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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 08:23

Alfonso Cuaron, réalisateur du meilleur segment de la saga Harry Potter à ce jour (Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban), réalisait en 2006 Children of men, long-métrage à la puissance visuelle et émotionnelle phénoménale, l'inscrivant dès lors comme l'un des plus grand récits d'anticipation jamais réalisés.


2027. Racontant l'histoire d'une humanité en pleine déliquescence dont les femmes sont toutes devenues stériles (le dernier être humain est né il y a 18 ans), le film de Cuaron s'attache au personnage de Théo Faron, ancien activiste ayant jadis lutté contre la politique en place au sein du Royaume-Uni (état policier parquant les immigrés dans des camps), mais ayant abandonné la lutte suite à la mort de son fils lors d'une pandémie de grippe. A la demande de son ex-compagne, et mère de son fils disparu (sublime Julianne Moore), il acceptera d'aider une mystérieuse jeune femme noire à gagner le navire "Tomorrow" et rejoindre ainsi l'organisation clandestine "Human Project" qui saura prendre soin d'elle.

 

 

Récit dystopique d'une véracité réellement troublante, le film nous plonge au coeur d'un proche avenir qui pourrait devenir le notre: pollution, politiques d'immigration, guerres, les échos à travers les époques (la notre et celle du film) résonnent tout au long du métrage, Cuaron parvenant à tisser un lien palpable et inquiétant entre le réel et l'imaginaire. Refusant l'esthétique à la Blade Runner, évacuant de ce fait tout recul par rapport à la crédibilité du monde qui nous est proposé, le metteur en scène dépeint une civilisation qui a cessé de croire (la foi sera d'ailleurs au centre d'un discours poignant du personnage de Michael Caine), et qui se délite peu à peu au milieu du chaos, de la saleté, du gris, en un mot, d'une fin du monde annoncée.

 

 

Mais le coeur du film, sa thématique centrale et son centre nevralgique, celui autour duquel les personnages se débattent et par lequel le monde court à sa fin, se trouve résumé dans le titre du film lui-même: Children of men (lire "les enfants"). Car il est avant tout question de ces fils de l'Homme dans le métrage, le réalisateur soulignant que ce sont bel et bien les enfants qui donnent au monde son équilibre. "Il est étonnant de voir ce que le monde devient sans les voix des enfants" dit un personnage à Theo. Tout le film pourrait se résumer dans cette ligne de dialogue.

Par ailleurs, Alfonso Cuaron propose une mise en scène d'une immersion totale, caméra à l'épaule, et signe deux scènes d'une maestria incroyable. La première se situe dans un véhicule prit d'assaut par un groupe de terroristes. Toute la scène est filmée de l'intérieur de la voiture, du point de vue des agressés, dans un plan-séquence de toute beauté. La seconde, en fin de métrage, suit le personnage de Théo dans un nouveau plan-séquence à travers le chaos total des tirs  (de revolvers, de chars d'assaut, de lance-roquette), depuis la rue jusqu'en haut d'un immeuble, en passant par l'intérieur d'un bus, en plein conflit entre l'armée et les réfugiés. Cette technique adoptée par Cuaron nous permet non seulement d'être plongé au coeur de l'action et de vivre de facto le chaos ambiant, mais crée également un sentiment d'identification (d'empathie) avec Théo. Ce souci de réalisme participe de l'entreprise d'anticipation du métrage et de son ancrage dans la dystopie.

  

 

Le jeu entre le champ et le hors-champ est lui aussi exploité avec une remarquable maîtrise. Ainsi, qu'il s'agisse des scènes d'action (la menace est tapie, transpire des scènes, et jaillit dans le plan de manière fulgurante) ou de l'existence ou non du navire "Tomorrow" et du "Human Project" (l'espoir de l'existence de l'organisation sous-tend tout le film jusqu'à l'ultime plan ou le champ est investi de la réponse), Children of men maintient une véritable angoisse par le biais de la suggestion, puis, et seulement ensuite, de la représentation.

Histoire d'une humanité (presque) perdue, dont l'espoir et le socle sont constitués par les enfants, Children of men secoue, alerte, émeut (énormément), et éblouit par sa maestria technique éblouissante. La mélancolie, la tristesse, un sentiment d'apocalypse en sursis imprègne tout le métrage, créant une émotion qui s'ancre dans nos ventres longtemps après le mot fin. Le meilleur film d'anticipation de l'histoire du cinéma ? On est en droit de le penser.

 

 


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Published by Hattori Hanzo - dans Les films
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