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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 10:30

 

Tournant plus vite que son ombre, Clint Eastwood revenait derrière la caméra après le très réussi Gran Torino pour porter à l’écran une adaptation du livre de John Carlin, Playing the enemy, relatant l’exploit réalisé par l’équipe de rugby sud-africaine des Springboks lors de la Coupe du Monde de 1995. Nelson Mandela, alors fraîchement élu à la tête du pays, misa le rétablissement de la solidarité et de l’unité nationale sur cet événement sportif.

 

 

 

Loin de constituer un échec total, Invictus (du nom du poème ayant permis à Mandela de survivre en prison) souffre cependant de nombreux défauts le plaçant parmi les œuvres les plus faibles de son réalisateur. En effet, Clint Eastwood applique à son film un académisme édifiant et aligne ses scènes avec le soin du parfait petit écolier.

Les séquences se succèdent ainsi les unes derrières les autres, sans générer d’ennui certes, mais sont dépourvues de tout relief, cette platitude se ressentant jusque dans la mise en scène, conventionnelle, fade, inexpressive. L’on comprend bien le parti-pris du metteur en scène de vouloir coller aux faits et de retranscrire l’exactitude des évènements, mais une telle note d’intention n’excuse en rien une mise en scène dépourvue de toute personnalité et surtout de tout point de vue.

 

 

Par ailleurs, certaines ellipses employées par Eastwood desservent totalement le récit. Ainsi, l’entraînement des Springboks est expédié en deux temps trois mouvements, et l’équipe se retrouve en finale sans que le spectateur n’ait été impliqué de quelque manière que ce soit dans la progression ainsi effectuée par les joueurs, le réalisateur délaissant tout enjeu dramatique, nous laissant ainsi voir sans regarder, entendre sans écouter, en somme, attendre que quelque chose arrive, enfin. Ce sera chose faite à la fin du film, où l’émotion naîtra progressivement à mesure que les secondes séparant les Springboks de la victoire s’égrènent. Eastwood retrouve alors enfin une inspiration dans sa mise en scène, et nous fait pleinement ressentir la liesse d’un peuple fédéré le temps d’un match autour de son équipe.

Cependant, et malgré ses évidents défauts, Invictus se distingue par la clarté de sa narration et la compréhension des évènements relatés. En effet, le film se concentre exclusivement sur l’opiniâtreté avec laquelle Mandela se bat pour son idéal de réconciliation à travers le sport, et ne s’embarrasse pas d’intrigues connexes, qu’elles soient politiques ou individuelles. Par ailleurs, Morgan Freeman se fond dans le personnage de Mandela avec une (apparente) facilité qui force le respect. Matt Damon, quant à lui, tout en muscles et trapu comme un sanglier, rappelle qu’il est un acteur capable de tout jouer, ce que ses interprétations monolithiques de Jason Bourne (le rôle le voulait) avaient tendance à faire oublier.

Impossible enfin de ne pas souligner la sublime photographie du chef opérateur Tom Stern, compagnon de route de Eastwood depuis Mystic River. En effet, la pâleur des images donne à ces dernières un aspect délavé restituant à merveille la luminosité et la chaleur africaines. En définitive, c’est avec une impression plus que mitigée que l’on ressort du film. Ni bon, ni mauvais, le dernier Eastwood est juste moyen. Ce qui, au regard de la qualité de ses œuvres passées, place malheureusement Invictus tout au fond du panier.

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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