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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 13:12

Attention, ça fait mal.

Avec Frontière(s), Xavier Gens (metteur en scène de Hitman et du futur The divide) signait en 2007 un film secouant, interpellant, glaçant, effrayant, qui prouvait que le cinéma de genre à la française pouvait produire des oeuvres de qualité (loin de l'opprobre généralement jetée sur la production hexagonale en la matière, y compris sur Frontière(s).

Emotionnellement, c'est une véritable douche froide qui nous tombe dessus 1h50 durant. D'une violence extrêmement réaliste, le film illustre la rencontre entre une bande de jeunes de banlieue et une famille néo-nazie, dont on comprendra assez vite la propension pour le cannibalisme. Ou quand une violence (sociale) en rencontre une autre (raciste). Affirmer que le résultat de cette confrontation produit une véritable déflagration serait un euphémisme .

Et Gens de nous embarquer dans un voyage sans retour au pays de la barbarie, de la haine et de la violence, dans une succession de scènes toutes plus douloureuses les unes que les autres (on reste cependant bien loin du chef d'oeuvre de Pascal Laugier, Martyr(s) .

 

Ce qui frappe avant tout dans le film de Xavier Gens, c'est le jusqu'au-boutisme du réalisateur. Ainsi, jamais une scène ne s'arrête là où d'autres metteurs en scène l'auraient coupée. Au contraire, tout est poussé au paroxysme de la logique de ces malades mentaux dirigés par un "père" néo-nazi qui glace littéralement les sangs (excellent Jean-Pierre Jorris). Cette propension à pousser chaque scène au bout de sa mécanique lui confère un caractère mêlant réalisme et pur plaisir (non) coupable.

L'on pourrait penser que l'entreprise est vaine, et que la violence se déversant sur l'écran ne répond qu'à un étalage dont la gratuité n'aurait d'égale que la vacuité du propos (ce que l'on a pu lire ici ou là). Il n'en est rien. Xavier Gens, bien que se lâchant sur certaines scènes pour notre plus grand plaisir, développe également, à travers elles, un propos sans appel sur la violence (tout un chacun l'a inéluctablement en soi, voir pour cela l'évolution du personnage incarné par Karina Testa, dont la puissance de jeu est tout simplement inouïe), en même temps qu'il sous-tend son film d'un background social (montée en puissance de l'extrême-droite au pouvoir).

Par ailleurs, la mise en scène de Gens est d'une efficacité redoutable, tant dans les scènes de tension (la séquence du repas, hommage non feint au Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper), que dans les scènes d'action (la fusillade finale, extrêmement jouissive). Le réalisateur faisait ainsi montre d'une maîtrise technique remarquable pour un premier film.

Frontière(s) reçut à sa sortie un accueil critique plutôt défavorable (ce qui, au vu des magazines l'ayant démoli, constitue un véritable compliment). D'autres encore ont considéré caricaturaux les personnages incarnés par Samuel Le Bihan et Jean-Pierre Jorris. Davantage qu'une critique véritablement fondée et argumentée, ces affirmations furent au contraire révélatrices du cynisme sans cesse croissant qui contamine bon nombre de spectateurs face à une oeuvre d'art.

En tout état de cause, Frontière(s) s'inscrit comme l'un des meilleurs films d'horreur français récemment sortis sur les écrans.

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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