, faisant entrer en jeu la nostalgie, la mélancolie, la survivance du passé et la puissance des rapports humains. Les acteurs, d'une justesse implacable, confèrent à ce titre à leurs personnages une émotion toujours sous-jacente, prête à jaillir d'un instant à l'autre.  Le personnage de Mrs Morgan interprété par la bouleversante Sara Allgood est ainsi l'un des plus beaux rôles de femme du cinéma fordien (les personnages féminins chez Ford sont par ailleurs parmi les plus beaux du cinéma).
Qu'elle était verte ma vallée est donc un film à (re)découvrir d'urgence. Une oeuvre d'une puissance phénoménale, tragique, en même temps qu'une réflexion sur l'inévitable corruption de la cellule familiale par le monde extérieur.

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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