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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 08:00

"J'aime trop Gainsbourg pour le ramener au réel. Ce ne sont pas ses vérités qui m'intéressent, ce sont ses mensonges". Cette déclaration de Joann Sfar placée en exergue du générique de fin de Gainsbourg, vie héroïque, résume en quelques mots et a posteriori la note d'intention du réalisateur, ou comment dépeindre la vie un personnage sans avoir recours au biopic plat et insipide comme le cinéma nous en sert à longueur d'année.

 

En effet, le film de Sfar ne constitue en aucun cas une biographie, mais prend l'apparence d'un conte, ponctué d'éléments biographiques. Ce procédé permet ainsi de se rapprocher au plus près de l'essence du personnage de Gainsbourg, d'en saisir l'imaginaire foisonnant, de toucher du doigt son génie, en un mot, de s'enfoncer dans le terreau créatif de l'un des artistes les plus essentiels du siècle dernier.

Dès le très beau générique d'ouverture constitué d'images animées défilant au rythme de l'un des plus beaux morceaux de Gainsbourg (Valse de Melody), Joann Sfar place d'emblée son film sous le motif de l'imaginaire, figure de style qui marquera le métrage dans son entier. En effet, l'imagination de l'homme à la tête de chou se verra matérialisée ici sous la forme d'une caricature juive prenant vie sous les yeux du petit Lucien Ginsburg, là derrière les traits d'un double de l'artiste, alter-ego plus grand que nature constituant sa locomotive et son moteur, tantôt créateur, tantôt destructeur.

Cette idée de donner vie à une projection de l'esprit de son personnage titre permettra à Sfar de s'approcher de très près de ce qui peut constituer le génie d'un être. Le film maintient ainsi l'attention de bout en bout, le rythme n'étant jamais altéré grâce à ce jeu constant entre réel et imaginaire, et possède une cohésion remarquable dans sa propension à tenter de se rapprocher humblement de l'âme d'un génie créateur.

Par ailleurs, le metteur en scène parvient à faire ressortir toute la sensibilité de Gainsbourg, par petites touches discrètes et inattendues, comme cette scène dans laquelle l'artiste semble pleurer la mort de son chien, offert par Jane Birkin, alors qu'il pleure en réalité tout autre chose: la fin d'une époque, la douleur d'un amour perdu, un monde disparu.

Afin de donner vie à son conte, Joann Sfar pratique une mise en scène remarquable, très aérienne, voluptueuse, éthérée, ne laissant jamais la place (à juste titre) à un quelconque réalisme ne pouvant que tirer le film vers le bas, mais traduisant au contraire l'esprit créateur de Gainsbourg, son imagination sans limites, donnant ainsi à l'art toute la superbe formelle qu'il ne peut qu'arborer, celle d'une mise en scène écartant tout substrat identifiable et réaliste, et se plaçant à l'inverse sur le terrain de l'intangible.

Dans le rôle de Gainsbourg, l'incroyable Eric Elmosnino fait littéralement oublier qu'il est un acteur et se fond dans son personnage avec un réalisme édifiant. Loin de tout mimétisme (ce qui n'est pas le cas de Laetitia Casta, dont la caricature de Bardot frôle l'erreur de casting), l'acteur retranscrit son personnage avec intelligence, intonations de la voix et gestuelle à l'appui, tout en gardant la distance nécessaire pour ne jamais faire plonger son interprétation dans la surenchère et l'imitation crasse. Impossible également de ne pas souligner l'interprétation magistrale de Sara Forestier dont l'incarnation de France Gall restera dans les annales. Le reste de la distribution (Lucy Gordon, Kacey Mottet ou encore Mylène Jampanoï, notamment), ne démérite pas et brille par sa justesse d'incarnation de l'entourage de Gainsbourg.

Au final, cette vie héroïque d'un homme qui aura été un héros non seulement pour son entourage mais aussi pour le monde de l'art, constitue une oeuvre d'une grande intelligence, de celles qui, respectueuses de leur sujet et du personnage qu'elles dépeignent, gardent l'humilité qui s'impose pour toucher au plus près des êtres, en l'occurence un homme dont la puissance créatrice et le génie indémodable ont marqué à jamais l'histoire de la musique.

Initials S.G.

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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commentaires

Noemi 29/04/2010 12:32



J'adore, j'adore, j'adore! (Quand il s'agit de Serge, je n'ai pas de choses intelligentes a dire. ) Je n'ai pas vu le
film encore.



Hattori Hanzo 29/04/2010 12:53



Je ne peux que te le conseiller ! J'ai hâte d'avoir ton avis une fois que tu l'auras vu !



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