Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 08:55

Le nouveau film de Guillaume Canet s'ouvre sur un brillant plan-séquence (même si l'on devine une supercherie le découpant en deux parties distinctes, à la manière du plan-séquence inaugurant Snake eyes), suivant le personnage incarné par l'excellent Jean Dujardin depuis l'intérieur d'une discothèque jusqu'à sa sortie de l'établissement, enfourchant son scooter et roulant dans les rues désertes de Paris au petit matin. L'on devine assez rapidement l'issue de la scène, mais le procédé du plan-séquence est utilisé très intelligemment par le metteur en scène, soulignant qu'une vie peut basculer en une fraction de seconde.

 

Ce sera malheureusement la meilleure scène du film.

 

Les petits mouchoirs s'intéresse à un groupe d'amis partant en vacances sur la côte atlantique, alors que l'un d'entre eux est sur son lit d'hôpital à Paris, entre la vie et la mort. S'interrogeant 2 minutes sur le fait de partir tout de même ou de rester près de leur compagnon, le groupe, pour se donner bonne conscience, prend la décision de revenir plus tôt que prévu de ses vacances estivales, mais de partir quand même. Ce postulat de départ met d'emblée le film par terre, puisque les personnages nous sont présentés comme une grosse bande d'égoïstes. Procédé inexcusable pour un réalisateur, puisque toute implication dans une histoire nécessite un attachement envers les personnages. Il est ici totalement absent.

 

 

Par ailleurs, Canet aligne des scènes où l'on sourit (parfois, car l'antipathie envers les personnages ne donne pas envie de rire) et on l'on s'ennuie (souvent), le tout lié par une musique insupportable non par le choix des morceaux (tous très bons), mais par l'emploi qu'en fait le metteur en scène. En effet, la musique du film sert tantôt de remplissage (une voiture roule, on envoie de la musique, ça fait une scène), tantôt de procédé lacrymal insupportable. N'est pas Wenders ou Douglas Sirk qui veut, et Guillaume Canet déçoit énormément en ayant recours à des procédés aussi faciles et racoleurs. La pudeur et la finesse sont apparemment bien loin de ses préoccupations.

 

 

Et du procédé facile et vulgaire, le film nous en promet encore, le point d'orgue du racolage se situant en fin de métrage, dans la scène de l'église. Séquence insupportable par sa propension à vouloir à tout prix tirer les larmes du spectateur, elle voit défiler à l'écran un à un les personnages du film, tous pleurant comme des madeleines, y compris dans la scène qui lui fait directement suite, et dans laquelle Canet filme en gros plans les pleurs de chacun de ses protagonistes. Le metteur en scène n'oublie d'ailleurs pas de filmer Marion Cotillard de profil afin que le spectateur distingue bien la goutte qui lui coule du nez. Qu'un metteur en scène de la qualité de Guillaume Canet puisse s'abaisser à de tels procédés est totalement lamentable, et le racolage lacrymal misérable.

 

 

Par ailleurs, le film avance doucement mais sûrement vers une leçon moralisatrice des plus pitoyables: aime ton prochain, ne sois pas égoïste (c'est mal), ne mens pas aux autres, ne te mens pas à toi-même, etc...Le prêche religieux n'est pas loin, et la fin des Petits mouchoirs ferait passer le plus moralisateur des films de Walt Disney pour un modèle de subversion. Qu'est-il donc arrivé à Guillaume Canet ? Après un bon Mon idole et un très bon Ne le dis à personne, comment a-t-il pu se vautrer et se complaire de la sorte dans des procédés si malhonnêtes et des leçons de morale si indigestes ?

Restent les acteurs, pour la plupart très bons (Cluzet confirme qu'il est le meilleur acteur français en activité, et Dujardin, dans ses rares scènes, irradie tout le film de sa présence), certaines scènes où l'on rit (le hord-bord, le face-à-face Cluzet/Magimel dans le restaurant), et une scène d'ouverture remarquable.

 

Le reste est nauséabond, vulgaire, racoleur, et ne rend pas hommage au talent évident de Guillaume Canet. L'exception qui confirme la régle ? Espérons-le.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Hattori Hanzo - dans Les films
commenter cet article

commentaires

Cinémartie 09/03/2011 17:09



En fait, Guillaume Canet a pensé que si un accident lui arrivait, il aimerait bien avoir tous ses amis réunis autour de lui et voir une goutte couler du nez de Marion Cotillard.


Mais, le pire dans le film, c'est que G. Canet ne nous laisse pas penser que le personnage joué par Jean Dujardin aurait agi différemment des autres si l'accident était arrivé à un de ses
copains.



Sacha 16/02/2011 15:48



J'ai bien aimé ta critique et je partage ton avis. J'aurai aimé que tu t'attardes sur le regard que porte Canet sur ses personnages. Personnellement, ça me perturbe. Pourquoi ce besoin de les
rendre à ce point haïssables (avec la complicité de ses acteurs)? Est-ce voulu? Est-ce par je m'en foutisme et mépris pour le spectateur? Parce que je me suis sentie méprisée en regardant ce
film. Je me demande si il ne s'agit pas un peu des deux : une haine et un mépris très, très profond pour les personnages et les spectateurs. En tout cas, il vaut mieux qu'il y
ait par derrière une prise de position intellectuelle, même masquée et négative, sinon c'est catastrophique...


Quoi qu'il en soit, je serais partie dès les premières minutes du film si j'étais allée au ciné seule et de mon plein gré (la bande-annonce et le titre avaient suffi à m'en détourner). D'autant
que, après la scène de l'hôpital et vu que les personnages décident que : "Bon, allez, on part en vacances quand même, hein?", la fin devient parfaitement et douloureusement
prévisible. Et il reste encore au moins deux heures de film... J'aurais donné beaucoup pour filer après les vingt premières minutes... Heureusement qu'il y a quelques bouteilles à la mer
:quelques rares répliques, la scène des fouines (tout casser ça défoule), et surtout, surtout, Dujardin qui se détourne de l'autre chieur venu lui rendre visite pour mieux
pouvoir pleurer sur lui-même... Je l'aurai embrassé.


Inutile (ou presque, parce que ça aussi ça défoule) de préciser que j'ai vomi la fin. Je reprends ton terme : "impudique"... Il n'y a rien que je déteste plus qu'un film qui nous
annonce qu'il va nous faire pleurer et qui s'y emploie de toutes les façons les moins subtiles possibles.  Et va-s'y que Cotillard explique au cercueil qu'elle va avoir un enfant et qu'elle
l'aime et que cet enfant promis juré elle l'élèvera en pensant à lui... Et va-s'y qu'on se tombe dans les bras parce qu'on a compris que se disputer entre amis c'est pas bien et qu'on était de
sales égoïstes et que c'est sûr on recommencera pas on a compris la leçon... Rien de mieux qu'un enterrement pour se réconcilier, au moins pendant la cérémonie et sous le coup de sa propre
émotion. J'arrête, je deviens méchante.


Mais, franchement, je me demande parfois si Canet n'a pas fait le film le plus parfait qui soit sur l'égoïsme : égoïsme des personnages, du monde du cinéma où acteurs et réalisateurs tournent des
films pour se payer leurs vacances et égoïsme des spectateurs qui viennent assister aux malheurs et déboires de quelques personnages pour mieux pouvoir pleurer sur eux-mêmes... Comme le font les
personnages, tiens.


Allez, cette fois j'arrête d'envahir ton blog, mais ça faisait un moment que je voulais partager mon avis avec quelqu'un qui ne déclarerait pas "insensible", sous prétexte que je ne pleurais pas
comme une madeleine en sortant de la salle...


 



Hattori Hanzo 16/02/2011 16:05



Ouh ben ça me fait plaisir à moi aussi tout ce que tu dis, je me sens moins seul ;-)


Par rapport aux personnages égoistes, je pense que Canet les décris ainsi pour susciter chez le spectateur un sentiment d'identification (genre "on aurait agi pareil"). Sauf que non, pas
forcément. De toutes façons, même si tel était son souhait, scénaristiquement et émotionnellement, c'est du suicide artistique.


Merci en tout cas de ce long et très intéressant commentaire, et n'hésite pas à "envahir" mon blog de cette façon, car franchement, une telle invasion, c'est vraiment du plaisir.


Encore merci !



Stephan 28/12/2010 14:06


L'aurait-elle détesté si elle n'avait pas lu ta "critique"??


Hattori Hanzo 28/12/2010 14:16



Oui.



Lyly 01/12/2010 00:59



C'est agaçant de constater que tu ne veux pas comprendre ce que je dis.


Je ne te parle pas du fond mais de la forme. De la FORME. Pas du fond. J'espère être assez claire. J'ai pour exemple la jeune fille qui souhaitait aller voir les petits mouchoirs et que tu fais
douter pour la peine.


Dommage.


Ca ne sert à rien de me répéter qu'un avis n'engage que celui qui l'écrit, je ne suis pas stupide. Il y a des façons de faire, c'est tout. Ta critique n'est pas impersonnelle puisqu'elle
t'appartient, ta façon de l'écrire en revanche l'est. Et le lecteur ne s'occupe pas de la personne qui dit la critique mais de ce qui est écrit.


Ex : "Ce film est d'un ennui abyssal". C'est un style impersonnel et le style impresonnel est voué à affirmer quelque chose de façon générale. Le français est construit comme ça, je ne l'ai pas
inventé.


Que les gens soient ou non d'accord avec toi ne change rien.


Bref, je renonce, on est dans un dialgoue de sourds qui par ailleurs a trop peu d'intérêt pour moi. Il n'y a pas matière à batailler.


Sincèrement, bonne continuation.



Hattori Hanzo 01/12/2010 08:25



Il est inutile d'utiliser ce ton désobligeant avec moi, je comprends parfaitement ce que tu veux dire à propos de la forme. Je te rappelle pour mémoire (à professeur, professeur et demi), que la
forme d'une critique n'a pas à dire sans arrêt "je", car, encore une fois, c'est toujours sous-entendu. Tu aimerais peut etre plus de "je pense que" "à mon avis", etc, mais tu n'en trouveras pas
ici. Et effectivement, le lecteur s'occupe de ce qui est écrit, pas de la personne qui écrit. En revanche, tu dis que ma façon d'écrire une critique est impersonnelle, mais encore une fois c'est
tout l'inverse. Les "je" que tu affectionnes tant ne servent strictement à rien dans une critique. Pour preuve: prends n'importe quel magazine de cinéma, même les plus réputés, et l'emploi du "je
pense que", "à mon avis", etc, n'ont jamais lieu. Et pour cause: ce serait totalement inutile et redondant. Mais tu as bien entendu le droit de préférer ce type de critique que les autres.


Pour l'anecdote, la jeune fille dont tu parles est allé voir Les petits mouchoirs. Elle l'a détesté.



Lyly 28/11/2010 17:09



Je n'ai pas dit que tu ne donnais pas ton avis ou que tu étais langue de bois.


>> "


Y a pas assez de "Selon moi...", de "Je pense...", "J'aimerais que...". Tu imposes ton avis de façon impersonnelle comme si c'était une
vérité universelle, à tel point que les gens ont des a priori parfois erroné sur ce qu'ils vont tirer personnellement du film.


Et je trouve cette façon de faire remarquablement bidon."


A la limite c'est tout ce que tu dois retenir de ce que j'ai dit.


Par ailleurs, je respecte ton avis, la seule chose qui me dérange c'est ta façon de le donner.


Bien à toi.



Hattori Hanzo 28/11/2010 18:33



Oui j'ai bien compris Lyly, tu as le droit de trouver ça bidon, pas de problème (même si je ne comprends pas ce terme en l'espèce). Je viens de recevoir un mail sur Potiche (que j'ai détesté), et
la personne partage mon avis. Elle a lu mon article, est allé voir le film, et à été également déçue. Tout ça pour dire qu'il faut toujours aller voir les films que l'on a envie, même si telle ou
telle critique ne l'aime pas. 


Je n'impose pas mon avis, je le donne.


Ce n'est pas de façon impersonnelle, puisque c'est moi qui l'écrit.


"Comme si c'était une vérité universelle": bien sur que non, puisqu'encore une fois, une critique n'engage que celui qui l'écrit.


Les gens ont des a priori parfois erronés: la vision du film, si ce dernier leur plait, brisera ces a priori.


Je ne trouve pas tes arguments fondés, mais les respecte volontiers ;-)



Présentation

  • : Les visionnages de Hattori Hanzo
  • Les visionnages de Hattori Hanzo
  • : "Lorsqu'il pénètre votre sang, il devient vite l'hormone numéro un; il supplante les enzymes; commande la glande pinéale, joue avec votre psyché. Comme avec l'héroïne, le seul antidote au cinéma est... le cinéma." Frank Capra
  • Contact

Blogs et sites à visiter

 

 

 

  

 

 

 

 

Recherche

blog à part, recherche blogs

Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

Les Archives

Pages