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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 13:26

Il m'est arrivé dans ma vie de cinéphile d'être secoué, choqué, travaillé au corps par certains films. Ainsi, je suis sorti fébrile de la salle cannoise qui projetait Irréversible (Gaspar Noé - 2001). La première vision de Se7en (David Fincher - 1995), m'a également laissé totalement hagard. Old boy (Park Chan-Wook - 2003), a lui aussi provoqué sur moi un réel impact physique.

Martyrs se situe sans nul doute au sommet de cette pyramide, moins par la dureté des scènes qui s'y déroulent que par le traumatisme psychologique que le film suscite, et qui ne cesse de croître avec le temps (plus de 2 ans après sa découverte, j'y pense encore).

Après un Saint-Ange de très bonne facture, Pascal Laugier revenait donc sur les écrans avec Martyrs, film qui se sera fait attendre comme l'Arlésienne depuis l'annonce de sa sortie. En effet, initialement grevé d'une interdiction aux moins de 18 ans, le film se sera finalement vu accorder une interdiction aux moins de 16 ans après plusieurs passages devant la Commission de Classification des Films.

Le film de Laugier débute par une scène coup de poing, dans laquelle l'une des deux héroïnes, Lucie, interprétée par une Mylène Jampanoï habitée par son rôle, vient se venger de la famille qu'elle considère coupable de l'avoir séquestrée et torturée des années plus tôt. Cette séquence, d'une efficacité redoutable, fait voler en éclat  l'image de la famille modèle dans un déluge de violence frontale. Martyrs débute donc comme un revenge movie, mais va peu à peu s'enfoncer dans un propos sombre, terrifiant, nihiliste, sur le monde actuel et la manière d'en supporter le cours.

En effett, Laugier propose une vision de la vie et de la mort rarement admise dans nos quotidiens, en tout état de cause rarement exploitée au cinéma. Afin de développer son propos, le metteur en scène utilisera une violence physique et psychologique terrifiante, de celles qui vous travaillent littéralement le corps et l'esprit. Ainsi, le personnage de Anna (formidable Morjana Alaoui) se verra torturée par une secte dont la motivation sera révélée en fin de métrage, et qui trouvera une réponse que chaque spectateur pourra interpréter à sa manière (même si la logique du film, ainsi que les différentes interviews du metteur en scène, en dessinent clairement les contours).

Par ailleurs, Martyrs constitue également une histoire d'amour très touchante entre les personnages de Lucie et d'Anna. A ce titre, la réplique d'Anna, un simple "tu me manques", résonne aujourd'hui encore en moi et constitue un moment extrêmement poignant, celui d'un être seul, blessé, apeuré, s'adressant à la personne qu'elle aime le plus au monde mais qui ne peut l'aider.

Soulignons également l'aspect visuel extrêmement clinique que Laugier confère à son film, le metteur en scène ayant en effet souhaité une photographie très claire, des décors blancs, froids, qui rappellent le Dario Argento de Ténèbres. Ce parti-pris visuel contribue à donner au film un aspect extrêmement dur, brut, duquel on ne peut s'échapper.

Martyrs n'est assurément pas un film à mettre devant tous les yeux, sa radicalité et son parti-pris visuel étant réellement traumatisants. Mais il constitue une oeuvre d'une singularité totale, d'une pleine cohérence, et qui a le mérite de faire réfléchir bien longtemps après sa découverte.

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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commentaires

Black Mamba 26/07/2011 22:39



Je prend note, merci.


Apparement les pages de ce blog ne sont pas toutes déstinées à des films qui t'ont plu, je pensais te donner toute ma confiance et piocher dans la liste... Je vais devoir me méfier
malheureusement.


PS: Désolé d'avoir salement écorcher ton nom... Maitre   :)



Hattori Hanzo 27/07/2011 07:49



Effectivement, mes critiques portent tout autant sur des films qui m'ont plus que l'inverse. Une critique n'est pas forcément positive ;-)



Black Mamba 26/07/2011 17:34



Analyse parfaite selon moi, ce film est vraiment une perle rare dans ce genre (dites-moi si vous en avez d'autres, j'ai peut-ètre pas vu...)


Hatori Enzo, je suis d'orénavant abonné a ton blog



Hattori Hanzo 26/07/2011 17:48



Merci de t'être abonné ;-)


Un autre film bien secouant: Irréversible, de Gaspard Noé !



Nini 25/04/2010 13:27



Ah bon ? Alors tu penses que je dois pas le voir ? Dis moi!



Hattori Hanzo 25/04/2010 13:53



Je pense que tu serais traumatisée.



David T 23/04/2010 14:23



Incroyable ce film. Je ne suis pas trop client du genre, mais celui-là va justement tellement au-delà du genre, il est fascinant.



Hattori Hanzo 23/04/2010 16:26



Une véritable expérience cinématographique !



Sekateur 19/04/2010 21:24



J'ai adoré ce film, une vraie claque cinématographique. Je regrette quand même qu'il exploite - même intelligemment - les codes déjà familiers de Saw et Hostel...



Hattori Hanzo 20/04/2010 08:08



Par rapport à Saw je ne vois pas de point commun...S'agissant de Hostel, la torture est commune aux deux films certes, mais la motivation n'a rien de commun. Et en matière de films de genre, il
est clair que les codes reviennent obligatoirement de film en film, tout est dans la manière d'exploiter ces codes et dans le but que l'on cherche en les utilisant.



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