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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 09:00

Ayant regardé un nombre incalculable de fois Les galettes de Pont-Aven, chef d'oeuvre de grivoiserie, de polissonnerie et véritable ôde épicurienne avec un Jean-Pierre Marielle d'anthologie, j'ai enfin pu découvrir le premier film de Joël Seria, Mais ne nous délivrez pas du mal, avec Catherine Wagener et surtout la délicieuse, la succulente, l'indispensable Jeanne Goupil (Les galettes de Pont-Aven (1975), Paradis pour tous (1982).

Le film raconte l'histoire de deux jeunes adolescentes (Anna et Lore), issues de la noblesse provinciale, élevées dans un pensionnat religieux, et qui vouent un véritable culte à Satan, s'employant quotidiennement à faire le mal autour d'elles. L'opiniatreté et la dévotion dont elles font preuve afin de multiplier les actes les plus vils n'ont d'égale que l'empoisonnement des esprits dont elles sont les victimes de la part de l'Eglise et de ses innombrables culs-bénis.

Anti-clérical, le film l'est assurément. Et c'est un plaisir de chaque instant que de voir dénoncées l'hypocrisie et le mensonge dont font preuve les nombreux hommes et femmes d'Eglise qui parsèment le film (comme cette scène diablement sulfureuse de deux bonnes soeurs s'embrassant en cachette et épiées par le trou de la serrure par l'une de nos héroïnes, ou encore la séquence dans laquelle Anna chauffe littéralement le curé par le caractère érotique de ses confessions). Par ailleurs, Seria inaugure son film par une séquence d'une vraie beauté, dans laquelle une religieuse se déshabille derrière un voile avant d'aller se coucher, toujours sous les yeux d'Anna. La séquence, d'une réelle sensualité (l'on distingue à travers le voile l'ombre des formes de la nonne), s'avère à la fois belle et délicieusement transgressive, pas uniquement par l'image elle-même, mais aussi par le fait que la scène soit vue à travers les yeux d'une jeune adolescente.

La motivation d'Anna et Lore provient non seulement du conditionnement moral dont elles sont l'objet au sein du pensionnat, mais également de leur environnement familial. En effet, filles de notables et vivant dans le luxe le plus extrême (les parents d'Anna vivent dans un château), les deux adolescentes agissent en réaction à ce cadre strict, coincé, qui ne leur correspond absolument pas. Ainsi, elles se comporteront comme de véritables allumeuses, aguichant ici un jardinier, là un homme en panne d'essence, et mettront tout en oeuvre pour user de leurs charmes afin de faire naître le désir chez leurs victimes, pour l'éteindre aussitôt. A ce titre, impossible de ne pas relever cette scène incroyable dans laquelle Lore drague lascivement un paysan, jusqu'à ce que celui-ci lui saute dessus et tente de la violer. Cette scène (comme certaines autres) a provoqué les cris d'orfraie de la censure de l'époque, avec laquelle le film a eu fort à faire. Inutile de dire qu'aujourd'hui, une telle scène, incluant des enfants aguichant langoureusement des adultes, avec cuisses et seins dénudés, serait purement et simplement interdite.

 

Le film, en-dehors de son caractère délicieusement subversif, est également une très touchante histoire d'amitié entre deux êtres unis envers et contre tout. Leur désir de ne pas être séparés l'emporte sur tout le reste, et le film rappelle à cet égard Créatures Célestes de Peter Jackson.  En effet, Anna et Lore se sont créés un monde, un culte (voir la très belle scène de messe noire sur un étang), un objectif, et le reste n'existe pas.

Se voyant finalement menacées dans leur liberté par un enquêteur suite à une mauvaise farce qui a mal tourné, les deux adolescentes préfèreront s'en aller ensemble, dans une scène finale extrêmement violente, surprenante, et terriblement triste.

Mais ne nous délivrez pas du mal s'avère donc un véritable ovni dans le paysage cinématographique français, une oeuvre sulfureuse, transgressive, subversive, dérangeante, fascinante, et qui témoigne d'un style et d'un univers uniques et singuliers, celui d'un metteur en scène absolument essentiel.

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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