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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 12:16

Que l'on ne s'y trompe pas: le nouveau film de Xavier Beauvois n'est pas un film sur la religion, mais sur la foi. En celà, l'histoire des moines de Tibhirine, loin de constituer un essai religieux réservé aux initiés, touche à l'universel par la question fondamentale qui en constitue la moelle épinière: jusqu'où est-on prêt à aller pour respecter ses principes, ses choix de vie, ses engagements.

 

Le film de Beauvois relate l'épisode de ces 8 moines trappistes (membres de l'ordre cistercien de la stricte observance) enlevés par le GIA en 1996 dans leur monastère (la guerre civile faisait alors rage en Algérie) et dont on découvrit plus tard les têtes tranchées. Des hommes et des dieux relate le choix auquel ont été confrontés les moines: celui de fuir leur monastère, ou celui de rester, au risque de mourir.

 

 "Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous ! Pourtant, vous mourrez comme des hommes, comme les princes, tous, vous tomberez". Cette citation de la Bible placée en exergue du film annonce d'emblée l'issue (connue) du métrage, en même temps qu'elle en constitue l'implacable résumé. Il m'est déjà arrivé de souligner dans les lignes de ce blog l'importance que renferment l'ouverture et la fermeture d'un film, bien souvent riches de sens et/ou d'indices. L'ouverture du film de Xavier Beauvois ne fait pas exception à la règle, puisque dès le départ, l'on comprend que le mal qui ronge le monde aura raison des hommes, et, par voie de conséquence, des moines du film.

 

 

La grande force du film de Xavier Beauvois, outre sa dénonciation de la manifestation du mal commis au nom de la religion ("Les hommes ne font jamais le mal si complètement et joyeusement que lorsqu'ils le font par conviction religieuse" dira le personnage incarné par l'admirable Michael Lonsdale, citant ainsi Pascal), réside dans la conviction des moines dans le bien-fondé de leur choix. Même si certains devront réaliser un douloureux parcours intérieur pour le reconnaître, ils finiront tous par accepter de continuer à vivre dans leur monastère, au service des habitants du village voisin, alors même qu'ils savent qu'ils risquent la mort (les terroristes ensanglantent la région).

 

 

Cette dévotion envers leurs principes, cette fidélité pour leur engagement, ne sont nullement à inscrire au tableau d'un quelconque consentement au martyr. Car même s'ils sont conscients qu'ils peuvent mourir à tout moment, les moines veulent vivre, et n'envisagent ce "suicide" collectif que comme une issue probable, mais nullement souhaitée. La seule motivation qui les anime est celle de leur choix de vie, et de la fidélité à leurs convictions. En celà, le film trouve un écho universel puisque le cas de conscience et le choix final des religieux résonne à l'intérieur de chacun de nous: serions-nous prêt au sacrifice (grand ou petit) pour conserver notre idéal de vie ?

 

 

Par ailleurs, il convient de relever l'excellence du jeu des acteurs qui, entre doutes et assurance, incarnent avec une admirable justesse ces hommes confrontés à leur conscience. Mention spéciale à Michael Lonsdale, dont on n'est pas prêt d'oublier l'incarnation de Frère Luc, entre gravité, humour et sagesse. Son monologue (improvisé) sur l'état amoureux, au cours duquel il explique à une jeune femme ce qu'est l'amour, constitue l'un des plus beaux moments du film.

 

 

En outre, la séquence située en fin de métrage voyant les moines partager un repas qu'ils savent peut-être être le dernier de leur vie, est magistrale en tous points, et d'une émotion bouleversante. Chaque visage de ces hommes est cadré en gros plan par la caméra de Beauvois, et les émotions successives qui s'y inscrivent reflètent leurs âmes comme un miroir, entre gaieté et tristesse, au son du Lac des Cygnes de Tchaikovski. Majestueux.

 

     

L'on regrettera simplement une mise en scène pas toujours cohérente (entre travellings, caméra à l'épaule et plans fixes, Beauvois se perd un peu), et un souffle métaphysique que le metteur en scène touche parfois du doigt sans toutefois parvenir à l'atteindre, réserves empêchant le film d'être un véritable chef d'oeuvre. Cependant, Des hommes et des dieux constitue une oeuvre clairement marquante, d'une justesse rare, et qui interpelle bien au-delà de la fin de la projection.

 

 

 

 

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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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