Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 08:59
http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/11/shame-affiche.jpgAprès le très remarqué Hunger, le réalisateur Steve McQueen propose avec son nouveau film une réflexion extrêmement fine et visuellement sublime sur la liberté. Ou comment un être peut se retrouver prisonnier de son propre corps, sans parvenir à se défaire de ses obsessions. Sex addict, le personnage de Brandon (magnétique Michael Fassbender) passe son temps à rechercher le sexe brut, et à fuir tout ce qui pourrait se rapprocher de près ou de loin à du sentiment. Entre putes de luxe, masturbations chez lui ou au travail, backrooms, chats porno sur le net ou triolisme, Brandon organise son temps autour du sexe. Ainsi, la longue séquence inaugurant le film sur la sublime musique de Harry Escott verra son tempo rythmé par un tic-tac entêtant, révélateur de la mélopée mécanique qui scande les jours du protagoniste.
 
Ces derniers, véritables enchevêtrements d'érections, de corps, de râles, de sueur et d'animalité, résonnent davantage comme un calvaire personnel que comme un plaisir renouvelé. Maladie avérée (le metteur en scène s'est à ce titre dûment renseigné auprès de personnes souffrant des mêmes maux), cette addiction au sexe s'inscrit comme une entrave à la liberté personnelle, en cela que non seulement Brandon ne peut s'en défaire, mais il en résulte pour lui un isolement permanent. Et c'est notamment ici que la mise en scène de MacQueen s'avère prodigieusement intelligente.
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Ainsi, l'isolement de Brandon se traduira visuellement par un isolement dans le cadre. De manière quasi-permanente, le personnage sera acculé sur le bord droit ou gauche de l'écran, totalement seul, coincé, quasiment exclu du monde. Y compris lors de la très belle scène du footing, dans laquelle la caméra le suivra dans un long travelling, l'isolant à droite du cadre. Rarement la mise en scène de MacQueenn cèdera face à ce parti-pris audacieux à la résonnance métaphorique évidente, si ce n'est pour faire respirer le film. Ce choix de mise en scène sera mis en exergue à la fin du long-métrage où, pour la première fois, Brandon se trouvera au centre du plan d'une manière presque symétrique par rapport au décor qui l'entoure. Premier pas vers la guérison ? Destruction du carcan physique et mental qui l'emprisonnait jusqu'alors ? Le plan suivant apportera la réponse par la seule force de la mise en scène.
 
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Enchaîné à son propre corps, Brandon verra ses nerfs mis à mal par l'arrivée impromptue de sa soeur Sissy (bouleversante Carey Mulligan, qui confirme ici son talent après Drive). Attirée par elle (voir à ce titre la scène où le frère surprend sa soeur nue sous la douche), mais dans l'impossibilité morale d'avoir un rapport sexuel avec elle, il apparaîtra de plus en plus agressif à son égard, l'enjoignant de ne pas être trop présente, et de ne pas empiéter sur sa vie réglée comme une horloge. Fuyant un lien fraternel potentiellement incestueux, Brandon réagira sur le tard en laissant enfin ressortir ses émotions à l'encontre de la seule personne avec qui il partage réellement un passé commun, que l'on devine en fin de métrage dramatique, sans que ce drame passé ne dise clairement son nom. La manifestation de cet amour fraternel aura par ailleurs été amorcé lors de la sublime scène du bar au cours de laquelle Sissy chantera New York, New York, dans un plan fixe de toute beauté.
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Oeuvre à la richesse visuelle infinie développant un propos sur la relativité du principe même de liberté, Shame s'inscrit comme l'un des très grands films de ce début d'année, tout en offrant à Michael Fassbender son meilleur rôle à ce jour.
 
 
Par Hattori Hanzo - Publié dans : Les films - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 20:47

http://prix-immobilier.info/wordpress/wp-content/uploads/2011/10/mission-impossible-protocole-fantome.jpgBrian de Palma, John Woo et JJ Abrams, respectivement réalisateurs des trois premiers épisodes de la franchise Mission: Impossible, s'étaient vus phagocyter leur vision par la puissante mainmise de Tom Cruise, producteur de la série, soucieux de verrouiller à son image le maximum de paramètres des trois longs-métrages. Comment Brad Bird, réalisateur du meilleur film des studios Pixar (le chef d'oeuvre Les Indestructibles), comme de son plus mauvais (l'indigeste Ratatouille), allait-il appréhender ce contrôle de la star pour son passage du cinéma d'animation au cinéma live ? 

 

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Loin de se placer en retrait ou de faire preuve d'humilité pour son premier film hors animation, Brad Bird parvient au contraire à livrer le meilleur épisode de la série depuis le premier, tout en dépeignant tout au long du métrage la seule alternative possible à la déliquescence et au délitement individualiste de nos sociétés: le groupe, l'entraide, en un mot, la collectivité. John Ford, grand défenseur du groupe face à l'individualisme, trouve en Brad Bird un digne successeur dans la peinture de cette thématique.

 

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Immergeant le spectateur dans le film dès l'apparition des logos pré-génériques par un crescendo de violons (sublime musique de Michael Giacchino), le film conservera deux heures durant un rythme plus que soutenu, ne souffrant qu'un léger relâchement lors de la scène de réception dans un hôtel de Mumbai, tirant un poil en longueur. Hormis ce bémol, le pouls du long-métrage restera tendu de bout en bout, distillant un suspense et des scènes de tension intenses (la séquence du couloir au Kremlin, le Burj Khalifa, la scène d'action finale), Brad Bird ne laissant aucun répit au spectateur, témoignant ainsi d'une remarquable gestion du temps, du rythme et du crescendo émotionnel.

 

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Par ailleurs, et pour la première fois depuis le début de la franchise, Tom Cruise ne s'inscrit plus comme le héros autour duquel gravitent des personnages secondaires faisant davantage figures de faire valoir que de protagonistes dignes de ce nom. Ainsi, dans un monde en perte totale de repères (l'équipe Mission: Impossible ne dispose quasiment plus d'aucune ressource), livrés à eux-mêmes, fonctionnant à l'instinct davantage qu'à la réflexion, les personnages trouveront leur salut dans une entraide permanente et une mise en commun de leurs forces, les choix du personnage de Ethan Hunt(en substance, le groupe plutôt que l'individualisme) s'inscrivant alors comme l'alternative au salut de sa mission (et, par extension, au salut de l'humanité). La scène finale en terrasse synthétisant dans le texte cette idée plus que respectable.

 

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Mission: Impossible - Protocole Fantôme signe donc l'entrée plus que réussie de Brad Bird dans le monde du cinéma live, tout en ressuscitant la carrière de Tom Cruise et en proposant une réflexion inattendue pour un blockbuster d'action de cette trempe sur la décrépitude du monde et les moyens d'y survivre. 

 

Par Hattori Hanzo - Publié dans : Les films - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 13:29

http://www.regardemagazine.com/articles/wp-content/uploads/2010/04/les_bronzes_font_du_ski_1280x960.jpgLes membres du Splendid l'ont dit et répété: ils ne voyaient pas l'intérêt de donner une suite aux Bronzés. Le premier volet trouvait son ancrage dans une peinture au vitriol du Club Med, adoptant une approche quasi anthropologique d'un groupe de vacanciers évoluant en circuit fermé à l'autre bout du monde, dans une micro-société où le sexe constitue la motivation première. Malgré les réticences du groupe de jeunes comédiens à rempiler pour une séquelle, le producteur Yves Rousset-Rouard parvint finalement à les convaincre de partir sur les pistes de Val d'Isère pour ces Bronzés font du ski. Dire que cette suite surpasse l'original est un euphémisme.

 

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Ici, nulle critique acerbe, pas d'analyse sociologique, mais au contraire une succession de saynètes toutes plus jubilatoires les unes que les autres, le seul lien entre elles étant constitué par les mésaventures pouvant  tomber sur la figure d'un adepte des sports d'hiver en vacances à la neige. Comique de situation, dialogues hilarants, répliques s'ancrant instantanément dans la mémoire collective ("tu m'aide pas là ? " "pas là non"), ou individuelle ("y'avait blumaise, en 8 lettres"): la mécanique du film possède un rythme qui ne faiblit jamais, et qui ne permet en aucune manière à la lassitude de s'installer (même après des dizaines et des dizaines de visionnages, le long-métrage conserve son efficacité intacte).

 

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Parfaitement rodés au mécanisme comique d'un scénario, Michel Blanc, Gérard Jugnot, Josiane Balasko et leurs comparses savent pertinemment que sans situation dramatique, le comique ne fonctionne pas, ou fonctionne mal. Ainsi, les rires provoqués par le personnage de Jean-Claude Dusse trouvent leur substrat dans son incapacité à rencontrer l'âme soeur et dans ses démarches opiniâtres pour ne plus être seul. De même, Popeye, sous ses apparences de playboy des neiges, est un être profondément blessé (voir à ce titre la scène de la voiture dans laquelle il se confie à son ami vétérinaire incarné par Christian Clavier). Le personnage de Christiane, lui aussi, souffre d'un manque d'amour évident et ne trouve refuge que dans les bras d'un homme marié plus vieux qu'elle. Les exemples sont ainsi multiples et débouchent tous sur des situations plus drôles les unes que les autres, que l'on revoit à l'envi et à l'infini avec le même plaisir.

 

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Notons également la mise en scène de Patrice Leconte, alors jeune réalisateur, exempte de tout parti pris visuel marquant, laissant avant tout la place aux personnages et aux situations. L'expérience du réalisateur lui permettra cependant dans Les bronzés 3 de proposer une mise en scène plus personnelle tout en ne perdant jamais ses personnages de vue. Son parcours et son expérience entre les deux films étaient vraisemblablement nécessaires à cette évolution de style (déjà amorcée dans le sous-estimé Tango).

 

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Les bronzés font du ski constituent sans aucun doute possible ma comédie préférée, celle dans laquelle je me replonge régulièrement avec le plus de plaisir, connaissant dialogues et situations par coeur (les Italiens, la fondue, le télésiège), sachant pertinemment que cette connaissance du film est partagée par un nombre incalculable de personnes. Ou l'exemple parfait que le cinéma constitue une expérience individuelle collective.

 

Par Hattori Hanzo - Publié dans : Les films - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 07:38

http://s.excessif.com/mmdia/i/63/3/affiche-du-film-intouchables-10548633bnovk.jpg?v=2Un riche tétraplégique s'adjoint les services d'un black de banlieue comme aide à domicile. A la lecture de ce point de départ, on pouvait légitimement s'attendre à tous les clichés découlant de la collision des personnalités de deux protagonistes qu'a priori tout oppose. Car dans le genre buddy movie à la française, le film de Toledano et Nakache a le désavantage de venir après La grande vadrouille, L'emmerdeur, La chèvre, ou plus récemment le carton ch'ti de Danyboon. En gros, après la guerre. Difficile dès lors d'oeuvrer dans l'originalité. Et malgré un premier quart d'heure raté (hors séquence pré-générique sur laquelle nous reviendrons), les deux metteurs en scène réussissent leur pari. Mais les raisons de cette réussite (et du succès du film en salle) ne viennent paradoxalement pas d'où on les attendait.

 

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Le coeur du film commence à émerger dès la scène précédent le générique d'ouverture. Sur une musique de toute beauté de Ludovico Einaudi, ce flash forward nous présente les deux personnages principaux dans une voiture. Ils n'échangent aucun mot. Le personnage de Driss (Omar Sy) jette de temps à autre un regard à Philippe (François Cluzet). La scène, mélancolique, nous fait immédiatement comprendre qu'il y a quelque chose de cassé dans ces personnages, une tristesse latente et palpable. Et la suite de la séquence de basculer dans un humour salvateur qui les sauvera tous deux. Avec cette scène, les deux réalisateurs impriment d'entrée le sujet de leur film: des personnages en proie à une tristesse insondable qui s'évertuent à garder la soif de vivre. Là et là seulement réside la grande force du film, car sans ce substrat dramatique, le long-métrage ne serait qu'une comédie française de plus. Il n'en est bien heureusement rien.

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Pourtant, et après l'inepte inscription sur l'écran de la phrase "Inspiré d'une histoire vraie" (comme si le fait que le film s'inspire de la réalité lui donne une plus-value, une légitimité, une raison supplémentaire d'exister), après cette inscription, donc, qui n'apporte strictement rien et qui a le don de m'exaspérer au plus haut point, comme si la fiction ne pouvait se suffir à elle-même, Toledano et Nakache ratent les premiers instants du film. En effet, les vannes sur les handicapés fusent d'entrée, alors même qu'aucun lien profond n'ait pu s'établir entre Driss et Philippe. Les personnages n'ont ainsi pas encore eu le temps d'exister ni de forger un tant soit peu leur relation, que les blagues déboulent, ne provoquant de fait aucun rire puisque l'on n'a pas encore eu le temps de s'attacher à nos personnages qui, eux-mêmes, n'ont pas encore eu le temps de devenir complices. Des gags forcés, donc, qui trouveront cependant par la suite une vraie force et une réelle portée comique dès lors que les protagonistes existeront véritablement.

 

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Passé ce premier quart d'heure, le film prendra enfin son envol, et parviendra à nous toucher par son propos salvateur: la vie à tout prix, envers et contre tout. D'un côté Driss, personnage profondément blessé par la vie et rejeté par sa famille, de l'autre Philippe, milliardaire handicapé et de fait exclu du monde. Mais une volonté commune d'aller de l'avant, de ne pas se vautrer dans la fange de la tristesse, et de faire fi du destin. Ainsi, les plus beaux moments du film (et les plus émouvants) sont ceux dans lesquels l'insondable tristesse des personnages submerge l'écran. Moments toujours muets mais marqués par la sublime composition musicale de Einaudi, ils parviennent, sans un mot, à dresser le portrait intime des protagonistes. Par ailleurs, les nombreux plans filmés face au soleil, dans lesquels les rayons de ces derniers viennent caresser Driss et Philippe, s'inscrivent comme un appel à la vie et une renonciation à la tristesse.

 

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Oeuvre salvatrice dotée d'un humour et de dialogues qui font quasiment toujours mouche, Intouchables résonne jusque dans son titre comme une déclaration d'amour à la vie: en allant vers elle et en refusant la fatalité, rien ne peut vous faire de mal. En réussissant le pari de ne jamais rendre leur film moralisateur mais en choisissant au contraire d'imprimer par touches discrètes et sensibles leur propos, Eric Toledano et Olivier Nakache livrent une oeuvre d'une justesse, d'une émotion et d'un optimisme dont on leur saura longtemps gré.

 

Par Hattori Hanzo - Publié dans : Les films - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Jeudi 10 novembre 2011 4 10 /11 /Nov /2011 13:03
http://static1.purefans.com/items/3/42/35/43/@/423543-affiche-polisse-fullscreen-1.jpgDeux ans après Le bal des actrices, Maïwenn revient sur les écrans avec une oeuvre extrêmement secouante. Justement auréolé du Prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes, Polisse suit le quotidien des membres de la B.P.M. (Brigade de Protection des Mineurs) de Paris. Entre gardes à vue, interrogatoires de parents incestueux, maltraitances à enfants et enlèvement de nourrissons, ces policiers confrontés chaque jour à une horreur inommable tâchent de ne pas perdre pied et de conserver tant bien que mal un semblant de vie personnelle équilibrée. A l'issue de la projection du film, c'est un euphémisme d'affirmer que l'on sort de la salle la gorge nouée, les yeux humides et la conscience à la fois honteuse d'appartenir à une espèce capable d'engendrer des monstres échappant à toute définition, mais également fière de compter en son sein des êtres protecteurs dont la difficulté de la tâche n'a d'égale que la force de caractère indispensable à sa réalisation.
  http://a10.idata.over-blog.com/600x337/3/34/23/10/Cinema/Polisse---Marina-Fois-Karine-Viard.jpg
Maïwenn, afin de traiter son sujet, a judicieusement choisi le biais de la fiction. Car nul documentaire (par définition "mis en scène", donc tout sauf authentique) ne saurait mieux saisir la réalité qu'une oeuvre dramaturgique. La réalité étant par essence insaisissable, la fiction s'impose de facto, permettant, à travers un scénario, de toucher au plus près de la réalité des choses (Raymond Depardon contituant l'exception qui confirme la règle). Ainsi, dès la première image, le film nous attrape par le col pour ne plus nous lâcher deux heures durant. Comédiens criants de vérité, situations déchirantes (la scène du jeune garçon emmené à la brigade par sa mère pour être placé en foyer), énergie suintant de la toile de l'écran, Polisse secoue en permanence, scotchant régulièrement le spectateur à son fauteuil, le laissant tantôt tétanisé (le mort-né), tantôt révolté (le père incestueux protégé par ses relations), mais jamais insensible.
http://s.excessif.com/mmdia/i/79/6/polisse-de-maiwenn-10527796sbfxh.jpg?v=1
 
Parallèlement, Maïwenn réussit l'exploit d'injecter de l'humour dans plusieurs séquences a priori totalement inapropriées. Outre la soupape de sécurité que constitue le rire pour ces policiers, c'est également un ballon d'oxygène offert par la réalisatrice au spectateur entre deux scènes émotionnellement éprouvantes. La séquence de la fellation pour un portable vaut à elle seule son pesant de cacahuètes, comme certaines lignes de dialogue, traitées sur un ton humoristique bienvenu ("aujourdhui, à 14 ans, on baise, on suce, on n'est plus au temps de Louix XIV" assène ainsi une jeunne fille à deux policières médusées).
 
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Impossible par ailleurs de parler de Polisse sans évoquer ses comédiens. D'une implication totale, d'une puissance de jeu phénoménale, ils explosent littéralement la pellicule, incarnant leurs personnages avec une véracité et une authenticité véritablement troublantes, brouillant allègrement la frontière entre l'être et le paraître, le comédien et son rôle, le jeu et l'oubli de soi. Si Marina Foïs et Karin Viard trouvent clairement dans le film le meilleur rôle de leurs carrières, Joey Starr représente l'énorme surprise du long-métrage. Policier submergé par les émotions provoquées par son boulot, il déborde d'amour pour les enfants qu'il protège, et s'investit au-delà de tout pour recouvrir de son aile protectrice les très jeunes victimes qui défilent dans son bureau. La scène dans laquelle il craque émotionnellement en rassurant un petit arraché à sa mère reste inoubliable.
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Dans une saison cinématographique extrêmement riche en films de qualité (Drive, Le Skylab, Les aventures de Tintin, entre autres, sont là pour en témoigner), Polisse occupe une place de choix, vraisemblablement la meilleure. M'attendant à découvrir un film certes réussi, je ne me serais jamais douté de l'état dans lequel je quitterai la salle. Fébrile, triste, heureux. Avec la persuasion que ce qui donne au monde son équilibre, ce sont bel et bien les enfants.
 
 
Par Hattori Hanzo - Publié dans : Les films - Communauté : Les Cinéphiles Associés
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